Face à l’intensification des risques climatiques et à la nécessité de mobiliser des financements à la hauteur de ses ambitions, Djibouti entend renforcer ses capacités d’anticipation et structurer davantage son portefeuille de projets. Ouvert hier matin au Sheraton Hôtel, un atelier national de deux jours réunit les représentants des différents ministères autour de la pré-faisabilité du projet de renforcement des systèmes d’alerte précoce multirisques, de l’évaluation des besoins, de la révision des procédures d’accès au Fonds vert pour le climat et de la priorisation de nouvelles initiatives climatiques. Une démarche destinée à mieux articuler les priorités nationales, la coordination institutionnelle et la mobilisation des ressources financières.

Comment mieux anticiper les catastrophes climatiques, protéger les communautés exposées et transformer les priorités nationales en projets susceptibles de bénéficier de financements internationaux ? C’est autour de ces enjeux que s’articulent les travaux de cet atelier national, organisé par le ministère de l’Environnement et du Développement durable, en collaboration avec le Fonds vert pour le climat (FVC) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Présidant la cérémonie d’ouverture, le secrétaire général par intérim du ministère de l’Environnement et du Développement durable, M. Idriss Ismail Nour, a rappelé l’importance de renforcer les capacités du pays face aux effets du changement climatique. Les sécheresses récurrentes, les inondations, les pressions sur les ressources en eau et la dégradation des écosystèmes fragilisent les moyens de subsistance des populations et pèsent sur les efforts de développement.

Dans ce contexte, l’anticipation constitue un impératif. Il s’agit non seulement d’améliorer la connaissance des risques, mais également de renforcer les mécanismes permettant aux institutions et aux communautés de réagir à temps. « Une alerte prend toute sa valeur lorsqu’elle atteint les personnes exposées et leur permet de prendre les mesures nécessaires pour se protéger », a souligné le responsable, insistant sur la nécessité de relier les dispositifs d’information et de prévision à des actions concrètes sur le terrain.

Au cœur des échanges figure ainsi l’étude de préfaisabilité du projet intitulé Strengthening Multi-Hazard Impact-Based Early Warning Systems and Anticipatory Action in Djibouti. Cette initiative vise à consolider les systèmes d’alerte précoce multirisques axés sur les impacts et à développer les mesures d’anticipation. Les participants sont appelés à examiner la note conceptuelle du projet, à formuler leurs observations et à préciser les interventions envisagées, les responsabilités institutionnelles ainsi que les conditions nécessaires à leur mise en œuvre durable. L’enjeu est de parvenir à un dispositif cohérent, complémentaire des initiatives existantes et capable de mieux répondre aux besoins des populations les plus exposées.

Un besoin de financement estimé à 2,6 milliards de dollars

Au-delà de la prévention des risques, l’atelier s’inscrit dans une problématique plus large : celle du financement de la transition climatique du pays. Dans son allocution, Idriss Ismail Nour a rappelé que la mise en œuvre de la Contribution déterminée au niveau national révisée de Djibouti nécessite des investissements estimés à environ 2,6 milliards de dollars pour la période 2024-2030. La mobilisation de ces ressources représente un défi stratégique qui suppose des projets suffisamment structurés, des priorités clairement établies et des institutions en mesure de coordonner efficacement leurs interventions. L’accès aux financements climatiques ne dépend donc pas uniquement de l’existence de besoins, aussi pressants soient-ils. Il requiert également des dossiers solides, une programmation cohérente et des mécanismes de gouvernance adaptés.

C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit le projet Readiness, soutenu par le Fonds vert pour le climat, consacré au renforcement des cadres et des processus stratégiques facilitant l’accès au financement climatique à Madagascar et à Djibouti, avec l’appui technique de la FAO. Durant les travaux, les représentants des différentes institutions devront identifier et prioriser trois nouvelles idées de projets climatiques destinées à enrichir le portefeuille national. Leur sélection reposera sur des critères partagés, notamment la pertinence climatique, l’alignement sur les priorités nationales, les bénéfices attendus pour les populations vulnérables, la faisabilité et la durabilité des interventions. Chaque institution est ainsi invitée à soumettre des propositions précisant le problème climatique auquel répondrait le projet, les territoires et bénéficiaires concernés, les interventions envisagées ainsi que les administrations appelées à participer à sa réalisation. Une formation à l’élaboration d’une note conceptuelle destinée au Fonds vert pour le climat doit également permettre aux participants de mieux maîtriser les exigences de préparation des projets et de transformer les idées retenues en propositions structurées.

Des procédures plus claires pour faciliter l’accès aux financements

La seconde journée sera consacrée à l’examen de l’évaluation des besoins et des plans d’action associés, dont le plan sectoriel agriculture-climat-genre et le plan d’action transversal sur le genre. L’objectif est de consolider les orientations proposées en clarifiant les responsabilités, les échéances et les indicateurs nécessaires à leur mise en œuvre. Les participants examineront également le Manuel de procédures révisé du Fonds vert pour le climat et la procédure nationale de non-objection. Actualisés dans le cadre du projet Readiness, ces instruments doivent contribuer à préciser les rôles des institutions, à renforcer la coordination et à améliorer la gestion du portefeuille national de projets climatiques.

Leur validation constitue une étape importante pour rendre les mécanismes nationaux plus lisibles et assurer une meilleure appropriation des procédures par les administrations concernées. Les observations formulées au cours de l’atelier devront être consignées, tandis que les éventuels points nécessitant des informations supplémentaires ou des arbitrages feront l’objet d’un suivi institutionnel.

Pour Idriss Ismail Nour, les travaux devront déboucher sur des conclusions partagées, des amendements clairement identifiés et des prochaines étapes assorties de responsabilités et d’échéances précises. Le ministère de l’Environnement et du Développement durable, en sa qualité d’Autorité nationale désignée auprès du Fonds vert pour le climat, poursuivra à cet effet son rôle de coordination et d’accompagnement.

Au-delà de la validation des documents techniques, le responsable a enfin rappelé que les politiques climatiques doivent conserver une finalité humaine. Les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap et les communautés les plus exposées doivent être pleinement pris en compte dans la conception des projets et l’accès aux services proposés.

À l’issue de ces deux journées, l’enjeu sera donc de faire converger expertise technique, coordination institutionnelle et priorités nationales pour mieux préparer Djibouti aux risques climatiques et renforcer sa capacité à mobiliser les financements nécessaires à un développement résilient.

RACHID BAYLEH