Au cœur des montagnes de Randa, là où les pierres racontent une histoire vieille de plusieurs millénaires, une mission officielle vient d’ouvrir une nouvelle perspective pour l’un des joyaux archéologiques de Djibouti. En lançant l’étude de l’aménagement de la piste reliant Randa au site rupestre d’Abourma, les pouvoirs publics posent la première pierre d’un projet appelé à concilier accessibilité, préservation du patrimoine et développement d’un tourisme culturel durable.

Certaines missions de terrain dépassent le simple cadre technique pour annoncer une ambition nationale. Celle effectuée récemment dans les hauteurs de Randa appartient à cette catégorie. Dans un décor minéral où le temps semble suspendu, une délégation gouvernementale s’est rendue sur l’itinéraire conduisant au célèbre site d’art rupestre d’Abourma afin d’évaluer les conditions d’aménagement de la piste qui y mène.

Placée sous l’égide du Ministère de la Jeunesse et de la Culture, en collaboration avec l’Agence Djiboutienne des Routes (ADR), cette mission marque le point de départ d’un projet structurant destiné à faciliter l’accès à l’un des plus précieux témoins de l’histoire ancienne de la République de Djibouti.

La délégation était composée de M. Said Bouha Kamil, représentant du Ministère de la Jeunesse et de la Culture à Tadjourah, de M. Ali Abdoulkader Kamil, représentant de l’Agence Djiboutienne des Routes, ainsi que de M. Abdou Cheik, affectueusement connu sous le nom d’« Abdo Taama ». Ensemble, ils ont parcouru le tracé reliant Randa à Abourma afin d’observer les réalités du terrain, d’identifier les contraintes naturelles et de recueillir les éléments techniques indispensables à la future réalisation de cette infrastructure.

Tout au long de cette reconnaissance, les reliefs escarpés et les passages difficiles ont rappelé combien l’accès au site demeure aujourd’hui un véritable défi. Cette étude permettra de définir les aménagements les plus adaptés, dans le respect des exigences environnementales et patrimoniales, afin que les futurs travaux renforcent la protection du site tout en améliorant son accessibilité.

Car Abourma occupe une place à part dans le patrimoine national. Niché au cœur d’un paysage spectaculaire, le site conserve des gravures rupestres dont certaines remontent à plusieurs millénaires. Les silhouettes de bovins, les scènes pastorales et les représentations d’une faune aujourd’hui disparue constituent un témoignage exceptionnel sur les premières communautés ayant peuplé cette région de la Corne de l’Afrique. Chaque gravure est une page d’histoire inscrite dans la roche, un héritage d’une valeur scientifique, historique et culturelle inestimable.

Si ce patrimoine est depuis longtemps reconnu par les chercheurs et les spécialistes, son éloignement et la difficulté d’accès limitent encore les missions scientifiques, les visites pédagogiques ainsi que son potentiel touristique. L’amélioration de la piste apparaît dès lors comme une étape essentielle pour accompagner les efforts engagés par les autorités en faveur de la valorisation du patrimoine culturel national.

Au-delà de l’aménagement d’une simple voie d’accès, ce projet traduit une vision plus large du développement. Il témoigne de la volonté des pouvoirs publics de faire de la culture un moteur de développement territorial, de création d’opportunités économiques et de rayonnement national. Une meilleure accessibilité permettra non seulement de soutenir la recherche archéologique, mais aussi d’encourager un tourisme culturel responsable, capable de bénéficier durablement aux populations locales.

Cette mission illustre également la synergie entre les institutions publiques. En réunissant les compétences du Ministère de la Jeunesse et de la Culture et celles de l’Agence Djiboutienne des Routes, l’État affirme sa détermination à inscrire la sauvegarde du patrimoine dans une approche intégrée où les infrastructures deviennent un véritable levier de conservation et de développement.

À l’heure où la République de Djibouti poursuit ses efforts pour mieux faire connaître la richesse de son héritage historique, cette visite de terrain revêt une portée hautement symbolique. Elle ouvre la voie à un projet qui pourrait transformer durablement l’accès à Abourma, tout en préservant l’authenticité de ce sanctuaire archéologique.

Car ouvrir la route d’Abourma ne consiste pas seulement à relier deux points sur une carte. C’est rapprocher les générations d’un patrimoine qui raconte leurs origines, offrir aux chercheurs un terrain d’étude plus accessible, inviter les visiteurs à découvrir une page méconnue de l’histoire de la Corne de l’Afrique et affirmer, avec conviction, que la mémoire d’un peuple mérite d’être protégée, transmise et partagée avec le monde.

Ali Salfa