Face à l’incertitude qui pèse sur l’avenir de la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM), les pays contributeurs de troupes se sont réunis en sommet extraordinaire à Kampala, en Ouganda. Représentant le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, le ministre de la Défense par intérim, Omar Abdi Saïd, a porté la voix de Djibouti en faveur d’une transition sécuritaire responsable, d’un financement durable de la mission et d’une solidarité régionale renforcée pour préserver les acquis de près de deux décennies d’efforts en faveur de la stabilité de la Somalie.

La capitale ougandaise a accueilli le vendredi 31 juillet dernier, le deuxième Sommet extraordinaire des pays contributeurs de troupes à la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM). Présidée par le chef de l’État ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, cette rencontre de haut niveau a réuni les chefs d’État, les ministres de la Défense et les principaux responsables de l’Union africaine autour d’un enjeu majeur : assurer l’avenir de la mission dans un contexte marqué par une crise de financement sans précédent.

Étaient représentés le Burundi, Djibouti, l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda et la Somalie, principaux pays engagés depuis plusieurs années dans les opérations africaines de maintien de la paix sur le territoire somalien.

La délégation djiboutienne était conduite par le ministre de la Défense par intérim, M. Omar Abdi Saïd, représentant le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh. Il était accompagné par l’ambassadeur de Djibouti en Ethiopie et représentant permanent du pays à l’Union Africaine, Abdi Mahamoud Eybé.

Dans son intervention, le ministre a transmis au président Yoweri Museveni les salutations fraternelles du chef de l’État djiboutien ainsi que ses remerciements pour l’accueil chaleureux réservé aux différentes délégations.

Au nom du Président Guelleh, il a également rendu un hommage appuyé aux milliers de femmes et d’hommes qui, depuis 2007, servent sous le drapeau des différentes missions africaines déployées en Somalie. Une pensée particulière a été adressée à ceux qui ont consenti le sacrifice ultime pour la paix, la stabilité et la sécurité de toute la Corne de l’Afrique. « Leur engagement constitue le fondement des progrès réalisés par la Somalie sur le chemin de la paix et de la reconstruction », a rappelé le ministre Omar Abdi Saïd, soulignant que les sacrifices consentis par les contingents africains ne doivent jamais être oubliés.

Une mission confrontée à un tournant historique

Au-delà de son caractère symbolique, le sommet de Kampala intervient à un moment particulièrement délicat pour l’AUSSOM. Les discussions ont essentiellement porté sur les modalités de poursuite de la mission et sur la transition progressive des responsabilités sécuritaires vers les forces somaliennes. Cette réflexion intervient alors que les États-Unis ont annoncé leur décision de mettre fin, à compter de 2027, à leur soutien politique et financier au Bureau d’appui des Nations unies en Somalie (UNSOS), véritable colonne vertébrale logistique de la mission.

L’UNSOS assure notamment le transport des contingents, l’acheminement des équipements, des vivres et du carburant, ainsi que les évacuations médicales des quelque 11 200 militaires et 680 policiers déployés sous mandat de l’Union africaine.

La disparition de ce soutien fait peser une lourde menace sur les capacités opérationnelles de l’AUSSOM, déjà confrontée à des difficultés financières récurrentes.

L’Union européenne a, elle aussi, réduit sa contribution en 2026, tandis que plusieurs États contributeurs attendent encore le remboursement d’importants arriérés liés à leur participation aux opérations de paix.

Face à cette situation, les ministres de la Défense réunis à Kampala, la veille du sommet des chefs d’Etats ont plaidé en faveur d’un retrait « ordonné, coordonné et progressif » de l’AUSSOM afin d’éviter toute rupture dans le dispositif sécuritaire somalien. Ils ont également demandé au Conseil de sécurité des Nations unies d’autoriser, pour une période transitoire de dix-huit à vingt-quatre mois, une mission susceptible d’assurer la relève logistique de l’UNSOS. Une proposition qui se heurte néanmoins à la position de Washington, opposé à toute prolongation du mécanisme actuel.

Mahmoud Ali Youssouf appelle à préserver les acquis

Participant aux travaux, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a salué la mobilisation des pays contributeurs ainsi que le rôle central joué par l’Ouganda dans la stabilité régionale.

Il a exprimé sa gratitude au gouvernement et au peuple ougandais pour leur hospitalité avant de rendre hommage au président Museveni pour son engagement constant en faveur de la paix dans la Corne de l’Afrique.

Le président de la Commission de l’Union africaine a également salué le courage, le professionnalisme et le dévouement des militaires, policiers et personnels civils engagés sous le mandat de l’AUSSOM.

Réaffirmant la solidarité de l’organisation continentale envers la Somalie, Mahmoud Ali Youssouf a assuré que l’Union africaine poursuivra son accompagnement du gouvernement somalien afin de consolider durablement les institutions de sécurité et la stabilité nationale.

Il a enfin insisté sur la nécessité de privilégier les approches régionales, le dialogue politique et la coopération entre les États de la région afin de garantir une paix durable.

Djibouti demeure un acteur incontournable de la sécurité régionale

Depuis le déploiement des premières missions africaines en Somalie en 2007, Djibouti figure parmi les pays les plus engagés dans les efforts de stabilisation de son voisin.

Par sa participation militaire, diplomatique et politique, la République de Djibouti n’a cessé de soutenir les initiatives visant à restaurer les institutions somaliennes, à lutter contre le terrorisme et à promouvoir une paix durable dans la Corne de l’Afrique.

La présence du ministre Omar Abdi Saïd à Kampala illustre cette continuité stratégique et traduit la volonté du Président Ismaïl Omar Guelleh de voir s’opérer une transition sécuritaire responsable, évitant tout vide susceptible de compromettre les progrès réalisés au cours des deux dernières décennies.

À l’heure où plusieurs experts mettent en garde contre le risque d’un retrait précipité pouvant fragiliser les capacités des forces somaliennes face aux groupes terroristes shebab, le sommet de Kampala apparaît comme une étape déterminante.

Les décisions qui en découleront auront une influence majeure non seulement sur l’avenir de l’AUSSOM, mais également sur la stabilité de toute la Corne de l’Afrique, une région où sécurité, coopération régionale et développement demeurent plus que jamais intimement liés.