À l’approche de l’élection du prochain Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), La Nation propose à ses lecteurs une série de portraits consacrés aux différents candidats en lice. Parcours, vision, priorités et ambitions : cette rubrique permettra de mieux comprendre les projets de celles et ceux qui aspirent à diriger cette organisation qui rassemble 90 États et gouvernements. Pour ouvrir cette série, découvrez le portrait de Dacian Cioloș, ancien Premier ministre de la Roumanie, qui défend une Francophonie fondée sur le dialogue, la coopération et les opportunités.

Dacian Cioloș : le pari d’une Francophonie de dialogue, d’influence et d’opportunités

Ancien Premier ministre de la Roumanie, ancien commissaire européen et défenseur d’un multilatéralisme rénové, Dacian Cioloș est l’un des quatre candidats en lice pour succéder à Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). À l’heure où l’espace francophone cherche à redéfinir son rôle face aux grands bouleversements mondiaux, le candidat roumain mise sur une gouvernance de consensus, une coopération économique renforcée et une place centrale accordée à l’Afrique et à la jeunesse. Retour sur le parcours et la vision d’un homme qui entend faire de la Francophonie un véritable levier d’action.

À quelques mois de l’élection du prochain Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la campagne prend progressivement de l’ampleur. Le 30 juin dernier, à Paris, les représentants des États et gouvernements membres de l’organisation ont auditionné les différents candidats appelés à présenter leur vision pour le mandat 2027-2030.

Parmi eux figurait Dacian Cioloș, ancien Premier ministre de la Roumanie, seul candidat européen de cette élection stratégique qui verra également s’affronter la secrétaire générale sortante Louise Mushikiwabo, la Congolaise Juliana Amato Lumumba et la Mauritanienne Coumba Bâ.

Durant près de quarante-cinq minutes, le responsable politique roumain a exposé un projet articulé autour d’une idée simple : rassembler les États membres pour construire une Francophonie plus influente, plus utile et davantage tournée vers les résultats.

Loin des discours institutionnels classiques, Dacian Cioloș a insisté sur la nécessité de moderniser le fonctionnement de l’organisation afin qu’elle réponde davantage aux attentes des populations francophones.

« Nous avons l’occasion de redéfinir le rôle de la Francophonie en fonction des attentes des États, de nos peuples et de nos communautés », a-t-il affirmé en plaidant pour un « multilatéralisme éclairé », capable de s’adapter à un monde marqué par les crises géopolitiques, les mutations économiques et les profondes transformations sociales.

Une Francophonie qui parle aussi développement économique

Pour Dacian Cioloș, la langue française demeure naturellement le socle de la Francophonie. Mais elle ne saurait constituer son unique horizon.

L’ancien commissaire européen souhaite donner une dimension beaucoup plus économique à l’organisation, estimant que celle-ci doit devenir un espace facilitant les investissements, les échanges commerciaux, l’innovation et la création d’emplois.

Selon lui, la coopération économique doit désormais occuper une place comparable à celle de la promotion de la langue française, de la culture ou encore de l’éducation.

Cette orientation traduit sa volonté de faire de la Francophonie un acteur concret du développement, capable d’accompagner les États membres dans leurs ambitions économiques et de favoriser les partenariats entre les entreprises des différents pays francophones.

L’ancien chef du gouvernement roumain estime que la Francophonie dispose d’un potentiel largement sous-exploité grâce à son vaste réseau de 90 États et gouvernements répartis sur les cinq continents.

Pour lui, il est temps de transformer cette diversité géographique en véritable force économique.

L’un des messages les plus remarqués de son audition concerne la place accordée au continent africain.

Dacian Cioloș considère que l’avenir de la langue française se joue avant tout en Afrique, où la croissance démographique fera du continent le principal espace francophone dans les prochaines décennies.

Cette conviction l’amène à proposer un partenariat beaucoup plus étroit avec les États africains.

Dans un geste fort, il a annoncé que, s’il était élu Secrétaire général, il travaillerait en binôme avec une administratrice africaine.

Cette proposition vise à assurer un meilleur équilibre dans la gouvernance de l’organisation tout en reconnaissant le poids stratégique du continent au sein de la Francophonie.

Pour le candidat roumain, cette collaboration permettrait également de mieux prendre en compte les réalités africaines dans la définition des politiques de l’OIF.

Au-delà du symbole, cette volonté traduit sa conviction que la Francophonie ne pourra pleinement réussir qu’en s’appuyant sur l’énergie, la créativité et le dynamisme des pays africains.

Cinq priorités pour transformer l’organisation

Le programme présenté par Dacian Cioloș repose sur cinq grands axes qui structurent sa candidature.

Le premier consiste à instaurer une nouvelle gouvernance fondée sur la modération, le dialogue et la recherche permanente du consensus entre les États membres.

Le deuxième vise à mobiliser davantage de ressources financières afin de permettre à l’OIF de mettre en œuvre des projets plus ambitieux.

Le troisième entend faire du français une véritable langue d’opportunités, capable d’offrir des perspectives économiques, professionnelles et universitaires aux jeunes générations.

Le quatrième met l’accent sur le renforcement des droits humains ainsi que sur l’autonomisation des femmes, considérées comme des acteurs essentiels du développement.

Enfin, le cinquième pilier ambitionne de consolider le rôle de la Francophonie comme espace de paix, de stabilité, de dialogue politique et d’influence diplomatique.

À travers ces cinq priorités, le candidat souhaite faire évoluer l’image de l’organisation en la rapprochant davantage des préoccupations concrètes des populations.

Au cours de son audition, Dacian Cioloș a accordé une place particulière aux jeunes.

Selon lui, l’OIF doit devenir un véritable espace de mobilité, d’échanges universitaires, de coopération scientifique et d’innovation.

Il plaide pour le développement de programmes favorisant les rencontres entre jeunes francophones issus de cultures différentes afin de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté partageant une même langue. Cette approche vise également à mieux préparer les nouvelles générations aux défis du marché du travail, de la transition numérique et des mutations économiques.

Pour le candidat roumain, investir dans la jeunesse revient à investir dans l’avenir même de la Francophonie.

Une expérience internationale reconnue

Le parcours de Dacian Cioloș constitue l’un de ses principaux atouts.

Après des études d’ingénieur horticulteur en Roumanie, il poursuit sa formation en France grâce à une bourse du gouvernement français, avant d’obtenir un doctorat en économie du développement agricole.

Sa carrière politique débute véritablement lorsqu’il devient ministre roumain de l’Agriculture et du Développement rural.

Il rejoint ensuite la Commission européenne en qualité de commissaire chargé de l’Agriculture et du Développement rural, où il acquiert une solide réputation de négociateur.

En 2015, il est nommé Premier ministre de la Roumanie dans un contexte politique délicat.

Après son passage à la tête du gouvernement, il poursuit son engagement au Parlement européen où il préside le groupe Renew Europe entre 2019 et 2021.

Ce parcours lui a permis d’acquérir une solide expérience des négociations internationales, de la gouvernance multilatérale et du dialogue entre États.

Autant d’atouts qu’il met aujourd’hui au service de sa candidature à la tête de l’OIF.

L’élection du prochain Secrétaire général dépasse largement le simple renouvellement d’un mandat.

Elle intervient dans un contexte international marqué par la montée des tensions géopolitiques, les défis climatiques, les transformations numériques et les attentes croissantes des jeunes générations.

Face à ces mutations, les États membres souhaitent donner un nouvel élan à une organisation qui rassemble aujourd’hui 90 États et gouvernements.

En présentant un projet fondé sur le dialogue, le développement économique, la coopération renforcée avec l’Afrique et une gouvernance plus efficace, Dacian Cioloș entend convaincre que la Francophonie peut devenir un acteur davantage influent sur la scène internationale.

Reste désormais aux États membres de choisir, lors du prochain Sommet de la Francophonie, la personnalité qui portera cette ambition pour les quatre années à venir.

Bio express :

Dacian Cioloș

Nom : Dacian-Iulian Cioloș

Date de naissance : 27 juillet 1969

Lieu de naissance : Zalău (Roumanie)

Nationalité : Roumaine

Ingénieur horticulteur diplômé de l’Université des sciences agricoles et de médecine vétérinaire de Cluj.

Ancien boursier du gouvernement français à l’École nationale supérieure agronomique de Rennes.

Docteur en économie du développement agricole de l’École nationale supérieure agronomique de Montpellier.

Ministre roumain de l’Agriculture et du Développement rural (2007-2008).

Commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural (2010-2014).

Premier ministre de la Roumanie (2015-2017).

Député européen (2019-2024) et ancien président du groupe Renew Europe au Parlement européen.

Polyglotte, il parle le roumain, le français et l’anglais.

Candidat au poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie pour le mandat 2027-2030 avec une vision fondée sur le dialogue, la coopération économique, la jeunesse et le renforcement du rôle de l’Afrique au sein de l’espace francophone.