
Depuis l’arrivée des réfugiés yéménites sur les côtes djiboutiennes, les bénévoles du Croissant-Rouge de Djibouti sont devenus une présence indispensable dans le camp Markazi, mais aussi dans les différentes zones de débarquement d’Obock. De jour comme de nuit, ces jeunes hommes et femmes en gilets rouges accueillent, orientent, ravitaillent, installent des équipements et vont parfois jusqu’à aider des parents à retrouver leurs enfants séparés d’eux dans la confusion durant la fuite. Mardi dernier, une cérémonie organisée au siège du Conseil régional d’Obock a rendu hommage à leur engagement humanitaire, souvent discret, mais essentiel.

À Obock, il suffit de regarder autour de soi pour les reconnaître. Dans le camp Markazi, aux points d’entrée des réfugiés, près des lieux de débarquement ou au milieu des familles fraîchement arrivées, leurs gilets rouges apparaissent comme des repères dans le tumulte de l’exil.
Ils sont jeunes, pour la plupart. Hommes et femmes, ils circulent entre les tentes, s’arrêtent auprès d’une famille, répondent à une question, indiquent une direction, distribuent de l’eau ou prêtent simplement une oreille à ceux qui viennent de traverser la mer.
Depuis le début de la crise au Yémen, les bénévoles du Croissant-Rouge de Djibouti sont mobilisés aux côtés des populations déplacées. À mesure que les arrivées se sont multipliées sur les côtes de la région d’Obock, leur présence s’est imposée dans le dispositif d’accueil et d’assistance.
Au camp Markazi, ils ont notamment participé à l’installation de latrines et de points de ravitaillement en eau potable. Des équipements qui peuvent sembler ordinaires, mais qui prennent une importance particulière pour des familles arrivées après un voyage éprouvant, souvent dans des conditions difficiles.
Le mardi 22 septembre dernier, ce fut à leur tour d’être au centre de l’attention.
Une cérémonie qui s’est tenue au siège du conseil régional d’Obock a justement rendu hommage aux bénévoles du Croissant-Rouge de Djibouti pour leur engagement constant auprès des populations vulnérables, et notamment des réfugiés yéménites arrivés dans la région depuis le début de la crise. L’événement a réuni le Préfet de la région d’Obock Moussa Aden Miganeh, le Président du Conseil régional d’Obock, Mohamed Houmed Ismail ainsi que le vice-président du Croissant-Rouge de Djibouti, également directeur général à l’Agence djiboutienne de développement social (ADDS), M. Mahdi Mohamed Djama, aux côtés des bénévoles et des équipes du Croissant-Rouge.
Dans l’ombre, ceux qui sont toujours là
Les autorités présentes ont unanimement salué le travail accompli par ces jeunes bénévoles, mobilisés jour et nuit pour apporter aide, assistance et réconfort aux réfugiés ayant fui les violences qui sévissent au Yémen.
Mais derrière les dispositifs d’accueil et les infrastructures, il y a des visages. Celui d’une mère qui cherche son enfant. Celui d’un père qui tente de comprendre où il doit se rendre. Celui d’une famille qui vient de débarquer et ne sait pas encore ce qui l’attend. Et celui des bénévoles qui, sans grands moyens, tentent de répondre à l’urgence. C’est précisément cette dimension humaine que la cérémonie a voulu mettre en lumière.
Les témoignages et les échanges d’expérience des bénévoles ont permis de revenir sur plusieurs situations vécues au cours de leur mission. Des récits parfois simples, parfois bouleversants, qui racontent autrement l’action humanitaire. Parmi eux, celui de Salem Bourhan Ali.
Un enfant, une mère et plusieurs heures de recherche
La scène se déroule alors que les bénévoles sont auprès des réfugiés.
Une femme yéménite, en pleurs, vient les interpeller. Elle cherche son fils. L’enfant a quitté le Yémen environ vingt heures avant elle. Depuis, plus aucune nouvelle.
Pour Salem Bourhan Ali et ses collègues, il faut agir.
« Alors que nous étions auprès des réfugiés, une femme yéménite en pleurs nous a interpellés. Elle nous a demandé de l’aider à retrouver son fils, porté disparu », raconte le jeune bénévole.
Avec les moyens disponibles, les recherches commencent. Les informations fournies par la mère sont recoupées. Les contacts sont mobilisés. Les différents points d’entrée sont vérifiés. Quelques heures plus tard, une piste conduit les bénévoles vers Moulouhlé, une localité côtière située à une quinzaine de kilomètres au nord d’Obock. L’enfant est finalement retrouvé.
Avec l’appui des autorités locales et des militaires, il est ramené sain et sauf auprès de sa mère. Très émue, la mère ne peut retenir ses larmes. Elle remercie ceux qui ont contribué à retrouver son fils.
Pour Salem Bourhan Ali, ce moment restera longtemps gravé dans sa mémoire. « Ce moment restera pour moi l’un des souvenirs les plus marquants de mon engagement comme bénévole », témoigne-t-il.
Cette histoire résume, à elle seule, une part de la réalité du travail effectué sur le terrain. Le rôle des bénévoles ne se limite pas à distribuer une aide matérielle ou à orienter les nouveaux arrivants. Il consiste aussi, lorsque les circonstances l’exigent, à écouter, à chercher, à rassurer et à tenter de résoudre des situations humaines qui dépassent parfois le cadre strict de leur mission.
« Redonner de la dignité et de l’espoir »
Dans les témoignages livrés au cours de cette journée, les mots reviennent souvent autour d’une même idée : aider, c’est aussi être présent.
Pour Neima Djama, bénévole du Croissant-Rouge, un geste apparemment anodin peut avoir une portée considérable.
« Un sourire peut sembler être un petit geste, mais pour quelqu’un qui traverse une épreuve, il peut représenter énormément », confie-t-elle.
Aïcha, elle aussi bénévole, évoque ce que son engagement lui a appris au fil des missions. « Le bénévolat m’a appris qu’aider une personne, c’est aussi lui redonner de la dignité et de l’espoir » a-t-elle dit.
Deux phrases simples, mais qui résument la philosophie d’un engagement fondé sur la proximité.
Car dans un contexte de déplacement forcé, l’aide humanitaire ne se résume pas à l’eau, à l’assainissement ou aux équipements. Elle passe aussi par la manière dont une personne est accueillie après avoir tout laissé derrière elle.
À Obock, les bénévoles sont souvent parmi les premiers visages djiboutiens que rencontrent les nouveaux arrivants.
Ils sont là lorsque les embarcations accostent. Ils sont là dans les premiers instants d’orientation. Ils sont là dans le camp. Et ils restent présents lorsque l’urgence immédiate laisse place à une prise en charge plus durable.
Le représentant du Croissant-Rouge de Djibouti à Obock résume cette présence en quelques mots : « Nous sommes fiers d’avoir été présents quand notre présence était nécessaire » résume le représentant du CRD dans cette région du nord de Djibouti.
Une reconnaissance pour ceux qui donnent de leur temps
Prenant la parole à son tour, le vice-président du CRD, Mahdi Mohamed Djama, a mis l’accent sur le rôle que les équipes de bénévoles ont joué à Markazi.
« Aujourd’hui, nous ne sommes pas réunis uniquement pour remercier nos bénévoles. Nous sommes réunis pour leur dire que leur engagement, leur disponibilité et leur humanité ne sont pas passés inaperçus », a-t-il déclaré.
Des mots qui prennent un relief particulier à Obock, où la crise yéménite a replacé la question de l’accueil et de la solidarité au cœur de la vie locale.
Depuis plusieurs jours et semaines, la région est confrontée à une situation humanitaire qui exige réactivité et coordination. Dans ce dispositif, les bénévoles occupent une place singulière : celle de ceux qui sont au plus près des personnes accueillies.
En tout cas à Obock, leur engagement raconte ainsi une autre histoire de la crise yéménite : celle d’une solidarité de proximité, faite de gestes concrets, d’écoute et de disponibilité.
RACHID BAYLEH









































