
Il suffit d’une chute, d’un écran fissuré ou d’une batterie qui refuse soudainement de se recharger pour que le smartphone, devenu indispensable au quotidien, cesse de fonctionner. À cet instant, une autre activité entre en scène : celle des réparateurs de téléphones. Dans les marchés électroniques, les centres commerciaux et les quartiers de la capitale, ces artisans du numérique connaissent une activité florissante, portée par une demande en constante progression.

Au marché électronique de la Place Mahmoud Harbi, véritable cœur du commerce des appareils électroniques, les boutiques s’alignent les unes après les autres. Derrière les vitrines chargées de téléphones, de chargeurs, de coques et d’écouteurs, de petites tables de travail accueillent chaque jour des dizaines de clients venus sauver un appareil devenu presque aussi indispensable que les clés de leur maison.
Dans les ateliers, le spectacle est toujours le même : tournevis de précision, microscopes, stations de soudure, cartes électroniques ouvertes et écrans démontés. Les réparateurs manipulent des composants de quelques millimètres avec une concentration extrême. Ici, chaque geste compte. « Les écrans cassés restent les réparations les plus fréquentes », explique Zakaria, l’un des doyens de la profession. Depuis plus de vingt ans, il redonne vie aux téléphones endommagés. Sans avoir suivi de formation spécialisée au départ, il s’est construit une solide expérience grâce à l’autoformation et à une veille permanente sur les nouvelles technologies.

« Les modèles évoluent sans cesse. Si on ne continue pas à apprendre, on est rapidement dépassé », confie-t-il en remplaçant délicatement le connecteur de charge d’un smartphone.
À quelques kilomètres de là, au centre commercial de PK12, dans la commune de Balbala, Farah Baroud reçoit lui aussi un flux continu de clients. Installé depuis 2018, il a quitté les bancs de l’école dès la classe de troisième pour apprendre un métier manuel devenu aujourd’hui sa principale source de revenus.
Dans son petit atelier, les téléphones s’accumulent sur le comptoir. Certains attendent un simple changement de batterie, d’autres nécessitent des interventions beaucoup plus complexes sur la carte mère. « Les journées sont rarement calmes », sourit-il. « Les clients arrivent dès le matin et parfois jusqu’à la fermeture.»
Cette affluence illustre une réalité nouvelle : le smartphone est devenu un objet essentiel de la vie quotidienne. Il concentre les contacts, les photographies, les documents administratifs, les comptes bancaires, les souvenirs familiaux et les outils de travail. Le perdre ou le voir tomber en panne représente souvent bien plus qu’un simple désagrément. Cette dépendance numérique explique pourquoi de nombreux utilisateurs préfèrent réparer leur appareil plutôt que d’en acheter un nouveau. Avec des réparations variant généralement entre 1 000 et 5 000 francs djiboutiens selon la nature de la panne, cette solution reste bien plus accessible que le remplacement du téléphone.
Mais derrière cette activité se cache un véritable savoir-faire.
Diagnostiquer une panne, remplacer un écran tactile, effectuer une micro-soudure, réparer un circuit de charge ou remettre en état une carte électronique exige précision, patience et maîtrise technique. Chaque intervention demande des outils spécialisés et des connaissances constamment actualisées. Aden Ali Warmahayeh en sait quelque chose. Après plusieurs échecs scolaires, il s’est tourné vers ce métier. Trois années d’apprentissage lui ont été nécessaires avant de pouvoir exercer seul. « Même aujourd’hui, il m’arrive encore de découvrir de nouvelles pannes », reconnaît-il. «Chaque téléphone est différent. »
L’évolution rapide des smartphones oblige en effet les réparateurs à se former en permanence. Nouveaux systèmes d’exploitation, appareils pliables, composants toujours plus miniaturisés : le métier évolue au même rythme que les innovations technologiques. À cette exigence technique s’ajoute une concurrence de plus en plus forte. Les boutiques de réparation se multiplient dans les différents quartiers de la capitale. Pour fidéliser leur clientèle, certains misent sur la rapidité des interventions, d’autres offrent des garanties sur les pièces remplacées ou se spécialisent dans les réparations complexes que peu d’ateliers acceptent de réaliser. Cette profession est également devenue une véritable opportunité d’insertion pour de nombreux jeunes. Jadis considéré comme un métier marginal, le secteur constitue aujourd’hui un créneau porteur, créateur d’emplois et générateur de revenus. Les autorités exigent néanmoins que les réparateurs exercent dans un cadre légal, avec une immatriculation officielle, des obligations fiscales respectées et les autorisations nécessaires. Dans les allées animées du marché électronique de la Place Mahmoud Harbi, les clients continuent de défiler sans interruption. Téléphones sous le bras, ils viennent confier un objet devenu indispensable à ces artisans de l’ombre.
À l’heure où le numérique occupe une place centrale dans la société, ces réparateurs ne prolongent pas seulement la durée de vie des smartphones. Ils entretiennent, chaque jour, ce lien invisible qui unit désormais des milliers de personnes à leur principal outil de communication, de travail et de mémoire. Derrière chaque écran réparé, c’est souvent une partie de la vie quotidienne qui reprend son cours.
Saleh Ibrahim Rayaleh








































