À l’occasion de son dixième anniversaire, l’Institut de recherche indépendant de la Corne de l’Afrique (IRICA) célèbre une décennie de travaux scientifiques consacrés aux réalités nationales et régionales. Marquée par l’obtention du statut d’ONG d’utilité publique, cette étape importante ouvre de nouvelles perspectives pour l’institut, qui entend renforcer sa contribution au développement de Djibouti. Chercheurs, responsables institutionnels et personnalités nationales témoignent du chemin parcouru, de l’utilité de la recherche pour éclairer les politiques publiques et de la nécessité de mieux financer les travaux scientifiques. Tous partagent une même conviction : la connaissance constitue un levier essentiel pour comprendre les défis du pays et construire des solutions adaptées à ses besoins.

Dr Abdillahi Houssein Abdallah : « La recherche doit se traduire par des résultats concrets sur le terrain »

Chercheur en sciences de l’environnement  et enseignant-chercheur  à l’Université de Djibouti

« À l’IRICA, nous travaillons dans le domaine de la recherche, mais également dans le renforcement des capacités, aussi bien au sein de l’administration centrale qu’auprès de la société civile. Nous organisons des formations, des activités d’accompagnement et des ateliers consacrés au montage de projets pour aider les organisations de la société civile à développer leurs compétences.

Depuis 2022, nous menons notamment, en deux phases, le Programme d’appui à la société civile (PASOC), financé par l’Union européenne. Nous travaillons avec des associations de toutes tailles, petites, moyennes ou grandes, afin de renforcer leurs capacités et de les aider à mieux structurer leurs initiatives.

Avec l’ONG Pait et Lait, nous avons également contribué à la création d’un forum national d’action réunissant les organisations de la société civile de Djibouti. Notre objectif était de les fédérer, de renforcer leur coordination et de leur permettre de parler d’une seule voix. Aujourd’hui, ce forum dispose d’un siège, d’un statut et d’une existence légale. C’est une réalisation concrète dont nous sommes fiers. Nous collaborons aussi avec plusieurs administrations centrales, notamment l’ANPH et le ministère de la Santé, dans le cadre de l’évaluation des politiques publiques. En tant qu’institution indépendante, nous pouvons porter un regard extérieur sur les actions menées, confronter les objectifs aux réalités du terrain et formuler des recommandations.

Mais, pour nous, il ne suffit pas de produire des recommandations. Le plus important est de les voir appliquées. C’est pourquoi nous pouvons également accompagner les administrations dans leur mise en œuvre. Avec notre statut institutionnel désormais reconnu, nous souhaitons poursuivre cet engagement et contribuer davantage à l’amélioration de l’action publique. »

Amina Nouh   Houmed :  « Nous voulons rendre la recherche plus visible et plus accessible »

Docteure en sciences et en culture orale,  vice-présidente de l’IRICA depuis 2023

« J’ai commencé à m’impliquer dans les activités de l’IRICA en 2023, avant d’en devenir la vice-présidente.

Aujourd’hui, nous célébrons les dix ans de notre institut, avec une satisfaction supplémentaire : l’obtention du statut d’ONG d’utilité publique. C’est donc une double célébration pour nous.

Je suis particulièrement heureuse de participer à cet événement, car il nous permet de mieux faire connaître l’IRICA et de renforcer sa visibilité à l’échelle nationale. Notre ambition est de contribuer au développement de Djibouti, notamment dans les domaines de la culture, de l’environnement et de l’économie.

Nous avons prévu plusieurs journées d’échanges autour de thématiques importantes pour notre société. J’invite la population à participer à ces rencontres, car elles constituent une occasion de partager des idées, d’exprimer des préoccupations et de faire connaître les attentes des citoyens.

Ces échanges nous permettront également de mieux orienter nos futurs travaux et de faire émerger de nouvelles pistes de réflexion. Nous ne voulons pas que la recherche reste réservée aux seuls spécialistes. Nous souhaitons montrer qu’elle peut avoir des effets concrets sur la vie de notre société.

Notre objectif est donc de rapprocher les chercheurs de la population, d’encourager la participation citoyenne et de faire comprendre à chacun que la recherche est une richesse collective qui mérite d’être soutenue. »

Hawa Ahmed Youssouf : « Nos chercheurs ont du talent, donnons-leur les moyens d’avancer »

Ancienne ministre et ancienne représentante spéciale de l’Union africaine ; membre du Comité consultatif  des Nations Unies pour les questions de désarmement

« Je suis vraiment impressionnée par le travail accompli par l’IRICA. C’est la première fois que je participe à une activité de cet institut et je suis très heureuse d’avoir été invitée à cette célébration.

Depuis mon départ de Djibouti, je constate que beaucoup de choses ont évolué. De nombreux chercheurs djiboutiens et plusieurs compétences nationales ont produit des travaux particulièrement intéressants. La qualité de ces réalisations m’impressionne sincèrement, et je pense que nous devons être fiers de cette évolution. Il est essentiel de continuer à encourager nos chercheurs et à les motiver pour qu’ils puissent poursuivre leurs travaux. Mais les encouragements ne suffisent pas : il faut aussi leur donner les moyens financiers nécessaires pour développer leurs projets.

Nous savons que les organisations internationales disposent aujourd’hui de ressources de plus en plus limitées. Il devient donc important d’explorer d’autres possibilités de financement. Je pense notamment au secteur privé et aux institutions publiques, qui peuvent apporter un soutien précieux à nos chercheurs.

Nous avons des compétences de grande qualité dans notre pays. Il faut les valoriser, les accompagner et leur permettre de contribuer davantage au développement national.

Je tiens enfin à remercier l’IRICA, mais également la RTD et le journal La Nation, pour leur contribution à la sensibilisation de la population. Les médias ont un rôle essentiel à jouer pour faire connaître les travaux de nos chercheurs et encourager le public à s’intéresser davantage à la recherche. »

Dr Amina Saïd Chireh :

« Ce nouveau statut ouvre des perspectives prometteuses » Ancienne présidente de l’IRICA

« Je suis très heureuse de voir le chemin parcouru par l’IRICA depuis sa création. Dix années d’efforts, de recherches et de travail collectif nous ont permis d’obtenir des résultats encourageants et de poser les bases de nouveaux projets.

Nous avons aujourd’hui plusieurs projets de recherche en préparation. J’espère qu’ils aboutiront et qu’ils nous permettront de poursuivre cette dynamique dans les années à venir.

L’obtention du statut d’ONG d’utilité publique constitue également une grande satisfaction. Nous sommes reconnaissants aux autorités publiques de nous avoir accordé cette reconnaissance, qui ouvre de nouvelles perspectives et nous permet d’envisager l’avenir avec davantage d’ambition.

Désormais, nous souhaitons renforcer notre collaboration avec les institutions publiques et mettre davantage les résultats de nos recherches à leur disposition. Notre rôle est de contribuer à une meilleure compréhension des politiques publiques, de leurs effets sur la société et des difficultés rencontrées lors de leur mise en œuvre.

Nous voulons apporter un éclairage indépendant, fondé sur nos travaux scientifiques, afin d’aider à identifier les difficultés et à envisager des améliorations. Ces dix premières années constituent une étape importante, mais nous devons maintenant consolider nos acquis et développer de nouvelles collaborations pour donner encore plus de portée à notre travail. »

Député Mohamed Moustapha : « Produisons nos propres connaissances pour relever nos défis »

Représentant du président de l’Assemblée nationale

« Je tiens tout d’abord à féliciter l’Institut de recherche indépendant de la Corne de l’Afrique pour ses dix années d’existence et pour sa contribution à la connaissance, à la réflexion et à la recherche dans notre pays et dans notre région. Je suis convaincu que l’avenir et le développement de Djibouti reposent en grande partie sur notre capacité à produire nos propres travaux de recherche, à analyser nos réalités et à construire ensemble des réponses adaptées à nos défis.

Nous devons encourager les initiatives qui nous permettent de mieux comprendre notre environnement, nos besoins et les transformations de notre société. La recherche constitue un outil précieux pour éclairer nos choix et renforcer notre capacité à élaborer des solutions adaptées à notre contexte.

L’IRICA contribue à cette dynamique en valorisant les connaissances et en favorisant la réflexion sur les enjeux nationaux et régionaux. Je lui souhaite plein succès dans la poursuite de ses travaux au service de la connaissance, de la coopération, de l’intégration régionale.

Propos recueillis par Mohamed Chakib Saad