
Alors que les tensions en mer Rouge perturbent les routes maritimes internationales, Djibouti fait preuve de résilience sur le front portuaire. Si les volumes de transbordement enregistrent une légère progression grâce à la réorientation de certaines cargaisons vers ses ports, les coûts d’exploitation connaissent une hausse substantielle. C’est le constat dressé jeudi par Aboubaker Omar Hadi, président de l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti (APZFD), lors d’une conférence de presse tenue au centre d’exhibition ‘‘Red Sea World’’, en marge de la septième mission économique de la Francophonie.
Dans une région où les tensions géopolitiques redessinent les itinéraires maritimes, les ports djiboutiens affichent, pour l’heure, une relative résistance. C’est le principal message qu’a voulu faire passer le président de l’autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti, M. Aboubaker Omar Hadi, lors d’une conférence de presse qu’il a tenu jeudi dans la salle VIP du Centre d’exhibition, au Red Sea World.
Malgré les incertitudes qui pèsent sur la navigation en mer Rouge et les répercussions de la crise régionale, l’activité portuaire nationale ne connaît pas de recul significatif en volume. Elle enregistre même une légère hausse, portée notamment par la progression des opérations de transbordement. « C’est une situation conjoncturelle qui n’était pas prévue, dont nous avons très peu d’impact ou de levier pour modifier la course de ces événements, mais en général, du point de vue du trafic maritime, on est bon, même je dirais en légère hausse, parce que tout simplement c’est notre volume de transbordement qui a augmenté », a affirmé le président de l’APZFD, M. Aboubaker Omar Hadi soulignant que cette évolution s’explique par la réorganisation des circuits d’acheminement des marchandises.
Situé à l’entrée méridionale de la mer Rouge, au carrefour du golfe d’Aden et du détroit de Bab el-Mandeb, Djibouti occupe une position stratégique sur les routes reliant l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe. Cette situation géographique, qui constitue depuis longtemps l’un des fondements de son modèle économique, prend une dimension particulière lorsque les grandes lignes maritimes sont contraintes de modifier leurs itinéraires. Face aux risques qui affectent la navigation en mer Rouge, certains armateurs privilégient des solutions de transbordement permettant de rapprocher leurs cargaisons des marchés de destination, notamment ceux de l’Afrique de l’Est et des pays riverains de la mer Rouge. Des conteneurs sont ainsi déchargés à Djibouti avant d’être acheminés vers leurs destinations finales par d’autres liaisons maritimes ou logistiques.
« Comme il y a des problèmes en mer Rouge, les gros armateurs déchargent leurs conteneurs à Djibouti, pour les pays de la mer Rouge et l’Afrique de l’Est. Après, ils font le tour du continent pour continuer sur l’Atlantique et l’Europe. On espère que ça ne va pas durer trop longtemps, mais comme disent les Anglais, ‘‘SO FAR SO GOOD’’ », a indiqué Aboubaker Omar Hadi pour expliquer l’augmentation des volumes traités par les installations portuaires djiboutiennes. Une évolution qui témoigne également de la capacité des ports de Djibouti à absorber une partie des flux réorientés par les bouleversements régionaux.
La hausse des coûts, l’autre visage des crises sur 2 passages majeurs du commerce mondial
Cependant derrière cette évolution des volumes, se dessine une réalité moins favorable, celle de l’augmentation des charges d’exploitation. Carburants, maintenance des équipements et opérations de manutention subissent les effets d’un environnement international devenu plus coûteux et plus incertain. « En termes de coûts d’opération, de carburants qu’on utilise pour la maintenance des marchandises et des containers dans nos ports, tout a augmenté », a reconnu le président de l’APZFD. À cet égard, Djibouti doit composer avec les conséquences de plusieurs foyers de tension. Aboubaker Omar Hadi a notamment évoqué les répercussions de la crise affectant le détroit d’Ormuz, qui se répercutent sur les coûts de fonctionnement, en particulier ceux liés aux carburants. Le responsable s’est toutefois montré prudent dans son appréciation de la situation, estimant que les ports djiboutiens résistent jusqu’à présent aux perturbations qui affectent leur environnement maritime. Une résilience qui reste néanmoins tributaire de l’évolution des tensions régionales et de leurs conséquences sur les circuits commerciaux internationaux. Interrogé sur les conséquences de cette conjoncture pour les consommateurs, Aboubaker Omar Hadi a reconnu que les prix subissent des pressions à la hausse. « Les prix sont certes en hausse pour les consommateurs », a-t-il indiqué
La Francophonie, une vitrine pour l’attractivité économique
La conférence de presse s’est également inscrite dans le contexte de la septième mission économique de la Francophonie, organisée à Djibouti pendant trois jours. Au-delà des questions liées à la conjoncture maritime, Aboubaker Omar Hadi a salué la visibilité offerte au pays par cette rencontre. « Très satisfait. C’est bien que la Francophonie redécouvre Djibouti », a-t-il déclaré, estimant que l’événement avait contribué à remettre en lumière les atouts du pays auprès des acteurs économiques francophones.
Le président de l’APZFD a notamment insisté sur la singularité linguistique de Djibouti dans son environnement régional, le français constituant un trait distinctif de son positionnement en Afrique de l’Est.
« On est le seul pays francophone de toute l’Afrique de l’Est. Donc, ça nous a donné de la visibilité. On est là pour la Francophonie, pour le commerce, l’économie », a-t-il souligné.
Cette visibilité prend une dimension particulière dans un contexte où les économies cherchent à diversifier leurs partenariats, à attirer des investissements et à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Pour Djibouti, l’enjeu est de faire converger ses atouts portuaires, sa position géographique et son ouverture internationale afin de consolider son rôle de plateforme régionale.
La mission économique offre ainsi une occasion de rapprocher les acteurs publics et privés, de promouvoir les possibilités d’investissement et d’inscrire les infrastructures nationales dans des réseaux de coopération plus larges.
Si les retombées concrètes de ces rencontres devront se mesurer aux partenariats effectivement noués et aux projets qui en découleront, elles participent à la stratégie de visibilité économique défendue par les autorités portuaires.
RACHID BAYLEH










































