Pendant cinq jours, la Bibliothèque nationale et des archives nationales devient un espace d’échanges autour de l’avenir des industries culturelles et créatives. Artistes, entrepreneurs, professionnels du secteur, représentants des institutions et partenaires internationaux y réfléchissent aux moyens de renforcer les compétences, faciliter l’accès aux financements et aux marchés et créer un environnement plus propice au développement des initiatives culturelles.

La Bibliothèque nationale et des archives nationales a accueilli hier, pendant cinq jours, un atelier consacré au renforcement des capacités nationales pour la promotion de l’entrepreneuriat dans les industries culturelles et créatives (ICC). La cérémonie d’ouverture a réuni la ministre de la Jeunesse et de la Culture, Mme Fardoussa Moussa Egueh, le directeur général de l’Agence nationale pour la promotion de la culture (ANPC), M. Mohamed Houssein Doualeh, la représentante de l’UNESCO, Mme Idil Moussa, le premier conseiller de l’Union européenne à Djibouti M. Patrick Dupont ainsi que M. Saji Thiam, chargé de projet de la Convention de 2005 à l’UNESCO des représentants de différents départements ministériels, des artistes, des entrepreneurs, des professionnels de la culture et plusieurs invités ont également pris part à cette rencontre.

À l’ouverture des travaux, le directeur général de l’ANPC, M. Mohamed Houssein Doualeh, a souhaité la bienvenue aux participants et salué la mobilisation des différents acteurs du secteur culturel.

« Je vous souhaite à toutes et à tous la bienvenue à cet atelier de renforcement des capacités nationales. Je tiens d’abord à remercier celles et ceux qui ont fait le déplacement pour prendre part à ces travaux », a-t-il déclaré.

Il a particulièrement salué la présence des professionnels issus des différentes filières culturelles et créatives, estimant que leur participation était essentielle à la réussite des travaux.

M. Mohamed Houssein Doualeh a également adressé ses remerciements à l’Union européenne, à l’UNESCO, aux experts nationaux et internationaux, aux institutions partenaires ainsi qu’à l’équipe nationale du projet pour leur contribution à la préparation de l’atelier.

Durant les cinq jours de travaux, la Bibliothèque nationale se veut ainsi un espace de réflexion et de dialogue entre les différents acteurs. Les participants auront notamment l’occasion de prendre connaissance des résultats des études réalisées dans le cadre du projet, de revenir sur les missions d’apprentissage entre pairs et d’échanger sur les perspectives de développement du secteur.

Prenant la parole à son tour, le chargé de projet de la Convention de 2005 à l’UNESCO, M. Saji Thiam, a rappelé que l’atelier s’inscrit dans un processus engagé depuis plusieurs mois.

« La semaine qui commence s’inscrit dans un processus déjà engagé depuis longtemps. Elle s’appuie sur le travail réalisé au cours des derniers mois, notamment à travers les consultations menées avec les acteurs culturels, les échanges et les apprentissages entre pairs organisés au Maroc et en Tunisie, ainsi que les travaux déjà engagés autour d’une première ébauche de stratégie pour le développement de l’entrepreneuriat culturel à Djibouti », a-t-il expliqué.

Selon lui, ces différentes étapes ont permis de mieux comprendre les réalités du secteur, d’identifier ses besoins et ses défis, mais également de faire émerger des expériences et des solutions susceptibles d’inspirer les acteurs djiboutiens. « La semaine qui s’ouvre aujourd’hui doit précisément permettre de consolider ces acquis, de renforcer les compétences des acteurs et de faire progresser collectivement la stratégie », a poursuivi M. Saji Thiam.

Les discussions porteront notamment sur les conditions nécessaires au développement d’un écosystème plus favorable à l’entrepreneuriat culturel. Parmi les principaux enjeux figurent l’accès au financement et aux marchés, le développement des compétences, la professionnalisation des acteurs, les cadres institutionnels et réglementaires, ainsi que les possibilités offertes par le numérique.

La culture comme secteur économique

De son côté le premier conseiller de l’Union européenne à Djibouti M. Patrick Dupont a mis en avant l’importance du projet porté conjointement par l’Union européenne, l’UNESCO et le ministère de la Jeunesse et de la Culture. Il a estimé que ce projet reflète une vision partagée visant à faire de la culture un véritable moteur de développement. « Dans un monde en mutation rapide, les industries culturelles et créatives occupent une place essentielle. Elles sont, bien sûr, un espace d’expression artistique, mais elles sont aussi un secteur économique porteur, un secteur qui crée des emplois, en particulier pour les jeunes, un secteur qui peut renforcer la cohésion sociale et valoriser la diversité culturelle », a-t-il déclaré.

S’appuyant sur les données de l’UNESCO, il a rappelé que les industries culturelles et créatives représentent 3,1 % du PIB mondial et emploient plus de 30 millions de personnes dans le monde.

À Djibouti également, le potentiel du secteur apparaît important, mais nécessite, selon lui, un accompagnement et une structuration davantage adaptés.

« C’est tout le sens de ce projet, mis en œuvre dans le cadre de la troisième phase du programme Culture et Développement entre l’Union européenne et l’UNESCO. Djibouti fait partie des huit pays sélectionnés pour bénéficier de cet appui spécifique », a-t-il précisé.

L’objectif consiste notamment à contribuer à la mise en place d’un environnement favorable à l’entrepreneuriat dans les industries culturelles et créatives, à travers le renforcement des capacités nationales et l’élaboration d’une stratégie nationale fondée sur des données permettant de mieux identifier les besoins, les opportunités et les obstacles auxquels sont confrontés les professionnels.

Dans son intervention, la ministre de la Jeunesse et de la Culture, Mme Fardoussa Moussa Egueh, a souligné que la rencontre constitue une étape supplémentaire dans les efforts engagés par Djibouti pour développer les industries culturelles et créatives.

« Pendant cinq jours, nous allons réunir celles et ceux qui créent, produisent, forment, accompagnent et financent. Nous avons besoin de leur expérience et de leurs propositions pour répondre à une question simple : comment permettre à davantage de Djiboutiennes et de Djiboutiens de vivre de leur créativité et de développer des entreprises culturelles durables ? », a-t-elle déclaré.

La ministre a rappelé que l’engagement de Djibouti en faveur des industries culturelles et créatives ne date pas d’aujourd’hui. Le pays a notamment ratifié en 2007 la Convention de l’UNESCO de 2005 relative à la protection et à la promotion de la diversité des expressions culturelles. « Cette dynamique s’est poursuivie avec l’organisation, en 2016, d’un premier atelier consacré aux industries culturelles et créatives, puis avec l’adoption d’une politique culturelle en 2019. La stratégie culturelle 2023-2027 comporte également un volet consacré au développement de ces industries ».

La ministre a rappelé que les préoccupations exprimées par les jeunes lors du dialogue Jeunes-Gouvernement d’octobre 2023 ont également contribué à alimenter la réflexion autour du projet actuel.

« Les jeunes avaient notamment mis en avant plusieurs difficultés rencontrées par les porteurs de projets culturels, parmi lesquelles le manque de formation et d’accompagnement, les difficultés d’accès au financement et aux marchés, ainsi que la nécessité de disposer d’un cadre davantage adapté à leurs activités».

« Ces préoccupations ont contribué à nourrir la réflexion qui a conduit le ministère de la Jeunesse et de la Culture et son Agence nationale pour la promotion de la culture à porter le projet », a  indiqué Mme Fardoussa Moussa Egueh.

Pour la ministre, la mise en place d’un écosystème favorable à l’entrepreneuriat dans les industries culturelles et créatives suppose de réunir plusieurs conditions.

« Un écosystème, c’est l’ensemble des conditions qui permettent à une idée de devenir une réalité, une activité viable. Il faut des compétences, des lieux pour travailler et présenter des œuvres, des règles compréhensibles, des partenaires, des financements et des débouchés », a-t-elle expliqué.

Cette ambition concerne un large éventail de filières, notamment le cinéma, le livre, le spectacle vivant, les arts visuels, la mode, l’artisanat et les contenus numériques.

Selon la ministre, le développement de ces secteurs rejoint également les orientations de la Vision Djibouti 2035 et du Plan national de développement 2025-2030, notamment en matière de diversification économique et de création d’emplois, particulièrement au profit des jeunes et des femmes.

À travers cet atelier, les autorités et les partenaires du projet entendent donc franchir une nouvelle étape en mettant à profit les expériences des professionnels et les enseignements tirés des travaux menés ces derniers mois.

Au-delà des échanges et des sessions de formation, l’enjeu est désormais de faire émerger des propositions concrètes susceptibles de contribuer à la construction d’un environnement plus favorable aux entrepreneurs culturels. L’objectif est de permettre aux initiatives créatives de se développer, de se professionnaliser et de trouver davantage de débouchés, tout en faisant de la culture un secteur participant pleinement au développement économique et social du pays.

Mohamed Chakib