
L’intolérance au gluten gagne du terrain à Djibouti, bouleversant le quotidien de nombreuses familles face à une offre alimentaire traditionnellement centrée sur le blé. Pour rompre l’isolement des malades et sensibiliser l’opinion publique, l’Association Djiboutienne des Intolérants au Gluten (ADIG) se mobilise. Entre partage d’expériences sur les réseaux sociaux, réunions d’information et accompagnement médical, cette jeune organisation mène un combat de fond pour offrir un avenir plus serein et sécurisé aux “insurgés du gluten” du pays.

L’intolérance au gluten avance masquée. Tantôt elle tourmente le corps de brûlures digestives aiguës, tantôt elle s’emmure dans un silence trompeur, ne laissant poindre que de furtifs inconforts ou une fatigue chronique. Pourtant, le verdict des analyses médicales est sans appel, tout comme le remède, unique et souverain, l’exil alimentaire. Pour guérir et préserver sa santé, il faut impérativement bannir de son assiette le blé, l’épeautre, le seigle, l’orge et l’avoine.
Derrière ce sacrifice quotidien se cache la maladie cœliaque. Il s’agit d’une affection auto-immune chronique où le corps, sollicité par l’ingestion de cette protéine, dirige ses propres anticorps contre la paroi de l’intestin grêle, détruisant les villosités intestinales. Ce mal invisible frappe aujourd’hui près de 1 % de la population mondiale. Cette progression constante est parfois attribuée par la communauté scientifique au paradoxe de la modernité, et plus précisément à la théorie de l’hygiène. A force de grandir dans des univers aseptisés, le système immunitaire humain, en manque de stimulations naturelles, tendrait à développer davantage de réactions allergiques et de pathologies auto-immunes.

À Djibouti, cette réalité sanitaire complexe a désormais un nom et un visage, l’Association Djiboutienne des Intolérants au Gluten (ADIG). Depuis quelques années, cette institution livre un combat courageux contre l’insouciance générale et le manque d’infrastructures adaptées. Dans les rayons des supermarchés de notre pays, le coût du quotidien pèse lourdement sur les budgets, il faut désormais compter plus de deux mille francs pour un simple kilogramme de farine, tandis que le moindre paquet de biscuits ou de spaghetti s’élève à mille francs Djibouti. Pourtant, derrière ces chiffres se cache une réalité humaine bien plus profonde. Il y a de cela quinze ans déjà, un travail de longue haleine a été initié pour identifier les enfants nécessitant une réhabilitation nutritionnelle spécifique.
À ce jour, 59 patients sont officiellement recensés. Des enfants pour la grande majorité.

Mais selon Ali Ibrahim Mohamed, président de l’ADIG, ce chiffre ne reflète qu’une partie de la réalité “Si nous menons une investigation plus poussée, nous sommes convaincus que le nombre réel est bien supérieur’’, précise-t-il. Ces enfants ne sont pas malades ; leur organisme fonctionne simplement différemment, marqué par une intolérance sévère au gluten qui exige toute notre attention et notre bienveillance. Récemment, ses dirigeants ont investi avec dynamisme les réseaux sociaux, ouvrant une véritable fenêtre numérique sur le quotidien et les témoignages de nombreux compatriotes de tous âges touchés par ce trouble.
Quand l’assiette devient un parcours du combattant
Le chemin à parcourir est escarpé, mais la détermination des pionniers de la structure reste intacte. Portée en grande majorité par des parents d’enfants concernés, l’ADIG est née d’une volonté farouche de sensibiliser la population locale. Son but principal est d’obtenir la possibilité de se nourrir sans danger dans une société où l’alimentation de base et la gastronomie quotidienne sont historiquement et culturellement dominées par le blé. Depuis son siège établi dans la capitale, l’association mène une mission rigoureuse d’information et de soutien. Au quotidien, ses responsables logistiques et associatifs évoquent la complexité de la gestion familiale. Comment adapter les habitudes des plus jeunes à l’école ou leur refuser ce morceau de pain traditionnel si convivial qui tente les plus gourmands ? C’est précisément pour briser cet isolement psychosocial que l’ADIG organise régulièrement des rencontres d’échanges pour ses membres. Dans ces assemblées bienveillantes, les témoignages poignants des familles croisent directement l’expertise pointue des professionnels de santé. Parmi eux, le Docteur Abdi Nour, membre fondateur éminent de l’association, consacre une grande partie de ses efforts cliniques à améliorer les protocoles de diagnostics de cette pathologie encore trop souvent sous-estimée dans la région. Sous la guidance stratégique de son président, Monsieur Ali Ibrahim Ali, l’ADIG voit ses actions s’intensifier et se structurer sur le terrain. L’ADIG se bat avec peu de moyens, mais avec beaucoup de cœur. L’Association Djiboutienne des Intolérants au Gluten tente, tant bien que mal, d’avancer. Son rêve, entrer dans les écoles, parler aux enfants, prévenir les familles. Son constat, dans la plupart des restaurants populaires de la capitale, le “sans gluten” reste encore une option inconnue.
Un combat silencieux, essentiel, et qui mérite d’être entendu. Le message fondamental porté par l’association est un appel vibrant à la solidarité nationale.
Chaque idée constructive, chaque partenariat commercial ou soutien institutionnel permettant aux enfants du pays de grandir et de vivre normalement est accueilli avec une profonde satisfaction. La promesse de l’organisation reste claire et immuable : aucun citoyen atteint par cette altération de la santé ne doit désormais se sentir seul face à sa maladie. Au sein de l’ADIG, la communication de proximité est perçue comme le levier essentiel pour partager les solutions culinaires alternatives, mutualiser l’achat de produits spécifiques et relativiser ensemble les difficultés rencontrées au jour le jour.
Djibril Abdi Ali








































