
Au terme de deux journées de travaux ouverts mercredi à Dikhil et clôturés jeudi à Ali-Sabieh, la deuxième édition du colloque sur la commande publique a mis l’accent sur la modernisation des procédures et l’efficacité de la dépense publique. Accès des PME nationales aux marchés, transparence, digitalisation, professionnalisation des acteurs et suivi de l’exécution des contrats : cinq priorités structurent les perspectives de la Commission nationale des marchés publics (CNMP) pour 2026-2030.

Comment faire de chaque dépense publique un investissement utile au développement du pays ? C’est autour de cette question que s’est achevée, jeudi 22 octobre à Ali-Sabieh, la deuxième édition du colloque consacré à la modernisation de la commande publique, organisé sous le thème « Pour une commande publique innovante ».
Ouverts mercredi matin à Dikhil, les travaux se sont poursuivis à Ali-Sabieh et à As-Eyla, à travers plusieurs panels consacrés aux enjeux institutionnels, économiques, sociaux et environnementaux des marchés publics. La cérémonie de clôture a réuni jeudi à Ali Sabieh, le ministre du budget, Isman Ibrahim Robleh, le ministre délégué chargé de la décentralisation, Omar Houssein Omar, le secrétaire général du gouvernement et président de la CNMP, Almis Mohamed Abdillahi les préfets et les présidents des régions d’Ali Sabieh et de Dikhil, des responsables administratifs, des représentants des collectivités territoriales et du secteur privé, ainsi que des participants étrangers.
Dans son allocution prononcée à cette occasion, le ministre du Budget, Isman Ibrahim Robleh, a souligné le rôle stratégique de la commande publique dans la mise en œuvre des politiques publiques et la gestion des finances de l’État. Il a mis en avant les principaux axes de modernisation du système national, notamment l’adaptation du cadre juridique, la transparence des procédures, la digitalisation et la professionnalisation des acteurs. Il a rappelé que chaque dépense publique devait répondre à un besoin réel, être exécutée dans les meilleures conditions et produire des résultats concrets au bénéfice des populations.
Cette exigence constitue, selon lui, un impératif de rigueur, d’efficacité et de responsabilité dans l’utilisation des ressources publiques.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de traduire les recommandations du colloque en mesures opérationnelles, cohérentes avec les réformes engagées en matière de gestion des finances publiques. Il a appelé à l’élaboration d’une feuille de route claire, réaliste et partagée, destinée à renforcer la coordination entre les institutions, à améliorer la planification des marchés et à assurer une meilleure maîtrise de la dépense publique. Inscrivant cette démarche dans la dynamique de modernisation de l’administration impulsée par le président de la République, Ismail Omar Guelleh, il a présenté la commande publique comme un levier essentiel de performance de l’action publique et de développement économique et social. Enfin, il a salué l’engagement du Secrétariat général du gouvernement et de la Commission nationale des marchés publics dans l’organisation de ce colloque.
Pour sa part, le préfet de la région d’Ali-Sabieh, Abdoulmalik Mohamed Banaoita, a salué une initiative qui rapproche les acteurs économiques régionaux des institutions chargées des marchés publics et leur permet de mieux comprendre les procédures afin d’y participer davantage. Inscrivant cette démarche dans la politique de décentralisation impulsée par le président de la République, Ismail Omar Guelleh, il a plaidé pour une attention prioritaire aux entreprises locales, notamment dans l’attribution des marchés destinés aux régions, à travers une discrimination positive favorisant leur développement sans entraver la concurrence. Selon lui, le renforcement du tissu économique régional constitue un levier essentiel pour lutter contre le chômage, limiter l’exode vers la capitale et réduire la vulnérabilité des populations. Il a ainsi appelé à faire de la commande publique un instrument équitable et ciblé de prospérité partagée, tout en exprimant le souhait que les échanges du colloque débouchent sur des décisions concrètes au service du développement régional.
Les régions et les entreprises au cœur des enjeux
En choisissant les régions de l’intérieur pour accueillir cette deuxième édition, après une première rencontre à Tadjourah, la CNMP entend rapprocher la réforme des réalités du terrain. Pour les autorités territoriales, la qualité de la commande publique conditionne directement la réalisation des infrastructures, l’amélioration des services de proximité et la bonne utilisation des ressources publiques. Intervenant brièvement lors d’un panel consacré à la digitalisation des marchés publics, Saïda Waberi Assoweh, préfète adjointe, ancienne enseignante permanente en droit public et doctorante en fin de cycle à l’Université de Poitiers a indiqué que la commande publique ne se limite pas à un ensemble de procédures administratives. Elle constitue, a-t-elle précisé, « un instrument essentiel de gouvernance, au croisement de l’utilisation des ressources publiques, de la responsabilité des institutions et de la satisfaction des besoins collectifs. Sa modernisation exige ainsi une approche globale, associant innovation numérique, maîtrise du cadre juridique et évolution des pratiques administratives ».
Le défi consiste à renforcer les capacités des administrations locales, depuis la préparation des dossiers jusqu’au suivi des contrats, tout en facilitant l’accès des entreprises nationales aux marchés. Les petites et moyennes entreprises peuvent en effet rencontrer des difficultés pour accéder aux appels d’offres, constituer leurs dossiers ou satisfaire certaines exigences administratives et financières.
L’une des cinq priorités de la CNMP pour 2026-2030 vise ainsi à soutenir leur participation afin de consolider le tissu économique national. Une meilleure information des opérateurs, des procédures plus accessibles et un accompagnement adapté doivent favoriser une concurrence plus large, sans compromettre les exigences de qualité et de transparence.
Digitalisation, transparence et compétences
La modernisation des procédures a occupé une place centrale dans les échanges, notamment à travers le panel consacré à l’e-Procurement et les discussions sur les perspectives de réforme.
La digitalisation constitue la troisième priorité stratégique de la CNMP. Le recours aux outils numériques doit simplifier les démarches, accélérer le traitement des dossiers et améliorer la traçabilité des opérations. Il peut également faciliter l’accès des entreprises aux opportunités de marchés et renforcer la visibilité des décisions d’attribution. Cette évolution suppose toutefois un accompagnement des utilisateurs et une montée en compétences des agents chargés de la passation des marchés. La professionnalisation des acteurs figure ainsi parmi les cinq axes retenus, avec pour objectif de consolider les connaissances juridiques, financières et techniques indispensables à la conduite des procédures.
Le renforcement de la transparence constitue un autre chantier majeur. Des règles plus lisibles, une information accessible et un contrôle rigoureux des différentes étapes doivent contribuer à prévenir les irrégularités et à consolider la confiance entre l’administration et les opérateurs économiques.
La cinquième priorité concerne le suivi de l’exécution des marchés. Au-delà de l’attribution, l’efficacité d’un contrat se mesure à la qualité des prestations, au respect des délais et à la réalisation effective des projets. Une surveillance plus rigoureuse doit permettre de mieux identifier les difficultés et de garantir une utilisation optimale des ressources publiques.
Une commande publique plus inclusive et durable
Les panels ont également élargi la réflexion aux dimensions sociales et environnementales. À Ali-Sabieh, les échanges ont porté sur la commande publique et l’inclusion des personnes à besoins spécifiques. À As-Eyla, un panel a abordé les enjeux et les perspectives d’une commande publique durable à Djibouti.
Ces discussions ont souligné l’intérêt d’intégrer, lorsque cela est pertinent, les exigences d’accessibilité, la durabilité des équipements et les coûts d’entretien dans la préparation des marchés. L’objectif est de dépasser une approche exclusivement fondée sur le prix immédiat pour mieux prendre en compte la qualité et les bénéfices à long terme des investissements.
De la feuille de route aux résultats
À la clôture des travaux, le secrétaire général du gouvernement et président de la CNMP, Almis Mohamed Abdillahi, se trouve au cœur de la dynamique de modernisation portée par l’institution organisatrice.
Dans une réaction donnée à la presse, il a mis l’accent sur la portée des panels organisés simultanément à Dikhil, à As Eyla et à Ali-Sabieh, malgré les défis logistiques, saluant la mobilisation de ses équipes et l’expertise des jeunes cadres djiboutiens. Les échanges ont porté sur des enjeux majeurs de la commande publique, notamment la protection de l’environnement, la lutte contre la corruption, la professionnalisation des acteurs, l’inclusion des personnes à besoins spécifiques, la digitalisation des procédures ainsi que la protection sociale et l’emploi. Il a notamment évoqué la transition progressive du portail informationnel existant vers un système d’e-procurement. Se félicitant de la participation d’environ 550 personnes venues de la capitale lors de la première journée, auxquelles se sont joints les acteurs des régions, il a souligné la capacité du pays à organiser des événements nationaux en dehors de Djibouti-ville. Il a enfin rappelé que cette démarche s’inscrit dans les orientations du président de la République, Ismail Omar Guelleh, visant à rapprocher l’administration des citoyens dans toutes les localités du pays.
Pour l’équipe de la CNMP, les perspectives 2026-2030 dessinent une ambition claire : rendre les marchés publics plus accessibles aux entreprises nationales, renforcer la transparence et améliorer la performance des investissements.
La mise en œuvre de ces orientations nécessitera une coordination étroite entre les administrations, les collectivités territoriales et les opérateurs économiques, ainsi qu’un suivi régulier des progrès accomplis.
Au-delà des échanges, le véritable enjeu sera désormais de traduire ces priorités en améliorations concrètes des procédures et de l’exécution des contrats. Car la modernisation de la commande publique ne se mesure pas seulement à la qualité des textes ou des outils numériques, mais à sa capacité à transformer les ressources publiques en réalisations utiles aux citoyens et au développement du pays.
RACHID BAYLEH










































