
Asma Ajab Yonis, ingénieure en cybersécurité à l’Autorité nationale de cybersécurité (ANC), revient sur le rôle du contrôle parental, l’importance du dialogue et les outils accessibles aux familles.
Diplômée en informatique appliquée de l’Université de Djibouti, elle est titulaire d’un master en sécurité des systèmes d’information obtenu à l’Université Internationale de Tunis. Elle a complété sa formation par des spécialisations en tests d’intrusion, en systèmes de management de la sécurité de l’information et en audit de conformité. Après une première expérience chez CyberSan en 2022, elle a rejoint l’ANSIE en 2023, avant d’intégrer l’ANC en 2025.
La Nation : Pourquoi mettre en place un contrôle parental lorsqu’on fait confiance à son enfant ?
Asma Ajab Yonis : La confiance et le contrôle ne s’opposent pas : ils se complètent. Le dialogue permet à l’enfant d’acquérir les bons réflexes, tandis que le contrôle parental apporte une protection supplémentaire, comme une ceinture de sécurité en voiture. On ne met pas une ceinture à un enfant parce qu’on doute de lui, mais parce qu’un accident peut survenir indépendamment de son comportement.
Sur Internet, les risques ne viennent pas toujours de l’enfant. Il peut tomber sur un contenu choquant sans l’avoir recherché, être contacté par une personne qui dissimule son identité ou recevoir des messages blessants de la part de camarades. Même un enfant prudent ne dispose pas toujours de l’expérience nécessaire pour reconnaître tous les pièges.
Le contrôle parental vise donc à le protéger, et non à remettre en cause sa bonne foi. À mesure qu’il grandit et apprend à réagir face aux risques, les réglages peuvent être assouplis pour lui accorder davantage d’autonomie.
À quel âge faut-il commencer et comment adapter le contrôle parental en grandissant ?
Dès les premiers usages d’un écran, les parents peuvent accompagner l’enfant et définir des règles adaptées. Ces réglages doivent ensuite évoluer avec son âge et sa maturité. Un enfant de huit ans et un lycéen n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes risques.
Avec les plus jeunes, les parents peuvent davantage sélectionner les contenus et accompagner les activités numériques. Avec les adolescents, il est important de privilégier la discussion, d’expliquer les règles et de leur laisser progressivement plus d’autonomie. Les profils d’utilisateurs et les paramètres disponibles permettent, selon les appareils, d’ajuster les restrictions et les horaires. L’objectif est que l’enfant apprenne progressivement à se protéger lui-même.
Faut-il informer l’enfant ou installer le contrôle parental discrètement ?
Il est préférable de l’installer avec lui. Un contrôle parental expliqué est généralement mieux accepté qu’un dispositif découvert par hasard, qui peut être vécu comme une surveillance et inciter l’enfant à chercher des moyens de le contourner. Les parents peuvent expliquer les raisons des restrictions, définir ensemble les plages horaires sans écran et préciser les applications autorisées. L’enfant comprend ainsi que ces règles ont pour objectif de le protéger et non de le punir. Plus il grandit, plus cette discussion devient importante pour préserver la confiance.
Le contrôle parental suffit-il à protéger un enfant en ligne ?
Non, pas à lui seul. Il peut limiter l’accès à certains contenus et encadrer le temps d’écran, mais il ne remplace pas la sensibilisation. Le cyberharcèlement, les mauvaises rencontres ou le partage d’informations personnelles exigent aussi que l’enfant sache reconnaître les situations à risque et ose en parler à un adulte de confiance.
Il faut donc associer les outils techniques à l’éducation numérique. L’enfant doit comprendre pourquoi certaines informations ne doivent pas être partagées, pourquoi il faut se méfier des liens suspects et comment réagir lorsqu’un échange en ligne devient inquiétant. La protection est plus efficace lorsque les parents restent disponibles pour l’écouter.
Existe-t-il des outils gratuits que les familles peuvent utiliser ?
Oui. Plusieurs appareils et services proposent des fonctions de contrôle parental, parfois intégrées directement dans leurs paramètres. Le choix dépend du matériel utilisé, de l’âge de l’enfant et des besoins de la famille. Parmi les solutions possibles figurent Google Family Link pour certains appareils Android et ChromeOS, la fonction Temps d’écran d’Apple, ainsi que les outils de sécurité familiale proposés par Microsoft pour certains usages de Windows et Xbox. Des plateformes comme YouTube et TikTok proposent également des réglages destinés aux familles. Des services de filtrage DNS, tels que Cloudflare for Families ou OpenDNS FamilyShield, peuvent contribuer à limiter l’accès à certaines catégories de sites. Des solutions spécialisées, comme Qustodio, proposent également des offres dont les fonctionnalités varient selon la formule.
Il est important de vérifier les fonctions disponibles, les conditions d’utilisation et la compatibilité avec les appareils concernés. Aucun outil ne filtre parfaitement tous les contenus et aucun ne remplace le dialogue. Le contrôle parental doit rester un moyen d’accompagnement au service de la sécurité de l’enfant.
Propos recueillis par Sadik Ahmed











































