Dans les étendues rurales de la sous-préfecture d’Ali-Addé, à une douzaine de kilomètres au nord du village, l’école de Danane est progressivement devenue bien plus qu’un simple établissement scolaire. Depuis son ouverture en septembre 2018, cette structure implantée au cœur d’une zone de brousse a profondément modifié le quotidien des populations environnantes. Aujourd’hui transformée en école rurale intégrée, elle incarne une nouvelle approche de la scolarisation des enfants issus des zones reculées et des familles vivant au rythme de la transhumance.

À l’origine, l’établissement avait été construit à proximité d’un forage fournissant de l’eau potable à la population locale. Dès l’ouverture des premières classes, l’école a suscité un intérêt croissant auprès des familles vivant dans les campements environnants. Nombre d’entre elles, désireuses d’offrir à leurs enfants la possibilité d’étudier, ont progressivement installé leurs campements à proximité de l’établissement.

L’expérience de Danane a ainsi rapidement démontré l’importance de rapprocher l’école des populations rurales.

Dans cette zone où l’éloignement et la mobilité des familles constituent souvent des obstacles à la scolarisation, la présence d’un établissement scolaire est apparue comme une réponse concrète à un besoin longtemps exprimé par les habitants.

C’est dans cette perspective qu’une mission composée de responsables du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, de représentants de l’UNICEF et d’un membre de l’Agence française de développement s’était rendue sur place en octobre 2022. Cette visite avait permis d’engager un dialogue direct avec le directeur de l’école ainsi qu’avec les représentants de la population locale afin d’évaluer les besoins et d’envisager le développement de l’établissement dans le cadre du programme des Écoles rurales intégrées.

Le projet était ambitieux : renforcer les capacités d’accueil de l’école afin de permettre aux enfants des zones rurales environnantes de poursuivre leur scolarité dans de meilleures conditions, sans être contraints de quitter leur environnement familial.

Grâce notamment au financement de l’Agence française de développement, l’établissement a connu une importante transformation. De nouvelles salles de classe ont été construites, ainsi que deux dortoirs distincts destinés aux garçons et aux filles. Deux logements ont également été aménagés pour les enseignants, dont les conditions de séjour et de travail se trouvent désormais nettement améliorées.

Depuis la rentrée scolaire 2025-2026, l’école rurale intégrée de Danane est ainsi entrée dans une nouvelle phase de son développement. L’établissement dispose désormais d’infrastructures adaptées aux besoins des élèves issus des campements et des zones de brousse environnantes.

L’électrification des installations grâce à l’énergie solaire constitue également un atout majeur pour cette école implantée dans une région éloignée des grands centres urbains. L’objectif est clair : offrir aux enfants de Danane et des localités voisines la possibilité d’accéder à l’éducation et de poursuivre leur parcours scolaire sans que l’éloignement géographique ou l’absence de structures d’accueil ne constitue un obstacle.

Le défi : convaincre chaque famille de scolariser ses enfants

Si les infrastructures sont aujourd’hui disponibles, un autre défi demeure : faire en sorte qu’aucun enfant en âge d’être scolarisé ne reste en dehors de l’école. Lors de sa tournée d’inspection des établissements scolaires de la région, à la fin du mois de janvier 2025, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Moustapha Mohamed Mohamoud, avait d’ailleurs appelé les responsables communautaires, les chefs coutumiers et les mères de famille à s’engager pleinement dans la sensibilisation des populations.

Le ministre avait insisté sur la nécessité de convaincre l’ensemble des familles vivant dans les campements proches ou éloignés de Danane d’envoyer leurs enfants à l’école. Selon lui, les investissements réalisés par l’État et ses partenaires doivent permettre d’offrir à chaque enfant les mêmes chances d’accéder au savoir et de préparer son avenir. Les représentants de la population avaient toutefois souligné les difficultés liées au mode de vie de certaines familles. La transhumance, notamment, continue d’éloigner de nombreux enfants des salles de classe. Dans certaines familles, les jeunes filles restent également davantage exposées au risque de déscolarisation, certaines étant encore mobilisées pour participer aux activités familiales et à la garde des troupeaux.

C’est précisément pour répondre à cette situation que l’ONG Paix et Lait a mené, vendredi dernier, une campagne d’information et de sensibilisation auprès de la communauté de Danane. Les membres actifs de l’organisation se sont entretenus avec le chef du village, les femmes leaders ainsi que plusieurs représentants de la population afin de rappeler l’importance de l’éducation et d’encourager l’inscription de tous les enfants, avec une attention particulière portée à la scolarisation des filles. Le message transmis aux familles est d’autant plus clair que l’école rurale intégrée dispose désormais de moyens d’accueil adaptés. Les enfants peuvent y bénéficier d’un encadrement scolaire, d’un hébergement et de repas, réduisant ainsi les difficultés auxquelles sont confrontées les familles vivant loin de l’établissement.

Au cours des échanges, les notables et les représentants de la communauté ont souligné que les familles sont de plus en plus nombreuses à s’installer aux alentours de l’école. Une évolution qui témoigne de l’intérêt grandissant suscité par la présence de cette infrastructure et du rôle qu’elle joue désormais dans la vie locale.

Depuis l’ouverture de l’établissement, Danane a d’ailleurs vu se développer plusieurs projets à caractère social. Un dispensaire a été construit avec l’intervention du ministère de la Santé, tandis qu’une petite mosquée a été réalisée avec l’appui du ministère des Affaires musulmanes et des Biens waqfs.

D’autres initiatives ont également concerné la mise en place d’un local communautaire ainsi que l’octroi de microcrédits dans le cadre d’actions sociales. Pour les habitants, l’école apparaît ainsi comme le point de départ d’une transformation plus profonde de leur environnement. « La construction de notre école est une sorte de bénédiction pour notre communauté », ont résumé plusieurs représentants locaux lors des échanges avec les responsables de l’ONG.

À l’issue de la campagne de sensibilisation, les notables et les personnes influentes de Danane ont pris l’engagement de poursuivre le travail d’information auprès des familles afin que chaque enfant puisse rejoindre les bancs de l’école. À Danane, le défi ne consiste donc plus seulement à construire des salles de classe ou à améliorer les infrastructures. L’école est désormais là, équipée et capable d’accueillir davantage d’élèves. Le véritable enjeu est maintenant de faire en sorte que cette chance soit saisie par toutes les familles.

Dans cette zone rurale de la sous-préfecture d’Ali-Addé, l’école rurale intégrée est ainsi appelée à jouer un rôle qui dépasse largement celui de la transmission des connaissances. Elle devient un lieu d’ancrage pour les populations, un instrument de lutte contre les inégalités et un puissant levier pour préparer l’avenir des enfants de Danane et des communautés environnantes.

Ali Ladieh