
De retour à Djibouti après trois mois passés en Chine dans le cadre du programme China International Press Communication Center (CIPCC) 2026, le journaliste de La Nation Mohamed Chakib Saad revient sur une expérience qui aura marqué son parcours professionnel. Formation à l’Université Renmin de Chine, rencontres avec 98 journalistes venus de différents pays, découvertes de plusieurs régions chinoises, visites d’entreprises, de ports, de sites historiques et de projets environnementaux : dans cet entretien, il revient sur les principaux enseignements de ce séjour et sur ce que cette immersion a changé dans son regard de journaliste.

La Nation : Vous venez de rentrer au pays après trois mois de formation en Chine. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
Mohamed Chakib Saad : Je peux dire que cette formation a été une expérience exceptionnelle, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Pendant trois mois, nous avons suivi un programme particulièrement riche, mêlant cours, conférences, visites de terrain, découvertes culturelles et échanges professionnels.
Nous étions accueillis à l’Université Renmin de Chine, à Beijing, où nous suivions des enseignements consacrés notamment au développement économique et social de la Chine, à son histoire, sa culture, sa diplomatie, ses relations avec l’Afrique, aux nouvelles technologies et aux transformations du secteur des médias.
Ce qui a rendu cette expérience particulièrement intéressante, c’est que nous n’étions pas uniquement dans les salles de classe. Nous avons également beaucoup voyagé et pu confronter les connaissances acquises à la réalité du terrain.

Combien de journalistes ont participé au programme et quel était son principal objectif ?
Nous étions 98 journalistes internationaux, venus de différents pays. Cette diversité a été une véritable richesse, car chacun arrivait avec son parcours, son expérience et sa propre vision du journalisme.
L’objectif était de permettre aux participants de mieux comprendre la Chine contemporaine, son développement, son histoire, sa culture, son économie, sa politique étrangère et ses relations avec le reste du monde.
Le programme avait également une forte dimension professionnelle. Nous avons rencontré des universitaires, des journalistes et différents professionnels chinois. Les échanges ont notamment porté sur l’évolution des médias, la transformation numérique et les nouveaux défis auxquels le journalisme est confronté. Cette expérience nous a aussi permis d’apprendre les uns des autres. Les échanges entre journalistes africains et professionnels venus d’autres régions du monde ont été particulièrement enrichissants.
Était-ce votre première expérience journalistique en Chine ? Qu’est-ce qui la distingue des autres formations que vous avez suivies?
Oui, c’était ma première expérience journalistique en Chine et elle a été particulièrement déterminante.
Ce qui distingue cette formation, c’est son caractère à la fois académique, professionnel et pratique. Nous avons étudié, mais nous sommes surtout allés sur le terrain. Nous avons visité des universités, des entreprises, des infrastructures, des sites historiques, des projets environnementaux et des régions très différentes les unes des autres. Cette expérience m’a rappelé une règle fondamentale du journalisme : pour comprendre une réalité, il faut aller sur le terrain. Il faut voir, écouter, observer et confronter les informations avant de les raconter.
Vous avez découvert plusieurs régions chinoises. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
Nous avons notamment découvert Beijing, le Hebei, Tianjin, le Tibet et le Xinjiang. Chacune de ces étapes nous a montré une facette différente de la Chine.
À Beijing, j’ai été particulièrement marqué par le contraste entre l’histoire et la modernité. La visite de la Cité interdite et de la Grande Muraille de Jinshanling permet notamment de mesurer la profondeur historique et culturelle du pays.
Dans le Hebei, la découverte de Saihanba m’a beaucoup impressionné. Cette vaste forêt est le résultat d’un important travail de reforestation et de restauration environnementale. Nous avons également découvert des projets associant énergie propre et activités agricoles.
À Tianjin, nous avons découvert une Chine davantage tournée vers l’industrie, les technologies et la logistique, notamment à travers la visite de l’usine Lenovo et du port de Tianjin. L’Atelier Luban nous a également permis de mieux comprendre les efforts consacrés à la formation professionnelle et à la coopération éducative.
Le Tibet a constitué une autre étape marquante, avec la découverte de Lhassa, du palais du Potala et du musée de Lhassa. Le voyage en train à travers les hauts plateaux chinois restera également un souvenir particulier.
Enfin, le Xinjiang nous a permis de découvrir d’autres réalités, entre agriculture, patrimoine, infrastructures et paysages. Ce qui m’a finalement le plus marqué, c’est cette diversité. En quelques semaines, nous avons découvert des environnements, des cultures et des modèles de développement très différents.
Vous avez également visité des entreprises et des centres liés aux nouvelles technologies. Qu’en retenez-vous en tant que journaliste ?
Ces visites ont été très instructives. La visite de l’usine Lenovo à Tianjin, par exemple, nous a permis d’observer concrètement la place de la technologie et de l’innovation dans l’industrie. Nous avons également découvert des projets liés à la biotechnologie et aux énergies propres. Ces expériences montrent que la recherche, l’innovation et la technologie occupent une place centrale dans le développement économique.
Pour un journaliste, ces visites sont importantes parce qu’elles permettent de dépasser les chiffres et les discours. Pour parler d’un secteur industriel ou technologique, il faut aussi voir les infrastructures, les entreprises et les personnes qui font fonctionner ces activités.
Vous avez participé à plusieurs conférences consacrées aux relations entre la Chine et l’Afrique. Quel regard portez-vous sur cette coopération ?
La coopération entre la Chine et l’Afrique est un sujet important, notamment pour les pays africains qui cherchent à développer leurs échanges commerciaux et leurs capacités de production. Pendant notre séjour, nous avons notamment discuté des possibilités d’accroître les exportations africaines vers la Chine et des moyens de faciliter l’accès de certains produits africains au marché chinois.
À mon avis, l’enjeu pour les pays africains est maintenant de mieux transformer ces opportunités en résultats concrets. Cela passe par le renforcement de notre production, de la qualité de nos produits, de nos capacités d’exportation et de notre connaissance des marchés.
En tant que journalistes, nous avons également une responsabilité : expliquer ces évolutions, rendre ces informations accessibles au public et contribuer à une meilleure compréhension des opportunités et des enjeux de cette coopération. Pour Djibouti, qui entretient des relations importantes avec la Chine, il est particulièrement intéressant de suivre ces évolutions.
Après trois mois sur place, votre regard sur la Chine a-t-il changé ?
Oui, profondément. Avant mon départ, j’avais une certaine connaissance de la Chine, mais elle reposait essentiellement sur les informations que nous recevons à distance.
Après trois mois sur place, mon regard est devenu beaucoup plus concret. J’ai découvert une Chine moderne et technologiquement avancée, mais aussi profondément attachée à son histoire, à sa culture et à son patrimoine.
J’ai surtout compris qu’il était difficile de parler de la Chine comme d’une réalité uniforme. Beijing est différente du Xinjiang, Tianjin est différente du Tibet et le Hebei possède encore une autre identité. Cette diversité m’a appris à éviter les généralisations. Pour comprendre un pays aussi vaste, il faut prendre le temps de découvrir ses différentes régions et de rencontrer ses populations.
Si l’occasion se présente, souhaiteriez-vous retourner en Chine ?
Avec plaisir. Trois mois peuvent sembler longs, mais pour un pays aussi vaste que la Chine, c’est finalement très court.
J’ai découvert beaucoup de choses, mais il reste encore énormément de régions, de villes et de réalités à explorer. Je serais donc très heureux d’y retourner pour approfondir certaines découvertes et poursuivre les échanges professionnels noués pendant le programme.
Je pense également qu’il est important de maintenir les liens créés durant ces trois mois, notamment avec les journalistes et les professionnels que nous avons rencontrés.
Un dernier mot pour conclure ?
Je voudrais simplement exprimer ma gratitude aux organisateurs du programme CIPCC, aux responsables de l’Université Renmin, aux universitaires, aux journalistes et à toutes les personnes qui nous ont accompagnés durant ces trois mois.
Je remercie également mes 97 confrères et consœurs avec lesquels j’ai partagé cette expérience. Nous avons vécu ensemble une aventure professionnelle et humaine que nous n’oublierons certainement pas.
Je rentre à Djibouti avec de nouvelles connaissances, de nombreux souvenirs et de nouvelles amitiés. Mais surtout, je rentre avec une conviction renforcée : le journaliste doit aller sur le terrain, découvrir, écouter, vérifier et comprendre avant de raconter.
Ces trois mois en Chine m’ont permis de mieux comprendre un pays immense et diversifié, mais ils m’ont aussi permis de mieux comprendre mon propre métier. Cette formation n’a donc pas seulement été une occasion de découvrir la Chine. Elle a été une véritable école de terrain, d’ouverture et de dialogue entre les cultures.
Propos recueillis par Sadik Ahmed Daher








































