
À l’occasion de son dixième anniversaire, l’Institut de recherche pour le développement de la Corne de l’Afrique (IRICA) a réuni des chercheurs autour de 32 communications consacrées aux enjeux majeurs du développement. Environnement, énergie, éducation, santé, gouvernance et économie ont nourri les échanges, mettant en lumière des travaux qui interrogent les politiques publiques et explorent des pistes de réponse aux défis nationaux et régionaux.

Le forum scientifique organisé pour le dixième anniversaire de l’IRICA a constitué un espace de réflexion et de partage des connaissances. À travers 32 communications, les chercheurs ont abordé des problématiques qui touchent directement aux conditions de vie des populations, à la gestion des ressources, à la qualité des institutions et aux perspectives économiques de Djibouti. Les travaux présentés ont également ouvert des pistes de comparaison avec les expériences d’autres pays de la Corne de l’Afrique et au-delà.
Climat, énergie et gestion des déchets : des défis prioritaires
Les questions environnementales ont occupé une place importante dans les échanges. Le docteur Idriss Bexi Warssama, expert en changement climatique, a présenté une analyse de 94 études publiées entre 2003 et 2023 sur les méthodes d’évaluation de la vulnérabilité climatique. Il souligne notamment la nécessité de mieux intégrer les conséquences sanitaires, de renforcer les systèmes d’alerte précoce et d’investir dans les connaissances locales. Pour les régions agropastorales, où les ressources en eau et les moyens de subsistance sont particulièrement exposés, il préconise une meilleure prise en compte des risques dans la planification nationale.
La gestion des déchets a également fait l’objet de plusieurs recherches. Abdillah Houssein Abdallah s’est intéressé à la participation des organisations de la société civile dans les régions de l’intérieur, tandis que Houmed Abdoulkader Houmed a examiné les pratiques de gestion des déchets sanitaires. Son enquête dans plusieurs structures de santé relève des insuffisances dans le tri, le conditionnement et le stockage. Abdek Mahamoud Abdi, pour sa part, a étudié les possibilités d’introduire le tri des déchets ménagers à Djibouti en s’inspirant d’une expérience japonaise.
Ces travaux soulignent l’importance d’infrastructures adaptées, d’une meilleure coordination institutionnelle et de la sensibilisation du public.
La transition énergétique a complété ce premier axe. Une étude comparative portant sur Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya et l’Érythrée entre 1990 et 2020 met en évidence les effets positifs à long terme des énergies renouvelables sur le développement humain. Elle souligne également l’importance des investissements dans les infrastructures vertes et d’une gouvernance adaptée.
Développement humain, gouvernance et nouvelles perspectives économiques
Le deuxième panel a placé l’éducation, la santé et le capital humain au centre des débats. Les communications ont notamment porté sur les inégalités de réussite scolaire entre établissements, la transmission des langues maternelles et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’apprentissage. Plusieurs chercheurs ont rappelé l’importance de la formation des enseignants, de l’adaptation des méthodes pédagogiques et de la préservation du patrimoine linguistique.
Dans le domaine de la santé, les travaux ont abordé des problématiques variées : asthme chez l’enfant, infertilité masculine, santé auditive des personnes âgées, anomalies mammaires et pratiques de médecine traditionnelle. Des recherches consacrées aux pratiques professionnelles ont également examiné l’engagement des infirmiers et les difficultés liées à l’utilisation de dispositifs d’immobilisation orthopédique.
La gouvernance a constitué un autre axe majeur. Neuf communications ont porté sur l’État de droit, la cybersécurité, la protection des droits fondamentaux, les élections locales, la décentralisation et la participation citoyenne. Les chercheurs ont notamment souligné le rôle de la transparence, de la qualité des services publics et de la confiance institutionnelle dans la cohésion sociale. Les mécanismes traditionnels de régulation communautaire ont également été étudiés comme des composantes de l’organisation sociale.
Enfin, le panel consacré à l’économie et à la géostratégie a exploré le potentiel touristique de Djibouti, les enjeux de l’interconnexion électrique avec l’Éthiopie, l’histoire des régimes monétaires coloniaux et les perspectives offertes par l’intelligence artificielle.
Ces communications ont notamment mis en évidence les opportunités liées à la position stratégique du pays, tout en soulignant les défis de la dépendance énergétique, de la diversification économique et de la souveraineté numérique.
Au terme de ces échanges, le forum a illustré la diversité des champs d’investigation mobilisés par la recherche.
Les travaux présentés offrent des éléments de réflexion pour mieux comprendre les réalités nationales, éclairer les choix de développement et identifier des solutions adaptées aux besoins des populations.
L’enjeu est désormais de valoriser ces connaissances et de favoriser leur utilisation dans les politiques publiques et les initiatives de développement.










































