1956 : une institution naît, une histoire commence.

Il y a des histoires que l’on retrouve dans les archives. Et puis il y a celles qui se lisent encore dans les quartiers, au détour d’une rue, sur la façade d’une maison, dans les souvenirs d’une famille. L’histoire de la SIAF appartient à ces deux mémoires.

Pour en comprendre les origines, il faut revenir à 1956.

Avant la SIAF, la Société immobilière

L’acte de naissance remonte au 8 août 1956. L’institution est alors créée sous le nom de Société immobilière de la Côte française des Somalis. Cette dénomination figure dans les textes officiels qui retracent ses premières évolutions.

En 1968, elle prend le nom de Société immobilière de Djibouti et du Territoire français des Afars et des Issas. Au fil de son histoire, la Société immobilière de Djibouti, la SID, devient le nom auquel se rattache cette mémoire institutionnelle.

Une ville marquée par son organisation coloniale

En 1956, Djibouti n’est pas encore un État indépendant. La Côte française des Somalis, devenue territoire d’outre-mer en 1946, demeure sous administration française. Son histoire urbaine s’est développée autour du port et du chemin de fer, deux infrastructures déterminantes dans l’essor de la ville.

Cette croissance s’inscrit toutefois dans une organisation profondément inégalitaire. Les quartiers européens bénéficient des secteurs les mieux équipés, tandis que les quartiers des populations locales se développent au sud, dans la plaine, avec des infrastructures plus limitées.

La géographie de la ville porte ainsi la marque des hiérarchies de l’époque.

La plaine de l’Ambouli : habiter dans le provisoire

Dans la plaine située au pied du plateau de Djibouti, en direction de l’oued Ambouli, les quartiers populaires prennent progressivement forme.

Leur organisation répond à des prescriptions administratives : alignement des habitations, tracé des rues, délimitation des parcelles. Mais les constructions doivent rester légères et démontables, dans l’attente de la viabilisation des terrains. Le bois et les matériaux de récupération occupent ainsi une place importante dans l’habitat.

Le provisoire devient alors une condition de vie.

Des cités qui ouvrent une nouvelle étape

Dans les années 1960 et 1970, la construction de cités planifiées introduit une autre manière d’organiser l’habitat.

La cité du Stade accueille notamment des militaires et des fonctionnaires. Arhiba est conçue pour les dockers. Engueila s’adresse aux salariés des secteurs public et privé. Ces opérations associent les logements à des équipements collectifs.

Une rue, un terrain, un logement ne représentent pas seulement un emplacement. Ils déterminent aussi les conditions dans lesquelles une famille peut vivre, travailler et envisager son avenir.

C’est dans cette réalité que s’inscrit la naissance de la Société immobilière.

Derrière les bâtiments, les premiers « chez-soi »

C’est dans cette évolution que la Société immobilière entreprend son œuvre et inscrit progressivement son action dans le paysage djiboutien.

L’histoire institutionnelle retient les programmes, les financements et les réalisations. La mémoire des habitants en conserve une autre lecture : celle d’un logement occupé, d’une famille installée, d’un quartier devenu familier.

Ces deux histoires se complètent.

Un bâtiment peut être décrit par sa surface, ses matériaux ou sa date de construction. Mais sa place dans la vie d’une famille se raconte autrement.

Elle se mesure à la stabilité qu’il apporte. Aux habitudes qui s’y forment. Aux liens de voisinage qui se créent. Aux souvenirs qui s’y attachent.

C’est aussi pour cela que l’histoire du logement mérite d’être racontée.

Elle permet aussi de comprendre comment une opération immobilière devient, avec le temps, une part de la mémoire collective.

Une histoire qui se poursuit après 1977

L’indépendance de Djibouti, le 27 juin 1977, ouvre une nouvelle période de l’histoire nationale.

La trajectoire de la Société immobilière se poursuit dans ce nouveau cadre. Les besoins évoluent, les programmes se succèdent et l’action publique en matière d’habitat prend de nouvelles dimensions.

Ces transformations feront l’objet d’un prochain chapitre.

Pour l’heure, il importe de retenir la continuité de cette histoire. La SIAF en est aujourd’hui l’héritière : la loi du 25 juin 2018 lui a transféré les missions techniques, les biens, les droits et les obligations de la SID.

Cette transmission donne à l’anniversaire toute sa profondeur.

Une mémoire à transmettre

Revenir à 1956, c’est retrouver le point de départ d’une histoire qui traverse les transformations de Djibouti.

C’est rappeler les conditions dans lesquelles les premiers programmes ont pris forme. Comprendre les besoins auxquels ils répondaient. Reconnaître la place des habitants qui ont donné vie aux logements et aux quartiers.

Un patrimoine se conserve par la connaissance de son histoire.

À l’occasion de ses soixante-dix ans, la SIAF souhaite réunir ces deux exigences : préserver ce qui lui a été transmis et rendre ce parcours accessible aux futurs générations.

Car une ville se construit aussi par la mémoire qu’elle garde d’elle-même.

A suivre …