
Face aux turbulences qui secouent l’une des principales artères maritimes du monde, le président de l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti (DPFZA), M. Aboubaker Omar Hadi, a livré un message de confiance à la communauté maritime internationale. Dans un entretien accordé hier, à la presse nationale et étrangère, il reconnaît l’impact économique des tensions dans le détroit de Bab el-Mandeb, marqué notamment par la hausse spectaculaire des coûts du transport maritime, mais affirme que les infrastructures portuaires djiboutiennes restent pleinement opérationnelles. Avec six ports modernes, une ouverture sur l’océan Indien et une stratégie fondée sur l’attractivité logistique, Djibouti entend consolider son rôle de plateforme incontournable entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe.

Dans un contexte international marqué par une forte pression sur les routes commerciales maritimes, Djibouti entend maintenir le cap. Alors que le détroit de Bab el-Mandeb traverse une période de tensions inédites affectant les flux de navigation, l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti se veut rassurante : les ports du pays continuent de fonctionner normalement et demeurent prêts à accompagner les besoins du commerce mondial.
Lors d’une interview accordée hier des journalistes des médias nationaux et internationaux, le président de la DPFZA, M. Aboubaker Omar Hadi, a reconnu que la crise actuelle constitue un défi majeur pour l’ensemble de l’écosystème maritime.
« Il est vrai que nous traversons une crise difficile, qui n’était pas prévue, notamment en raison de la situation dans le détroit de Bab el-Mandeb », a-t-il déclaré, faisant référence aux perturbations qui affectent cette voie maritime stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden.
Selon lui, l’instauration de nouvelles charges imposées aux navires transitant par cette route a provoqué une augmentation considérable des coûts pour les transporteurs maritimes. Une hausse qui se répercute directement sur les chaînes logistiques mondiales.
« Lorsqu’on taxe les navires, ce sont avant tout les transporteurs qui sont concernés. Or, ils acheminent des marchandises appartenant à différents propriétaires et répercutent inévitablement ces coûts sur le prix du transport maritime », a expliqué M. Aboubaker Omar Hadi.
Une flambée des coûts qui bouleverse le commerce maritime mondial
L’une des conséquences les plus visibles de cette situation concerne l’explosion du coût du transport des conteneurs. Selon Aboubaker Omar Hadi, le prix moyen du transport d’un conteneur dans la région est passé d’environ 3 000 dollars à près de 10 000 dollars.
Une augmentation qui met sous pression les opérateurs économiques, les importateurs et les plateformes logistiques.
« Nous ne pouvons pas absorber seuls ces charges supplémentaires. Nous réfléchissons donc aux solutions qui nous permettront de poursuivre nos activités sans travailler à perte », a-t-il indiqué.
Cette nouvelle donne impose aux acteurs portuaires une adaptation permanente. Pour Djibouti, l’enjeu est double : préserver la compétitivité de ses infrastructures tout en continuant à offrir des services fiables aux compagnies maritimes internationales.
Mais malgré ces contraintes, le président de la DPFZA tient à rappeler une réalité essentielle : les ports djiboutiens restent ouverts.
« Les ports de Djibouti sont pleinement opérationnels et continuent d’accueillir les navires, comme ils l’ont toujours fait. Nous disposons de toutes les infrastructures et facilités nécessaires », a-t-il affirmé.
Six ports modernes pour répondre aux besoins du commerce mondial
En quelques décennies, Djibouti a profondément transformé son paysage portuaire. D’un port unique, le pays est passé à un véritable complexe maritime intégré composé de six ports spécialisés.
« À l’origine, nous n’en avions qu’un seul. Depuis, cinq autres ports en eau profonde, modernes et parfaitement équipés, ont été construits », a rappelé Aboubaker Omar Hadi.
Cette évolution constitue aujourd’hui l’un des principaux atouts stratégiques du pays. Ports polyvalents, terminaux à conteneurs, infrastructures dédiées aux hydrocarbures, au vrac ou encore aux activités régionales : Djibouti dispose désormais d’une capacité logistique capable de répondre à différents segments du commerce international.
Cette politique d’investissement a permis au pays de se positionner comme une plateforme incontournable pour l’approvisionnement des pays enclavés de la région et comme une interface naturelle entre les marchés africains et les grandes routes commerciales mondiales.
Pour Aboubaker Omar Hadi, président de la DPFZA, l’objectif n’est plus de multiplier les infrastructures, mais d’optimiser celles déjà existantes.
« Nous avons suffisamment de ports pour servir tous les pays de la région. Nous n’avons pas l’intention de construire de nouveaux ports. Nous essayons déjà d’utiliser au mieux ce que nous avons construit », a-t-il souligné.
Une stratégie fondée sur l’attractivité et la confiance
Interrogé sur la stratégie adoptée par Djibouti face aux tensions actuelles en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, M. Aboubaker Omar Hadi a indiqué que la ligne directrice reste inchangée : attirer davantage de clients et renforcer l’utilisation des capacités existantes.
« Notre stratégie reste la même : attirer plus de clients. Nous sommes là pour maximiser l’utilisation de la place que nous avons », a-t-il déclaré.
Pour lui, la stabilité institutionnelle, la qualité des infrastructures et la position géostratégique exceptionnelle du pays constituent les principaux arguments permettant à Djibouti de rester compétitif.
Situé au croisement de plusieurs grandes routes maritimes, Djibouti bénéficie d’une ouverture directe sur l’océan Indien. Une caractéristique qui lui permet de limiter l’impact des perturbations affectant la partie nord de la mer Rouge. « Nos ports sont situés au sud de la mer Rouge. Ils sont ouverts sur l’océan », a rappelé le président de la DPFZA.
Cette position offre une alternative stratégique aux opérateurs qui cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement dans un environnement international devenu plus incertain.
Le transbordement en progression malgré les contraintes
Alors que certains observateurs s’interrogent sur l’impact des tensions régionales sur l’activité portuaire djiboutienne, M. Hadi affirme que certains segments connaissent même une progression.
« Nous constatons que le trafic transbordé a beaucoup augmenté », a-t-il indiqué.
Cette évolution traduit la capacité des ports djiboutiens à jouer un rôle de redistribution régionale. Les marchandises peuvent être débarquées à Djibouti avant d’être réacheminées vers d’autres destinations, notamment vers l’Afrique de l’Est ou vers les marchés européens.
Toutefois, le président de l’autorité des ports et des zones franches de Djibouti, reconnaît que les perturbations actuelles entraînent des coûts supplémentaires importants pour les acteurs économiques.
« Cela coûte énormément cher », a-t-il reconnu, rappelant que la crise actuelle dépasse largement le cadre d’un seul pays et concerne l’ensemble du système commercial mondial.
Djibouti, une plateforme logistique prête pour l’avenir
Au-delà de la conjoncture actuelle, M. Aboubaker Omar Hadi compte inscrire l’action de Djibouti dans une vision de long terme. Les prochaines années seront consacrées à l’amélioration de l’efficacité opérationnelle, à la modernisation continue des services et au renforcement de l’attractivité économique des zones franches.
Selon lui, le rôle de Djibouti est avant tout celui d’un facilitateur du commerce international. « Nous sommes prêts à accueillir toutes les activités commerciales qui nécessitent nos services », a-t-il affirmé.
Cependant, il rappelle que les autorités portuaires ne peuvent agir seules sur les facteurs géopolitiques qui influencent les routes maritimes mondiales.
« En tant qu’entité commerciale, notre capacité d’influence sur les événements géopolitiques qui affectent le transport maritime reste limitée », a-t-il reconnu.
Une position réaliste qui traduit l’équilibre recherché par Djibouti : préserver son rôle stratégique tout en s’adaptant à un environnement international en mutation.
Dans un monde où la sécurité des corridors maritimes devient un enjeu majeur, le message envoyé par le président de l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti M. Aboubaker Omar Hadi est clair : malgré les turbulences, Djibouti demeure une plateforme fiable, ouverte et prête à accompagner la croissance du commerce régional et mondial.
Rachid Bayleh









































