Les couleurs du drapeau tricolore indien ont flotté avec éclat, samedi 15 août, à l’India House de Djibouti, à l’occasion du 80e anniversaire de l’Indépendance de l’Inde. Dans une atmosphère à la fois solennelle et chaleureuse, plus de deux cents invités, parmi lesquels des diplomates, des membres de la communauté indienne et des amis de l’Inde, se sont réunis pour commémorer cette date historique et célébrer les liens d’amitié qui unissent les deux pays. La cérémonie a débuté dans le recueillement avec les premières notes de « Vande Mataram », avant que l’ambassadeur de l’Inde à Djibouti, M. M. Keivom, ne procède au lever du drapeau national. Le « Tiranga » s’est alors déployé dans le ciel djiboutien, tandis que l’assistance entonnait l’hymne national indien, «Jana Gana Mana ».

À cette occasion, l’ambassadeur a donné lecture du message de la présidente de la République de l’Inde, Droupadi Murmu, consacré aux acquis du pays depuis son accession à l’indépendance et aux ambitions qui doivent guider son avenir.

« Viksit Bharat », l’ambition d’une Inde développée

Dans son message, la présidente a mis en avant les transformations profondes de l’Inde, notamment sa croissance économique, le développement de ses infrastructures numériques, ses capacités scientifiques et technologiques ainsi que ses efforts en faveur d’une plus grande inclusion sociale. Elle a également souligné les ambitions du pays en matière d’autonomie stratégique, de défense et d’innovation. L’action internationale de l’Inde, a-t-elle rappelé, s’inscrit dans la philosophie de « Vasudhaiva Kutumbakam », selon laquelle le monde constitue une seule famille. Cette vision accompagne l’engagement croissant de New Delhi au sein du Sud global, sa volonté de contribuer à un ordre international plus équilibré et son attachement à la protection de l’environnement. La présidente a par ailleurs réaffirmé la fermeté de l’Inde face au terrorisme international et rendu hommage aux différentes forces vives de la nation, des agriculteurs aux scientifiques, en passant par les entrepreneurs et les jeunes innovateurs. Tous sont appelés à participer à la construction de « Viksit Bharat », l’Inde développée que le pays ambitionne de bâtir à l’horizon 2047, année du centenaire de son indépendance. Au-delà de la portée nationale de cette célébration, l’ambassadeur M. M. Keivom a accordé une place particulière aux relations entre l’Inde et Djibouti. Il a rappelé la profondeur des liens historiques qui rapprochent les deux pays, unis par leur appartenance à l’espace de l’océan Indien et par des intérêts communs en matière de paix, de sécurité maritime et de développement.

L’ambassadeur a également salué le rôle de la communauté indienne installée à Djibouti, qu’il a présentée comme un « pont vivant » entre les deux peuples. Par leur engagement professionnel, leur dynamisme économique et leur intégration dans la société djiboutienne, ses membres contribuent au renforcement des relations entre les deux pays.

La cérémonie s’est achevée sur une note festive avec des prestations artistiques proposées par les personnels de la mission diplomatique et les membres de la diaspora, notamment les jeunes générations. Danses traditionnelles, chants patriotiques et expressions culturelles contemporaines ont donné à cette célébration une dimension populaire et intergénérationnelle. À travers cette commémoration, l’Inde a ainsi célébré non seulement huit décennies d’indépendance, mais aussi une trajectoire nationale tournée vers l’avenir. Depuis Djibouti, cette fête a également illustré la solidité d’une relation bilatérale appelée à continuer de se développer autour de valeurs et d’intérêts partagés.

L’Aube d’un géant vert, l’épopée de l’Hydrogène en Inde

L’intervention de Mme Ishita Srivastava, chercheuse associée, et celle de S.E. l’Ambassadeur Manjeev Singh Puri, éminent membre de l’Institut de l’Énergie et des Ressources, TERI, ont apporté des éclairages substantiels sur la question de la transition énergetique. L’Inde ne se contente plus de suivre la marche du monde ; elle en redessine la trajectoire céleste. À l’aube de l’année 2026, le géant d’Asie du Sud s’est hissé au rang de phare mondial de la transition énergétique. Dépassant avec audace les promesses de ses propres engagements nationaux, le pays a vu ses sources d’énergie non fossiles conquérir 51,93 % de sa capacité électrique installée. Cette prouesse monumentale propulse l’Inde à la quatrième place mondiale des puissances de l’énergie renouvelable, une consécration gravée dans le marbre des derniers rapports de l’IRENA (Agence internationale pour les énergies renouvelables). Pour comprendre la renaissance énergétique indienne, il faut la lire à travers le prisme de ses impératifs humains. Le pays n’a pas encore atteint le zénith de sa demande énergétique.

Dès lors, le défi ne relève pas de la simple technique, mais d’une quête sacrée : garantir à chaque citoyen une énergie accessible, abordable et souveraine. Pour résoudre cette équation, New Delhi déploie une symphonie de solutions où s’harmonisent.  Essor massif des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Rigueur de l’atome et dynamisme des marchés du carbone. Création d’emplois et compétitivité industrielle. C’est au cœur de cette architecture que l’hydrogène vert se révèle non comme une simple alternative, mais comme le messager de la décarbonation ultime. Il intervient là où l’électricité directe avoue ses limites, s’imposant à la fois comme le carburant de demain et la matière première des industries lourdes.

Du raffinage du pétrole à la genèse des engrais, jusqu’au feu des aciéries, l’hydrogène vert se substitue aux spectres fossiles. Déjà, les chemins de fer indiens en ont fait la démonstration prophétique en faisant circuler leurs premiers convois mus par cette sève propre. L’ambition indienne est portée par un souffle politique d’envergure : la Mission nationale pour l’hydrogène vert.

Ce plan d’action vise une production titanesque de 5 millions de tonnes métriques par an d’ici 2030. Le paysage industriel s’est déjà métamorphosé pour accueillir cette promesse. Les Capacités allouées sont de 862 000 tonnes de capacité annuelle ont d’ores et déjà été octroyées à 18 pionniers de l’industrie. Les Électrolyseurs de 3 000 MW de capacité de fabrication sont confiés à 15 entreprises majeures. Des Hubs maritimes de trois sanctuaires portuaires, Gujarat (Deendayal), Tamil Nadu (V.O. Chidambaranar) et Odisha (Paradip) s’érigent en pôles d’exportation et de production. Sur le terrain, la révolution est en marche.

Dans le secteur agricole, l’ammoniac vert s’annonce à un coût ultra-compétitif de 55,75 ₹ le kilogramme. Dans la sidérurgie, cinq projets pilotes nationaux éprouvent actuellement la réduction du fer par l’hydrogène, adaptant la technologie aux réalités des forges indiennes. L’horizon de l’Inde dépasse ses propres frontières. En s’appuyant sur l’article 6 de l’Accord de Paris, New Delhi entend dicter les règles du futur marché mondial de l’énergie propre. Cette ambition s’est matérialisée dès 2024 au World Hydrogen Summit de Rotterdam, où le premier pavillon indien a marqué les esprits. Aujourd’hui, l’Inde tisse une toile diplomatique et technologique d’une rare densité. Hier, l’Inde se plaçait à l’avant-garde de l’Alliance Solaire Internationale, tendant la main aux nations du Sud Global par la force de l’exemple. Aujourd’hui, par la grâce de l’hydrogène vert, elle s’apprête à offrir à ces mêmes nations le modèle d’une prospérité affranchie du carbone, s’affirmant définitivement comme l’architecte indispensable d’un monde respirable.

Djibril Abdi Ali