
Face à une urbanisation rapide et aux effets de plus en plus perceptibles du changement climatique, Djibouti s’engage dans un programme d’envergure visant à moderniser ses infrastructures urbaines. Réunis hier à l’hôtel Kempinski, autour des décideurs politiques, de la Banque mondiale et des principaux acteurs du développement urbain dont ceux de l’Agence Djiboutienne des routes (ADR), les experts ont dévoilé les résultats d’une vaste étude diagnostique des infrastructures routières de Djibouti-Ville et les grandes lignes du futur schéma directeur du réseau routier urbain intégré. Plus qu’un simple document de planification, cette feuille de route ambitionne de repenser la mobilité, de renforcer la résilience des infrastructures et d’accompagner la transformation de Djibouti-Ville en une métropole moderne, inclusive et adaptée aux défis du XXIe siècle.

Au fil des années, Djibouti-Ville s’est profondément transformée. Son paysage urbain s’est étendu vers de nouveaux quartiers, sa population n’a cessé de croître et son rôle de carrefour économique régional s’est affirmé. Cette dynamique, portée par les investissements publics et privés ainsi que par une croissance démographique soutenue, impose aujourd’hui une adaptation permanente des infrastructures afin qu’elles répondent aux exigences d’une capitale moderne.
Routes, avenues, échangeurs, ouvrages hydrauliques, transports collectifs, sécurité routière, mobilité des piétons, circulation des marchandises : autant de défis qui conditionnent désormais la qualité de vie des habitants autant que la compétitivité économique du pays. C’est dans cette perspective que s’est tenu hier, à l’hôtel Kempinski, un atelier national consacré à la restitution de l’étude diagnostique des infrastructures routières urbaines et à la présentation des premières orientations du futur schéma directeur du réseau routier urbain intégré de Djibouti-Ville.

Organisée par le ministère des Infrastructures et de l’Équipement à travers l’Agence Djiboutienne des Routes (ADR), en partenariat avec la Banque mondiale, cette rencontre s’inscrit dans le cadre du Projet d’étude intégrée sur l’infrastructure urbaine et l’adaptation au climat à Djibouti, un programme stratégique qui place la résilience climatique au cœur des politiques d’aménagement urbain.
L’objectif étant de doter la capitale d’un réseau routier capable d’accompagner sa croissance, de fluidifier les déplacements, de réduire les vulnérabilités face aux inondations et de préparer la ville aux défis des prochaines décennies.
Une mobilisation de haut niveau autour d’un projet structurant
présidée par le ministre des Infrastructures et de l’Équipement, Saïd Nouh Hassan, la cérémonie inaugurale de cet atelier a réuni des nombreuses personnalités parmi lesquelles la ministre de la Ville, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Amina Abdi Aden, sa collègue déléguée chargée des Investissements et du Développement du secteur privé, Mariam Hamoudou Ali, la représentante résidente de la Banque mondiale à Djibouti, Fatou Fall, ainsi que du directeur général de l’Agence Djiboutienne des Routes, Soubaneh Saïd Ismail. Autour d’eux avaient pris place les représentants des principales administrations concernées, des collectivités locales, des bureaux d’études, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs du secteur privé. Cette forte mobilisation illustre l’importance stratégique accordée à la mobilité urbaine, désormais considérée comme un levier majeur de développement économique, de cohésion sociale et de compétitivité territoriale.
L’atelier avait une double vocation : partager les conclusions du diagnostic réalisé sur les infrastructures routières de la capitale et recueillir les observations des différents acteurs afin d’enrichir le document avant sa validation définitive.
Une capitale confrontée aux défis de sa propre croissance
Ces dernières années, Djibouti-Ville connaît une expansion sans précédent. Les quartiers périphériques poursuivent leur développement, les besoins en logements augmentent, les activités économiques se diversifient et les déplacements quotidiens deviennent toujours plus nombreux. Cette évolution, reflet du dynamisme économique national, exerce cependant une pression croissante sur les infrastructures existantes.
Aux heures de pointe, certains axes supportent une circulation particulièrement dense. Les échanges entre le centre-ville, Balbala, les nouveaux pôles urbains et les zones d’activités nécessitent une organisation plus performante des flux.
À cela s’ajoutent les défis liés à la sécurité routière, au développement et à l’entretien régulier d’un réseau soumis à des conditions climatiques parfois extrêmes.
Le diagnostic présenté lors de l’atelier met précisément en lumière ces réalités. Il révèle un réseau encore insuffisamment maillé, des déplacements concentrés sur quelques axes structurants, une desserte inégale entre certains quartiers ainsi qu’une vulnérabilité persistante face aux fortes précipitations et aux phénomènes climatiques. Ces constats constituent désormais le point de départ de cette nouvelle stratégie nationale de mobilité urbaine.
Une approche intégrée de la ville de demain
Pour le directeur général de l’Agence Djiboutienne des Routes, Soubaneh Saïd Ismail, principal organisateur de cet atelier, le futur schéma directeur représente une étape déterminante dans la modernisation des infrastructures urbaines.
Fruit de plusieurs mois d’études techniques, d’enquêtes de terrain et d’analyses de la circulation, ce document permettra de hiérarchiser les investissements prioritaires et d’orienter les futurs projets d’aménagement.
Au-delà de la création de nouvelles voiries, il s’agit de construire un réseau cohérent reliant les quartiers existants, les futures zones d’urbanisation, les équipements publics, les zones économiques et les principaux pôles d’activités.
L’approche retenue repose sur une vision intégrée où routes, transports collectifs, mobilité douce, sécurité routière et gestion des eaux pluviales sont désormais pensés comme les composantes d’un même système urbain.
Urbanisme, mobilité et climat : une même équation
Intervenant à son tour, la ministre de la Ville, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Amina Abdi Aden, a insisté sur la nécessité d’intégrer pleinement les politiques de mobilité dans la planification urbaine.
Elle a rappelé que le travail présenté constitue l’aboutissement d’un diagnostic approfondi portant sur l’état actuel des infrastructures routières, la circulation automobile, les transports publics, les habitudes de déplacement des citoyens, la sécurité routière ainsi que les besoins d’entretien du réseau existant.
Selon la ministre Amina Abdi, cette réflexion offre désormais une vision globale des défis auxquels la capitale est confrontée et permettra de concevoir des solutions adaptées aux réalités actuelles et futures. Elle a en outre souligné que le futur schéma routier ne saurait être élaboré indépendamment des autres documents stratégiques de développement urbain.
La ministre a notamment indiqué que le nouveau Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU) constitue désormais la référence pour accompagner l’expansion de la capitale, renforcer son attractivité économique, améliorer durablement le cadre de vie des habitants et accroître sa résilience face aux changements climatiques.
Amina Abdi Aden a également mis l’accent sur la complémentarité entre les infrastructures routières et les projets de drainage des eaux pluviales actuellement en préparation.
« Une route bien conçue doit intégrer un réseau de drainage efficace », a-t-elle déclaré avant de rappeler que les épisodes d’inondation observés ces dernières années démontrent l’importance d’intégrer la gestion des eaux pluviales dès la conception des infrastructures routières. Cette articulation entre infrastructures routières et ouvrages hydrauliques constitue l’un des piliers de la stratégie gouvernementale de résilience urbaine.
Une vision gouvernementale tournée vers l’avenir
Dans son allocution, le ministre des Infrastructures et de l’Équipement, Saïd Nouh Hassan, a replacé cette étude dans la vision plus large du développement national. Il a rappelé que la mobilité dépasse largement la seule question des routes.
Elle conditionne l’accès aux services publics, favorise les échanges économiques, réduit les inégalités territoriales, améliore la sécurité des usagers et participe directement à la qualité de vie des citoyens.
Le ministre a dressé un état des lieux sans complaisance des défis actuels : réseau routier insuffisamment connecté, concentration des flux sur quelques axes majeurs, transport collectif encore largement artisanal, desserte incomplète de certains quartiers et vulnérabilité des infrastructures face aux inondations.
Pour lui, ces constats imposent une réponse ambitieuse fondée sur l’anticipation plutôt que sur la simple réaction aux besoins.
« Cette étude ne se limite pas à établir un diagnostic. Elle propose une vision, des scénarios de développement, des priorités d’investissement et une véritable trajectoire pour les prochaines années », a-t-il indiqué.
Une capitale plus résiliente face au changement climatique
Au-delà des enjeux de mobilité, le projet accorde une place centrale à l’adaptation des infrastructures aux effets du changement climatique.
Les futures routes devront être conçues selon des normes permettant de résister aux fortes pluies, aux inondations et aux phénomènes climatiques extrêmes, tout en assurant une meilleure évacuation des eaux pluviales et une continuité des déplacements en toutes circonstances.
Cette approche intégrée répond à un double objectif : améliorer les conditions de circulation tout en réduisant la vulnérabilité des infrastructures urbaines face aux risques climatiques.
À terme, le futur schéma directeur devrait devenir l’un des principaux outils de planification de la mobilité urbaine de Djibouti-Ville. En définissant les investissements prioritaires et en coordonnant les différents projets d’aménagement, il accompagnera la modernisation de la capitale tout en soutenant son développement économique, social et environnemental.
À travers cette initiative conduite avec l’appui de la Banque mondiale, Djibouti confirme son ambition de construire une ville plus accessible, plus durable et mieux préparée aux défis du XXIᵉ siècle, où les infrastructures routières ne seront plus seulement des voies de circulation, mais de véritables vecteurs de développement, de résilience et d’amélioration de la qualité de vie de la population.
Rachid Bayleh








































