Avant de regagner une nouvelle séance de travail au Sheraton, l’expert tunisien en stratégie du sport et du mouvement olympique, Slaheddine Boudhina, a accordé un entretien exclusif à La Nation. Chargé de piloter le diagnostic national qui servira de socle à la future politique sportive de Djibouti, il livre une analyse lucide des défis à relever et des opportunités à saisir. Infrastructures, gouvernance, financement, sport-études et professionnalisation : pour lui, la réussite du sport djiboutien passe avant tout par une vision stratégique et un engagement collectif. Convaincu du potentiel du pays, il estime que les conditions sont réunies pour faire émerger une nouvelle génération de champions.

La Nation : Quels sont les piliers qui manquent le plus souvent aux fédérations djiboutiennes pour franchir le cap de l’amateurisme et atteindre la haute performance ?

Slaheddine Boudhina : Le diagnostic national a mis en lumière plusieurs défis majeurs. Le premier concerne les infrastructures. Même si certaines installations existent, elles ne sont pas suffisamment développées ni adaptées aux exigences du sport moderne. Il est impossible d’aspirer à la haute performance sans équipements de qualité.

Le deuxième défi est lié à la gouvernance. Les structures existent, mais elles manquent d’outils de gestion modernes et transparents. Il y a également une insuffisance de ressources humaines spécialisées et de cadres techniques qualifiés pour encadrer les équipes nationales. Enfin, le marketing sportif demeure très peu développé, ce qui empêche les fédérations de valoriser leurs activités et d’attirer des partenaires.

Quel rôle doivent jouer le Secrétariat d’État aux Sports, les fédérations et le secteur privé pour que le sport ne dépende plus uniquement des subventions publiques ?

L’avenir du sport djiboutien repose sur une approche partenariale. Le Secrétariat d’État aux Sports en est pleinement conscient. C’est tout le sens du futur Pacte national du sport de Djibouti, qui rassemblera plusieurs ministères, le Comité national olympique, les fédérations et le secteur privé. L’État ne peut plus être l’unique financeur. Djibouti dispose d’un tissu économique composé de banques et de grandes entreprises prêtes à accompagner le développement du sport. Nous avons pu constater, lors de notre récent atelier, l’intérêt réel du secteur privé. Il faut désormais transformer cette volonté en partenariats structurés et durables.

Comment une fédération disposant de moyens limités peut-elle élaborer un plan de développement crédible ?

La clé réside dans la planification stratégique. Même les plus petites fédérations doivent disposer d’un plan clair, avec des objectifs et des axes d’intervention précis. C’est ce document qui leur permettra d’identifier des sources de financement et de générer des ressources propres. Djibouti possède également des atouts considérables. Sa taille, sa démographie et surtout la place importante qu’occupe la jeunesse dans la population constituent des avantages précieux. Les jeunes Djiboutiens ont une véritable passion pour le sport. En exploitant intelligemment ce potentiel humain, le pays peut accomplir de grandes choses sans disposer de moyens démesurés.

Que recherchent concrètement les entreprises lorsqu’elles décident de soutenir une fédération ?

Les entreprises recherchent avant tout le professionnalisme. Elles ont besoin de garanties et souhaitent obtenir un retour sur investissement en termes d’image et de visibilité.

Les fédérations doivent donc apprendre à mieux communiquer, à valoriser leurs compétitions et à créer de la visibilité autour de leurs activités. Il faut créer de la valeur. Une fédération sportive doit être pensée comme un produit. Si ce produit est attractif et bien présenté, les sponsors viendront naturellement.

Vous insistez également sur la nécessité de développer le sport-études. Quel modèle préconisez-vous pour Djibouti ?

J’ai appris avec satisfaction qu’une réflexion est actuellement menée sur cette question par le Comité national olympique djiboutien. À terme, l’objectif doit être la mise en place d’une véritable filière sport-études allant de l’école primaire jusqu’à l’université.

La première étape consiste à détecter les jeunes talents dès le secondaire. Ces derniers pourraient ensuite être regroupés dans un lycée des sports, où ils suivraient leur cursus scolaire tout en bénéficiant de plusieurs heures d’entraînement quotidien.

Cette filière pourrait déboucher sur un baccalauréat sport, puis sur un Institut supérieur des sports chargé de former les futurs enseignants d’éducation physique, entraîneurs de haut niveau et managers sportifs.

Au regard de ce diagnostic, êtes-vous optimiste quant à l’avenir du sport djiboutien ?

Oui, absolument. Djibouti dispose déjà d’acquis importants et d’un capital humain exceptionnel. La jeunesse est nombreuse, passionnée et avide de réussite. Ce potentiel constitue une richesse considérable. Mais pour passer du sport amateur au sport performant, il faut une vision, une stratégie et une mobilisation de tous les acteurs. Le succès ne repose pas uniquement sur les moyens financiers. Il dépend avant tout de la qualité de l’organisation, de la gouvernance et de la capacité à travailler ensemble autour d’un projet commun.

Propos recueillis par Djibril Abdi Ali