
À l’heure où les métiers de la logistique et du transport des marchandises prennent une place croissante dans l’économie djiboutienne, le Centre de Ressources et de Compétences (CRC) apparaît comme l’un des instruments majeurs de la politique nationale de lutte contre le chômage et l’insertion professionnelle des jeunes. Jeudi dernier, le ministre du Travail, chargé de la Formalisation et de la Protection sociale, Yonis Ali Guedi, accompagné de plusieurs de ses collègues du gouvernement et du président de la Chambre de Commerce de Djibouti, Youssouf Moussa Dawaleh, s’est rendu à PK 13 pour découvrir les infrastructures, les équipements et les dispositifs de formation de ce centre dédié aux métiers portuaires. Une visite qui a permis de mesurer les ambitions d’un établissement qui entend rapprocher la formation aux besoins du marché du travail. Dès l’entrée, le décor tranche avec l’image traditionnelle d’un centre de formation. Ici, les salles de cours côtoient des espaces multimédias, des équipements techniques et surtout des simulateurs destinés à reproduire les conditions réelles de travail dans les ports et la chaîne logistique. À travers cette immersion, le CRC cherche moins à délivrer de simples diplômes qu’à transmettre des compétences immédiatement mobilisables sur le terrain.

C’est précisément ce qui explique l’intérêt porté à l’établissement par une importante délégation gouvernementale. Accompagné du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulkader Houssein Omar, assurant l’intérim du ministre du Commerce et du Tourisme, du ministre du Budget, Isman Ibrahim Robleh, du ministre des Infrastructures et de l’Équipement, Saïd Nouh Hassan, et du président de la Chambre de Commerce de Djibouti, Youssouf Moussa Dawaleh, le ministre Yonis Ali Guedi a pu s’imprégner des différentes activités du centre.
La délégation a notamment découvert les infrastructures pédagogiques, les équipements et les espaces consacrés à la formation aux métiers portuaires. Les échanges avec les responsables du CRC ont également porté sur l’évolution des besoins du secteur et sur la nécessité d’adapter continuellement les formations aux nouvelles technologies et aux exigences des opérateurs.

Une réponse aux besoins d’un secteur stratégique
Créé dans le cadre d’un partenariat public-privé, le CRC est exclusivement consacré aux métiers portuaires, de la logistique et du transport. Son développement accompagne celui d’un secteur devenu stratégique pour Djibouti, sis au carrefour des échanges commerciaux entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
La philosophie du centre est basée sur la formation en fonction des besoins réels des entreprises. « Notre mission est simple mais engageante : former des jeunes, les certifier, mais également, le plus important pour nous, c’est l’insertion », explique le directeur des opérations du CRC, Omar Mohamed Ismail, lors d’une présentation devant ses hôtes. Selon lui, cette orientation permet d’atteindre un taux d’insertion de l’ordre de 75 %, les programmes étant définis à partir des besoins identifiés sur le marché du travail.
Les formations couvrent ainsi un large éventail de métiers : manutention portuaire, logistique, transport, transit et gestion des entreprises. À cela s’ajoutent des formations transversales en anglais professionnel, leadership, sécurité et numérique appliqué à la logistique.
Le centre dispose d’importants équipements permettant aux stagiaires de se familiariser avec les matériels qu’ils seront amenés à utiliser dans leur vie professionnelle. Chariots élévateurs, véhicules de transport, simulateurs portiques constituent ainsi le cœur d’un dispositif conçu pour réduire l’écart entre la salle de formation et le monde du travail.
Former autrement pour insérer davantage
Cette approche pratique constitue l’une des principales spécificités du CRC. Dans les salles de simulation, les jeunes peuvent reproduire des situations professionnelles avant même leur arrivée sur un site portuaire. Une manière de gagner en autonomie, mais aussi de mieux répondre aux exigences de sécurité et de productivité.
Le centre compte plus de 25 formateurs, dont plusieurs disposent de certifications internationales, et travaille avec un réseau de partenaires économiques. Son directeur des opérations fait état de partenariats avec plus de 40 entreprises et de plus de 5 000 stagiaires formés depuis le lancement des activités.
Ces résultats sont particulièrement significatifs dans un pays confronté chaque année à l’arrivée de nombreux jeunes sur le marché de l’emploi. Pour les autorités, il s’agit de transformer les besoins de l’économie portuaire en véritables opportunités professionnelles pour la jeunesse.
« Cette institution constitue un centre important pour la jeunesse djiboutienne, aussi bien pour les hommes que pour les femmes », souligne le ministre Yonis Ali Guedi, dans une réaction donnée à la presse avant d’insister sur les formations destinées notamment à la conduite des poids lourds, des véhicules de transport de conteneurs et des grues portuaires.
Le ministre voit également dans le CRC un outil susceptible d’ouvrir des perspectives au-delà des frontières nationales. Selon lui, 16 jeunes diplômés du centre ont déjà été recrutés au Canada et le gouvernement envisage d’élargir ces possibilités à d’autres diplômés. « Comme vous le savez, 16 jeunes diplômés de ce centre ont déjà été recrutés pour travailler au Canada. Aujourd’hui, nous envisageons de permettre à 50 à 70 autres diplômés de ce centre d’obtenir des emplois auprès d’autres gouvernements » a déclaré le ministre Yonis Ali Guedi aux micros de la presse locale
Un partenariat public-privé au service de l’emploi
La gouvernance du CRC constitue une autre particularité de l’établissement. Piloté par l’Association pour le Développement des Métiers Portuaires, du Transport et de la Logistique (ADMPTL), le centre repose sur une représentation équilibrée des secteurs public et privé.
Douze membres participent à cette gouvernance, avec six représentants du secteur privé et six du secteur public. Cette configuration associe notamment la Chambre de Commerce, les acteurs portuaires et les organisations professionnelles aux ministères concernés.
Ce modèle vise à faire du CRC un trait d’union entre les ambitions des jeunes et les besoins du tissu économique. La logique est simple : les entreprises participent à l’identification des compétences recherchées, tandis que le centre adapte ses programmes afin de préparer des profils directement opérationnels.
Le pari de l’emploi, au-delà des frontières
L’ambition du CRC ne se limite désormais plus au marché national. Son expertise commence également à intéresser des opérateurs étrangers. Le centre indique avoir formé des salariés du port de Douala, au Cameroun, tandis que des jeunes Djiboutiens formés dans ses programmes exercent désormais à l’étranger.
Cette ouverture régionale constitue un signal important. Elle montre qu’une politique de formation pensée à partir des besoins locaux peut également devenir un vecteur de rayonnement et de coopération internationale. Le développement du CRC s’accompagne enfin d’une volonté de renforcer la qualité et la reconnaissance de ses formations, notamment à travers une démarche de certification ISO 9001 et la perspective d’une certification ISO 21001 dédiée au management des organismes éducatifs.
Un enjeu qui dépasse le seul emploi
Derrière les machines, les simulateurs et les salles de formation se joue donc une question plus large : celle de la capacité de Djibouti à faire de sa position géographique un avantage durable pour sa jeunesse.
La croissance des activités portuaires et logistiques crée des besoins en main-d’œuvre spécialisée. Mais sans compétences nationales adaptées, ces opportunités risquent de profiter insuffisamment aux jeunes Djiboutiens.
Le CRC entend précisément répondre à cette équation en rapprochant l’offre de formation des exigences concrètes des entreprises.
La visite de jeudi dernier des membres du gouvernement au CRC aura ainsi permis de mettre en lumière un modèle où l’État, le secteur privé et les partenaires internationaux cherchent à construire ensemble une réponse au défi de l’employabilité.
Pour le ministre du travail, M. Yonis Ali Guedi tout comme la chambre du commerce de Djibouti, initiatrice du projet de mise en place de ce centre, « les jeunes doivent être encouragés à saisir les opportunités offertes par ces formations professionnelles ». Pour le CRC, l’objectif est tout aussi explicite : faire de chaque stagiaire un professionnel capable d’entrer rapidement dans la vie active.
Dans un secteur portuaire appelé à continuer de jouer un rôle central dans l’économie nationale, le CRC entend transformer la position stratégique de Djibouti en opportunités professionnelles pour sa jeunesse.
RACHID BAYLEH










































