Un séminaire de haut niveau organisé avec l’appui de la JICA a réuni, les 6 et 7 octobre, des responsables et cadres des principales institutions financières de notre pays autour de la gestion de la dette publique, de l’analyse des risques et des mécanismes de financement durable.

La gestion de la dette publique s’impose comme un enjeu central de la consolidation des finances publiques. À Djibouti, cette question fait l’objet d’un renforcement des capacités et d’une réflexion sur les outils permettant de mieux maîtriser les risques liés au financement de l’État. C’est dans cette perspective qu’un séminaire consacré à la gestion de la dette publique et aux mesures d’atténuation des risques s’est tenu les 6 et 7 octobre 2026 à Djibouti, dans le cadre de la coopération technique entre la République de Djibouti et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), en partenariat avec le Ministère du Budget.

La rencontre a rassemblé le Secrétaire général du Ministère du Budget, Simon Mibrathu, le Directeur de la Dette publique, Abdourahman Abdi Aden, la Représentante résidente de la JICA à Djibouti, Kotohi Inoue, ainsi qu’un expert japonais chargé d’animer la formation. Des cadres de la Direction de la Dette publique, du Ministère de l’Économie et des Finances et de la Banque centrale de Djibouti ont également pris part aux travaux.

Renforcer les capacités et mieux anticiper les risques

À l’ouverture du séminaire, le Directeur de la Dette publique, Abdourahman Abdi Aden, a rappelé que Djibouti a engagé ces dernières années plusieurs réformes destinées à renforcer la stabilité macroéconomique, améliorer la transparence et consolider la gestion des finances publiques. Dans ce contexte, il a insisté sur la nécessité d’une gestion « rigoureuse, transparente et stratégique » de la dette publique.

Le renforcement des compétences des équipes chargées de la dette constitue, selon lui, une priorité. Il ne s’agit pas uniquement de mieux maîtriser les instruments de suivi et d’analyse, mais également de renforcer la coordination entre les différentes institutions intervenant dans le cycle de la dette.

L’appui de la JICA doit précisément contribuer à cette dynamique. Le séminaire visait ainsi à familiariser les participants avec les meilleures pratiques internationales en matière de gestion de la dette, tout en développant une véritable culture de l’analyse des risques. Cette approche doit permettre de mieux mesurer les conséquences des différents choix de financement, d’évaluer la vulnérabilité du portefeuille de dette et d’apporter aux décideurs publics des éléments d’aide à la décision.

La Représentante résidente de la JICA, Kotohi Inoue, a réaffirmé à cette occasion l’engagement de l’agence japonaise aux côtés de Djibouti. Elle a souligné que la dette publique constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour de nombreux pays et que l’objectif de la coopération technique est notamment de contribuer au renforcement des fondations institutionnelles et techniques nécessaires à un financement public durable.

L’expertise japonaise présentée durant les deux journées devait toutefois être mise en perspective avec les réalités nationales. « Les contextes djiboutien et japonais sont différents », a rappelé la représentante de la JICA, estimant que les expériences partagées pouvaient néanmoins nourrir une réflexion adaptée aux spécificités djiboutiennes.

Vers un marché intérieur des titres publics

Au-delà de la formation technique, les échanges ont fait émerger un chantier important pour le financement de l’économie nationale : la création d’un marché intérieur des titres publics.

Le Secrétaire général du Ministère du Budget,  M. Simon Mibrathu, a souligné la pertinence de cette réflexion dans un contexte marqué par une surliquidité du système financier djiboutien. L’enjeu consiste à mieux rapprocher les disponibilités importantes du secteur bancaire et les besoins de financement et de trésorerie de l’administration, notamment ceux du Trésor public.

« Il convient dès lors de réfléchir à la manière de créer un marché des titres publics», a-t-il déclaré, soulignant l’ampleur d’un chantier qui nécessitera des compétences spécialisées et une formation régulière des acteurs concernés.

Le programme du séminaire a justement permis d’aborder les principaux mécanismes nécessaires à la mise en place d’un tel marché. Les participants ont étudié les fondements de l’émission des titres publics, le cadre juridique, les différents instruments ainsi que les conditions préalables à l’instauration d’un marché domestique.

Les travaux ont également porté sur l’ensemble de la chaîne opérationnelle d’une émission, depuis son annonce et l’établissement du calendrier prévisionnel jusqu’à l’allocation, au règlement-livraison et au paiement. La deuxième journée a été consacrée à des aspects plus avancés, notamment les émissions répétées, la réouverture des lignes existantes, le fonctionnement du marché secondaire, la formation des prix et des rendements obligataires ainsi que l’analyse de la courbe des taux.

Les participants ont également travaillé sur les stratégies permettant d’allonger les maturités des emprunts afin de réduire le risque de refinancement. Des exercices pratiques en groupes leur ont permis d’utiliser des outils d’analyse de portefeuille, de simuler les coûts et les risques et de mesurer l’incidence de différents chocs, notamment ceux liés aux taux de change et aux taux d’intérêt.

Au terme de ces deux journées, les participants ont salué le caractère concret de la formation et la qualité des échanges. Au-delà du renforcement immédiat des compétences des cadres concernés, ce séminaire ouvre ainsi des perspectives plus larges pour la gestion stratégique de la dette publique. Il contribue également à poser les premiers jalons d’une réflexion sur la création d’un marché intérieur des titres publics, susceptible de diversifier les instruments de financement de l’État et de soutenir, à terme, un financement plus durable de l’économie nationale.

Djibril Abdi Ali