Soutenue par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Association Mouhbani déploie dans la région de Tadjourah un ambitieux programme visant à intégrer les femmes dans la pêche artisanale. Une initiative pionnière qui conjugue  autonomisation économique, inclusion sociale et gestion durable des ressources marines.

Longtemps perçue comme un secteur réservé aux hommes, la pêche artisanale est en train de connaître une transformation historique dans la région de Tadjourah. Sur les côtes de la mer Rouge, où les communautés vivent depuis des générations au rythme des activités maritimes, un nouveau chapitre s’ouvre désormais pour les femmes. Grâce au soutien financier de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et à l’engagement de l’Association Mouhbani, des centaines de femmes s’apprêtent à intégrer durablement la filière halieutique, participant ainsi à l’émergence d’une économie bleue plus inclusive et plus résiliente. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la sixième édition du Fonds « La Francophonie avec Elles», programme phare de l’OIF destiné à renforcer l’autonomie économique des femmes dans les pays francophones. Parmi les vingt-neuf projets sélectionnés à travers vingt-deux pays, celui porté par l’Association Mouhbani est le seul retenu pour Djibouti, offrant ainsi au pays une visibilité particulière au sein de l’espace francophone.

Cette distinction constitue une reconnaissance du dynamisme de la société civile djiboutienne et de sa capacité à proposer des solutions innovantes aux défis du développement durable. Elle témoigne également de l’intérêt croissant accordé aux initiatives favorisant l’inclusion économique des femmes dans des secteurs jusque-là peu accessibles.

Une mobilisation communautaire pour préparer le changement

Consciente que l’intégration des femmes dans un secteur traditionnellement masculin nécessite avant tout l’adhésion des communautés, l’Association Mouhbani a privilégié une approche fondée sur le dialogue et la concertation. Du 25 mai au 1er juin 2026, une vaste campagne de sensibilisation a ainsi été menée dans plusieurs localités du littoral de Tadjourah, notamment à Dafo, Kalaf-Oulalis, Douloul, Sagallou et Tadjourah-Ville. Pendant huit jours, les équipes de terrain ont organisé huit ateliers communautaires consacrés à la pêche durable, à la préservation des ressources marines et à la place des femmes dans l’économie bleue. Ces rencontres ont permis de réunir 201 participants, parmi lesquels figuraient des femmes, mais également des chefs coutumiers, des notables, des responsables communautaires et des pêcheurs expérimentés. Cette forte mobilisation masculine constitue un élément particulièrement encourageant pour les promoteurs du projet. Elle traduit une évolution progressive des mentalités et une prise de conscience collective des enjeux liés au développement économique local. Pour parvenir à ce résultat, les responsables du projet ont multiplié les rencontres avec les autorités locales, les leaders traditionnels et les familles afin de construire un consensus autour d’un sujet parfois considéré comme sensible. Cette démarche participative a permis d’instaurer un climat de confiance et de lever progressivement certaines réticences. Dans plusieurs villages, les discussions ont également ouvert un débat plus large sur le rôle des femmes dans l’économie locale et sur la nécessité de diversifier les sources de revenus des ménages.

Au fil des échanges, l’idée selon laquelle les femmes peuvent contribuer pleinement au développement de la filière halieutique a gagné du terrain, ouvrant la voie à une implication plus active des communautés dans la mise en œuvre du projet.

Former les femmes pour bâtir une économie bleue inclusive

À l’issue de cette première phase de sensibilisation, 170 femmes ont été sélectionnées pour intégrer le programme. Issues des différentes localités concernées, elles ont été retenues sur la base de critères tenant compte de leur situation économique, de leur engagement communautaire et de leur représentativité territoriale. Cette sélection marque le début de la phase opérationnelle du projet, qui vise à doter les bénéficiaires des compétences nécessaires pour évoluer dans le secteur de la pêche artisanale et développer leurs propres activités économiques.

Les participantes bénéficieront prochainement d’un programme de formation complet portant sur les techniques de pêche durable, la transformation et la valorisation des produits halieutiques, les méthodes de conservation adaptées au climat local, la gestion financière simplifiée ainsi que les principes de l’entrepreneuriat.

L’ambition est claire : permettre aux femmes de créer de véritables microentreprises génératrices de revenus, capables d’améliorer durablement les conditions de vie de leurs familles tout en contribuant au dynamisme économique de leurs communautés. Pour faciliter leur insertion dans la filière, quarante-cinq bénéficiaires recevront également des kits de production et de conservation destinés à soutenir le lancement de leurs activités.

Au-delà de l’aspect économique, les promoteurs du projet voient dans cette initiative un puissant levier de transformation sociale. En favorisant l’accès des femmes à un secteur productif jusque-là largement dominé par les hommes, le programme contribue à renforcer leur autonomie, leur pouvoir de décision et leur participation au développement local.

L’expérience menée à Tadjourah pourrait ainsi devenir un modèle de référence pour d’autres régions du pays. Elle démontre qu’en associant inclusion sociale, préservation des ressources naturelles et développement économique, l’économie bleue peut constituer un formidable moteur de progrès. Alors que les premières bénéficiaires s’apprêtent à entamer leur parcours de formation, un vent nouveau souffle déjà sur les côtes de Tadjourah. Portée par l’engagement de l’OIF et de l’Association Mouhbani, cette initiative dessine les contours d’un avenir où les femmes auront toute leur place dans la filière halieutique nationale, contribuant à bâtir une économie plus inclusive, plus durable et plus prospère pour l’ensemble de la communauté.