Téléphones portables, tablettes, télévisions connectées et plateformes comme YouTube occupent une place de plus en plus importante dans le quotidien des familles. À la maison, il n’est désormais pas rare de voir des enfants passer plusieurs heures devant des dessins animés, des vidéos ou des jeux en ligne. À Djibouti comme ailleurs, les écrans sont devenus à la fois une source de divertissement, un moyen d’apprentissage et, parfois, une solution de facilité pour occuper les plus jeunes.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, le smartphone accompagne désormais les enfants dans leur quotidien. Pour de nombreux parents, il permet de les distraire pendant les tâches ménagères ou après l’école. Mais derrière cette facilité se pose une question essentielle : comment permettre aux enfants de profiter des possibilités offertes par le numérique sans tomber dans un usage excessif ?

« J’adore regarder des dessins animés sur YouTube après avoir terminé mes devoirs. Parfois, je regarde plusieurs épisodes de mes dessins animés préférés sans voir le temps passer », raconte Abdifatah, 11 ans.

Pour certains parents, la gestion du temps d’écran est devenue un véritable casse-tête. Nima, mère de deux enfants âgés de 4 et 6 ans, témoigne de ses difficultés : «Mes enfants ne veulent presque pas manger sans regarder leurs dessins animés. Le petit a encore du mal à communiquer et la petite passe beaucoup de temps sur YouTube. Je commence à m’inquiéter, notamment pour leurs yeux. »

Comme eux, beaucoup d’enfants se laissent facilement captiver par les contenus colorés, les vidéos courtes et les programmes qui s’enchaînent automatiquement. Une vidéo en appelle une autre et le temps passe parfois sans que l’enfant, ni même le parent, ne s’en rende compte.

Des inquiétudes de plus en plus présentes

Les professionnels de santé attirent régulièrement l’attention sur les conséquences possibles d’une exposition excessive aux écrans. Fatigue visuelle, perturbation du sommeil, diminution du temps consacré aux activités physiques ou encore difficultés de concentration peuvent notamment être observées lorsque le temps passé devant les écrans devient trop important.

Chez les plus jeunes, la question est également celle des interactions. Les jeux, les conversations, la lecture avec les parents et les activités partagées sont essentiels à leur développement. Un écran ne peut remplacer ces moments d’échange humain.

L’Organisation mondiale de la Santé recommande d’ailleurs de limiter fortement le temps passé devant les écrans chez les jeunes enfants et de privilégier le jeu, l’activité physique et les interactions avec les proches. Les spécialistes conseillent également d’éviter les écrans avant le coucher afin de préserver la qualité du sommeil.

Pour autant, le numérique n’est pas l’ennemi. Bien utilisé, il peut devenir un véritable outil d’apprentissage. Vidéos éducatives, applications linguistiques, cours en ligne, documentaires ou contenus consacrés aux sciences et aux mathématiques peuvent contribuer à éveiller la curiosité des enfants.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien de temps un enfant passe devant un écran, mais aussi ce qu’il y fait et dans quelles conditions.

Aïcha, mère de trois enfants, a décidé de revoir progressivement les habitudes de sa famille. « Au début, je laissais souvent ma fille regarder des dessins animés pendant que je faisais le ménage. Aujourd’hui, nous avons fixé des horaires et nous privilégions aussi les jeux de société et la lecture. J’ai remarqué qu’elle dort mieux et demande moins souvent le téléphone », témoigne-t-elle.

Parents et enfants à la recherche de nouvelles habitudes

À l’école également, certains enseignants constatent les effets d’une utilisation excessive des écrans. Des élèves peuvent arriver fatigués après avoir passé une partie de la soirée devant des vidéos ou des jeux en ligne. Cette fatigue peut ensuite se répercuter sur leur attention et leur participation en classe.

Pour les spécialistes, l’objectif n’est pas nécessairement d’interdire totalement les écrans. Il s’agit plutôt d’apprendre aux enfants à les utiliser de manière responsable, avec des règles adaptées à leur âge et à leurs besoins. Certains enfants commencent d’ailleurs à intégrer ces habitudes. « Mes parents me disent de faire une pause toutes les trente minutes. Ensuite, je vais jouer au football avec mes amis. J’aime bien faire les deux », confie Doualeh, lycéen.

Cette recherche d’équilibre passe par des règles simples : définir un temps quotidien consacré aux écrans, éviter leur utilisation pendant les repas, ne pas installer de téléviseur ou de téléphone dans la chambre de l’enfant, encourager les activités physiques et réserver du temps aux jeux, à la lecture et aux échanges en famille.

À Djibouti, où l’accès à Internet et aux smartphones progresse rapidement, l’éducation au numérique devient ainsi un enjeu important. Les parents ne peuvent pas toujours contrôler tous les contenus auxquels leurs enfants sont exposés. Ils doivent donc également leur apprendre à utiliser ces outils avec discernement.

L’accompagnement des enfants ne relève toutefois pas uniquement de la responsabilité des familles. Les enseignants, les professionnels de santé et les pouvoirs publics ont également un rôle à jouer pour sensibiliser aux bons usages du numérique et aider les parents à mieux comprendre les risques comme les opportunités.

Le numérique est désormais une réalité incontournable. Il ouvre une fenêtre extraordinaire sur le monde, permet d’accéder à une quantité immense de connaissances et offre de nouveaux moyens d’apprendre et de communiquer. Mais il ne doit pas devenir une fenêtre qui enferme l’enfant dans un univers virtuel.

Le véritable défi consiste donc à trouver le juste équilibre : faire de l’écran un outil et non un refuge, un moyen d’apprendre et non un substitut au jeu, à la lecture, au sport ou aux conversations. Car derrière chaque écran, il y a un enfant qui a encore besoin de courir, de jouer, de parler, de découvrir et, surtout, de grandir au contact des autres.

Souber Hassan