
Le silence règne dans la salle. Les respirations s’accordent, les corps s’alignent, les regards se concentrent. Au centre, Almis Kenedid William Siad guide ses élèves avec une sérénité qui force le respect. Sa voix est douce, son geste précis. Rien n’est laissé au hasard. Derrière cette maîtrise se cache un parcours hors du commun, celui d’un Djiboutien qui a fait du yoga bien plus qu’une discipline sportive : une véritable philosophie de vie.
À 33 ans, Almis incarne une nouvelle génération de sportifs qui repoussent les frontières des disciplines traditionnelles. Ingénieur cartographe de formation, professeur de Hatha Yoga par vocation et fondateur de la Méthode Arvind, il est aujourd’hui l’un des principaux ambassadeurs du yoga djiboutien sur la scène internationale.

Son ascension a été couronnée par une performance historique lors du Championnat du monde de Yogasana, disputé à Ahmedabad, en Inde, où il a décroché une remarquable cinquième place dans la catégorie individuelle masculine junior. Un résultat qui témoigne de son niveau d’excellence et place Djibouti parmi les nations capables de rivaliser dans une discipline encore méconnue dans le pays.
Pourtant, rien ne prédestinait Almis à suivre cette voie. Né en France le 29 janvier 1993 et élevé à Djibouti, il grandit dans un environnement où les arts martiaux, les récits initiatiques et les mangas nourrissent son imaginaire. Tandis que beaucoup admirent les exploits physiques des héros, lui s’interroge sur leur discipline intérieure, leur maîtrise de soi et leur force mentale.
Cette quête l’accompagne durant ses études d’ingénieur. Malgré une carrière prometteuse dans la cartographie, un sentiment d’inachevé persiste. « Il manquait quelque chose », confie-t-il. Ce vide intérieur trouvera sa réponse lors d’une conférence sur les médecines holistiques à Toulouse. La rencontre avec son futur mentor marque un tournant décisif.
La découverte du Yoga
En mars 2020, il choisit de partir en Inde, berceau du yoga. Dans un ashram de Haidakhan, au pied de l’Himalaya, il découvre la dimension spirituelle de cette pratique millénaire. Loin de se limiter aux postures, le yoga devient pour lui un art de vivre fondé sur l’équilibre entre le corps, le souffle, l’esprit et la conscience.
De retour en France, il approfondit sa formation auprès de l’Alliance Française de Yoga à Paris et se spécialise dans plusieurs domaines, notamment le yoga pour enfants et le yoga prénatal. Son esprit d’ingénieur l’amène à observer, expérimenter et perfectionner son enseignement jusqu’à concevoir une approche originale : la Méthode Arvind. Inspirée notamment du Quantum Yoga, cette méthode propose un accompagnement personnalisé où chaque pratiquant progresse selon ses capacités et ses besoins. Mais la réussite personnelle n’est pas la seule ambition d’Almis. Son engagement dépasse les salles de pratique. En portant les couleurs nationales lors des compétitions internationales, il souhaite ouvrir de nouvelles perspectives à la jeunesse djiboutienne. « Je ne représente pas seulement mon parcours, je représente aussi les rêves de nombreux jeunes Djiboutiens », affirme-t-il.
Son discours est empreint d’optimisme. Il croit au potentiel des jeunes, à condition qu’ils bénéficient d’encadrement, de modèles inspirants et d’opportunités. Pour lui, le sport est un puissant levier d’épanouissement personnel, de discipline et de confiance en soi.
La cinquième place mondiale obtenue en Inde ne constitue pas un aboutissement. Elle marque le début d’une ambition plus grande encore. Son objectif est clair : hisser un jour Djibouti au sommet des compétitions internationales de yoga.
Entre les paysages arides de son pays et les contreforts de l’Himalaya, Almis Kenedid William Siad a construit un parcours singulier, fait de rigueur, de persévérance et de dépassement de soi. Son histoire démontre que les plus grandes réussites naissent souvent d’une conviction intime et du courage de suivre sa propre voie.
À travers son engagement, il rappelle que le talent n’a pas de frontières et que, même dans les disciplines les plus inattendues,
Djibouti peut désormais compter parmi les nations qui inspirent.
Zouhour Abdillahi






































