Renforcer l’entrepreneuriat local pour faire reculer la pauvreté et créer des opportunités d’emplois dans les régions de l’intérieur: tels sont les objectifs du Projet Intégré de Résilience Communautaire (PIRC), baptisé « Khayrat ». La semaine dernière, Une caravane de l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS) a sillonné les régions du Sud pour sensibiliser les jeunes, les femmes et les porteurs de projets sur les nombreuses opportunités offertes par ce programme, financé par la Banque mondiale et mis en œuvre en collaboration avec le Ministère des Affaires Sociales et des Solidarités (MASS).

De Dikhil à Ali-Sabieh en passant par les localités Holl-Holl et Ali Addeh, la caravane de l’ADDS a mobilisé des nombreux jeunes et femmes pour faire connaître les multiples dispositifs d’accompagnement prévus par le Projet Intégré de Résilience Communautaire (PIRC), plus connu sous son appellation locale « Khayrat » en faveur des coopératives et des petits entrepreneurs.

Au-delà d’une simple campagne d’information, cette initiative traduit la volonté des pouvoirs publics de rapprocher les mécanismes de financement et d’accompagnement des populations locales afin de leur offrir des perspectives concrètes d’insertion économique et de développement durable.

Une caravane au plus près des porteurs de projets

À Dikhil, la salle de cérémonie du Conseil régional a servi de cadre à un lancement placé sous le signe de l’espoir et de la mobilisation collective. La cérémonie a réuni le Préfet de la région, Hassan Abdi Robleh, le Président du Conseil régional, Mahad Houssein Ahmed, le Directeur général de l’ADDS, Mahdi Mohamed Djama, ainsi que des représentants de la Chambre de Commerce de Djibouti, du Ministère de la Femme et de la Famille, du Ministère de la Culture et de la Jeunesse, sans oublier de nombreux jeunes entrepreneurs venus découvrir les opportunités offertes par le projet.

Le lendemain, c’est la région d’Ali-Sabieh qui a pris le relais. Aux côtés du Directeur général de l’ADDS se trouvaient notamment, le Président du Conseil régional Charmarké Hassan Allaleh, la Directrice des Financements de l’ADDS, Kadra Omar Kamil, des représentants des ministères partenaires, des élus locaux, des commerçants ainsi que plusieurs centaines de jeunes et de porteurs de projets.

Dans les deux régions, les autorités administratives et les responsables institutionnels ont délivré un message convergent : le développement économique local passe désormais par une jeunesse entreprenante, capable de transformer les ressources et les potentialités des territoires en activités créatrices de richesse et d’emplois.

Intervenant à Dikhil, le Préfet Hassan Abdi Robleh a invité les jeunes à saisir pleinement cette opportunité afin de construire leur avenir. Il les a exhortés à faire preuve de détermination, d’audace et d’esprit d’initiative pour transformer leurs idées en projets viables, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie de leurs familles tout en participant au développement de leur région.

À Ali-Sabieh, les différents intervenants ont rappelé que cette campagne de sensibilisation, qui s’étalera sur deux semaines, précède l’ouverture officielle des inscriptions. Une fois cette première étape achevée, les candidats éligibles participeront à un concours de plans d’affaires destiné à sélectionner les projets les plus solides et les plus prometteurs avant leur accompagnement.

Des financements adaptés pour stimuler l’entrepreneuriat

Les équipes techniques de l’ADDS ont profité de ces rencontres pour présenter en détail les différents mécanismes de soutien prévus par le Projet Intégré de Résilience Communautaire.

S’inscrivant dans la continuité des programmes FORJE et PROPEJA, qui ont déjà permis d’accompagner de nombreux jeunes entrepreneurs à Djibouti, le PIRC adopte une approche plus intégrée. En complément des infrastructures communautaires qu’il finance, il agit directement sur les moyens de subsistance des populations en développant un ensemble de dispositifs destinés à favoriser l’autonomisation économique et la création d’emplois.

La composante consacrée aux moyens de subsistance repose ainsi sur quatre axes majeurs.

Le premier concerne la création ou le renforcement des Activités Génératrices de Revenus (AGR), avec des financements pouvant varier entre 300 000 et un million de francs djiboutiens selon la nature des projets.

Le deuxième vise l’accompagnement des Très Petites et Moyennes Entreprises (TPME) réalisant un chiffre d’affaires annuel pouvant atteindre deux millions de francs djiboutiens. Les entreprises retenues pourront bénéficier d’un appui financier compris entre un et cinq millions de francs djiboutiens afin de développer leurs activités.

Le troisième programme porte sur le soutien aux installations productives destinées aux coopératives locales, avec l’objectif de renforcer leur capacité de production, leur compétitivité et leur intégration dans l’économie régionale.

Enfin, le quatrième volet est consacré aux Groupements d’Entraide par Affinité (GEA), un modèle communautaire qui a déjà largement démontré son efficacité dans la lutte contre la pauvreté. À titre d’exemple, cinquante nouveaux groupements seront créés dans la région d’Ali-Sabieh, représentant un investissement global estimé à près de 90 millions de francs djiboutiens.

Des témoignages qui illustrent l’impact de l’initiative entrepreneuriale

À Dikhil, l’un des moments les plus marquants de la cérémonie fut le témoignage particulièrement émouvant d’une femme membre d’un Groupement d’Entraide par Affinité. Devant une assistance attentive, elle a raconté comment le soutien reçu grâce à ce dispositif lui avait permis d’accompagner quatre de ses enfants dans la création de leurs propres activités génératrices de revenus.

Aujourd’hui, chacun d’eux dirige une activité prospère. Son témoignage, empreint d’émotion et d’espoir, a illustré de manière concrète les effets positifs des mécanismes d’entraide communautaire sur l’autonomisation des familles et la réduction de la pauvreté.

Cette expérience est venue rappeler les nombreux succès enregistrés par les Groupements d’Entraide par Affinité au fil des années. Fondés sur les principes de solidarité, d’épargne collective et de responsabilité mutuelle, ces groupements constituent désormais un levier reconnu de développement économique local et d’amélioration durable des conditions de vie des ménages.

À Ali-Sabieh, plusieurs commerçants de la région ont également partagé leurs parcours entrepreneuriaux. À travers leurs récits, ils ont démontré que la réussite économique est avant tout le fruit de la persévérance, du travail et de la confiance en soi. Leurs témoignages ont fortement résonné auprès des jeunes présents, en déconstruisant certaines idées reçues selon lesquelles entreprendre nécessiterait obligatoirement d’importants moyens financiers au départ.

La Directrice des Financements de l’ADDS, Kadra Omar Kamil, a, pour sa part, encouragé les jeunes à profiter pleinement des possibilités offertes par le projet. Elle a souligné que « Khayrat » constitue une occasion unique de transformer des idées innovantes en entreprises viables, capables de générer des revenus durables et de contribuer au développement économique de leurs communautés.

Dans les deux régions, les présentations techniques ont été suivies d’échanges interactifs particulièrement nourris. Les jeunes participants ont pu obtenir des précisions sur les critères d’éligibilité, les modalités d’inscription, les procédures de sélection ainsi que les différentes formes d’accompagnement prévues par le projet.

La forte mobilisation observée à Dikhil, à Ali-Sabieh mais également dans les localités de Holl-Holl et d’Ali Addeh ou la caravane s’est rendue par la suite, témoigne de l’intérêt suscité par cette nouvelle initiative gouvernementale, qui répond à une attente réelle des populations, notamment en matière d’emploi, de création d’activités économiques et d’inclusion financière.

« Khayrat », un levier stratégique pour une croissance inclusive

Co-exécuté par le Ministère des Affaires Sociales et des Solidarités (MASS) et l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS), le Projet Intégré de Résilience Communautaire « Khayrat » s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et de promotion de l’inclusion économique. En misant sur le renforcement des capacités des communautés, l’appui à l’entrepreneuriat et la création d’opportunités durables, il ambitionne de bâtir une résilience économique plus solide dans les régions bénéficiaires.

Axé sur le développement du capital humain à travers l’amélioration de la santé, de la nutrition et de la résilience, ainsi que sur l’autonomisation économique, ce nouveau projet pose les bases d’une autosuffisance durable pour les groupes vulnérables, y compris les réfugiés dont le ‘‘ KHAYRAT’’ prévois un quota de 30% et les communautés d’accueil. Cette approche intégrée vise non seulement à améliorer l’accès aux services essentiels, mais aussi à renforcer les capacités des communautés à générer leur propre croissance économique, contribuant ainsi à un avenir plus résilient et prospère.

S’inscrivant dans la Vision 2035 de Djibouti, cette initiative appuie directement le développement socioéconomique au-delà de la capitale, en ciblant les régions mal desservies. Elle est également alignée sur le Cadre de partenariat-pays (CPF) du Groupe de la Banque mondiale et sur sa Stratégie en matière de genre, consolidant ainsi les engagements en faveur d’un développement inclusif et durable.

RACHID BAYLEH