
Après plus de quinze années consacrées à la conception des politiques publiques et à l’élaboration de textes législatifs majeurs, Osman Djama Ousman a choisi de franchir un cap en rejoignant la magistrature. Portrait d’un juriste passionné qui incarne une nouvelle génération de magistrats formés à l’École nationale d’études judiciaires (ENEJ), au service d’une justice moderne et exigeante.
Certaines carrières suivent une trajectoire linéaire. D’autres s’écrivent au gré des convictions et de l’ambition de servir autrement. Celle d’Osman Djama Ousman appartient incontestablement à cette seconde catégorie.
Depuis octobre 2024, ce juriste expérimenté exerce les fonctions de magistrat après avoir intégré le ministère de la Justice à l’issue de sa formation à l’École nationale d’études judiciaires (ENEJ). Une nouvelle étape qui couronne plus de quinze années d’engagement au sein de l’administration publique et illustre l’émergence d’une génération de magistrats issus d’un parcours académique et professionnel exigeant.
Titulaire d’une licence en droit obtenue à l’Université de Djibouti, puis d’un Master en droit public, Osman Djama Ousman débute sa carrière en 2009 comme responsable des affaires juridiques au ministère de la Promotion de la Femme, du Bien-être familial et des Affaires sociales.
Très vite, ses qualités d’analyse, sa rigueur et sa parfaite maîtrise des mécanismes juridiques lui permettent de gravir les échelons. Trilingue — français, somali et arabe — et doté d’une solide maîtrise de l’anglais attestée par le TOEIC, il développe un profil rare, alliant expertise juridique nationale et ouverture sur les enjeux régionaux et internationaux.
En 2013, il prend la direction du Bureau de la protection de la femme et de l’enfant. Un an plus tard, il est nommé chef du service des affaires juridiques du ministère de la Femme et de la Famille, tout en assurant les relations institutionnelles avec le Parlement. Pendant quatre années, il participe activement à la préparation des projets de loi et au suivi des textes soumis aux députés.
Cette expérience le conduit naturellement, de 2018 à 2024, au poste de conseiller juridique de la ministre de la Femme et de la Famille, où il devient l’un des principaux artisans de la sécurisation juridique des politiques publiques du département.
Une empreinte durable sur la législation nationale
Peu de juristes peuvent revendiquer une contribution aussi importante à l’évolution du droit djiboutien.
Au fil des années, Osman Djama Ousman participe directement à la rédaction de plus d’une vingtaine de lois et de décrets qui ont marqué les réformes institutionnelles et sociales du pays.
Son travail accompagne notamment l’adoption de la loi relative à la lutte contre les violences faites aux femmes et les mutilations génitales féminines, les évolutions du Code de la famille, la loi instituant le système de quotas dans les fonctions électives ainsi que les textes fondateurs du Conseil national des droits de l’enfant. Autant de réformes qui témoignent de son engagement constant en faveur de la protection des droits fondamentaux et de la modernisation de l’arsenal juridique national.
L’ENEJ, l’école de la magistrature
Changer de métier après une décennie et demie de carrière n’est jamais une décision anodine. Pour Osman Djama Ousman, cette transition passait obligatoirement par l’École nationale d’études judiciaires.
Créée à l’initiative du ministre de la Justice, Ali Hassan Bahdon, l’ENEJ constitue aujourd’hui le passage incontournable pour toute personne souhaitant accéder aux fonctions de magistrat.
Pendant dix-huit mois, les futurs juges suivent une formation particulièrement exigeante, alternant enseignements théoriques, exercices pratiques et stages au sein des juridictions.
Procédure civile et pénale, rédaction des décisions de justice, droit comparé, techniques d’audience, déontologie, éthique judiciaire : rien n’est laissé au hasard afin de préparer les futurs magistrats à une profession où chaque décision peut avoir des conséquences déterminantes sur la vie des citoyens.
Pour Osman Djama Ousman, cette formation a constitué un véritable laboratoire d’apprentissage.
Elle lui a permis d’approfondir sa maîtrise des techniques judiciaires tout en développant les qualités humaines indispensables à l’exercice de la magistrature : l’écoute, l’impartialité, le discernement et la capacité de décision.
Le choix d’une vocation
Pourquoi quitter une carrière déjà bien établie pour recommencer un long cursus de formation ?
La réponse est simple. « J’ai souhaité donner une nouvelle orientation à ma carrière et relever de nouveaux défis professionnels. Mon expérience de conseiller juridique m’a permis d’acquérir une solide expertise en droit. Aujourd’hui, je souhaite mettre cette expérience directement au service de la justice » a-t-il dit.
Pour lui, devenir magistrat représente une évolution naturelle. « Je n’ai pas abandonné mon ancienne expérience. Au contraire, je l’ai valorisée pour franchir une nouvelle étape de ma carrière » a-t-il déclaré.
Il reconnaît toutefois que cette reconversion n’a rien d’évident. « Changer de métier après plus de dix ans de carrière n’a pas été facile. Peu de personnes osent franchir ce cap. Il faut du courage, de la motivation et surtout la volonté d’aller toujours plus loin » ajoute-t-il.
Une mission au service de l’État de droit
Au-delà du prestige de la fonction, Osman Djama Ousman voit dans la magistrature une responsabilité avant tout.
Pour lui, le magistrat est l’un des garants de la confiance que les citoyens accordent à la justice. « Être magistrat, c’est exercer une mission de responsabilité au service de la société, en veillant au respect de la loi, à l’équité et à la protection des libertés » confie-t-il. Cette fonction exige, selon lui, une combinaison de qualités professionnelles et humaines rarement réunies dans un même métier.
« La rigueur, l’intégrité, l’impartialité, le sens de l’écoute, la capacité d’analyse et le respect de la déontologie sont indispensables. Chaque décision doit être prise avec indépendance et discernement, en gardant toujours à l’esprit ses conséquences sur la vie des personnes » Indique Ousman.
À travers chacune de ses décisions, le magistrat participe au renforcement de l’État de droit, à la consolidation de la paix sociale et à la crédibilité des institutions judiciaires.
Une responsabilité qui dépasse largement le cadre d’une simple profession.
« Pour moi, être magistrat représente bien plus qu’un métier. C’est une vocation, un engagement permanent au service de la justice, de la société et de l’intérêt général » justifie le magistrat.
Le parcours d’Osman Djama Ousman illustre ainsi l’ambition portée par l’École nationale d’études judiciaires : former des magistrats compétents, indépendants et pleinement conscients des responsabilités qui leur incombent. Il témoigne également de la volonté des pouvoirs publics de professionnaliser davantage la magistrature, en faisant de la formation initiale un passage obligé vers une justice plus moderne, plus crédible et toujours plus proche des citoyens.
Sadik Ahmed







































