Face à l’intensification des mouvements migratoires dans la Corne de l’Afrique et le long de la route de l’Est, Djibouti entend renforcer sa réflexion sur les enjeux humains, sécuritaires et institutionnels liés à la migration. Une conférence consacrée à la gouvernance migratoire, organisée lundi dernier, a réuni au Sheraton hôtel, des responsables nationaux, des experts et des partenaires internationaux autour de cette problématique régionale.

La République de Djibouti occupe une position géographique singulière, au carrefour de la Corne de l’Afrique, de la mer Rouge et de la péninsule Arabique. Cette situation lui confère un rôle important dans les dynamiques économiques, commerciales, sécuritaires et migratoires de la région. Derrière les mouvements migratoires se trouvent des trajectoires humaines, des aspirations, des contraintes économiques et des situations de vulnérabilité, mais aussi des décisions individuelles façonnées par des contextes régionaux complexes. La migration ne saurait donc être appréhendée uniquement à travers les statistiques des flux, les dispositifs de contrôle ou les réponses humanitaires. Elle doit également être comprise à partir des expériences vécues, des motivations, des perceptions et des choix des personnes concernées.

C’est dans cette perspective que s’est tenue, hier à l’hôtel Sheraton, une conférence consacrée au thème « La gouvernance migratoire le long de la route de l’Est : perspectives depuis Djibouti ». Cette rencontre a constitué un cadre de dialogue, de réflexion et de partage d’expériences autour de plusieurs enjeux majeurs, notamment la gestion des flux migratoires, la protection des droits des migrants, la coopération entre les différents acteurs et le renforcement des mécanismes de gouvernance migratoire.

La conférence a été marquée par un panel de réflexion et d’échange au cours duquel les intervenants ont abordé les principaux défis et les perspectives liés aux mouvements migratoires. Les discussions ont notamment mis en évidence la nécessité de promouvoir une approche concertée et inclusive, respectueuse des droits humains, tout en renforçant la collaboration entre les institutions publiques, la société civile et les partenaires internationaux. L’événement a réuni le secrétaire général du ministère de l’Intérieur, M. Souleiman Moumin Robleh, le directeur exécutif du DERE Institute, M. Mahamoud Ahmed Sougueh, ainsi que le directeur de la Konrad-Adenauer-Stiftung, M. Jan-Ole Voss. Des représentants des institutions nationales, des organisations internationales, des partenaires au développement, de la société civile et de nombreux invités ont également pris part à cette rencontre.

Dans son allocution d’ouverture, le directeur exécutif du DERE Institute, M. Mahamoud Ahmed Sougueh, a rappelé la vocation de cette structure, qui se veut un espace de réflexion stratégique consacré à l’analyse des enjeux nationaux et régionaux. « Le DERE Institute, Djibouti Espace de Réflexion et d’Échange, développe un espace de réflexion stratégique consacré à l’analyse des enjeux nationaux et régionaux. Notre ambition est de contribuer à une culture de la recherche appliquée et du dialogue constructif entre institutions, chercheurs, experts, acteurs de terrain et citoyens », a-t-il expliqué. Il a souligné que les études stratégiques ne constituaient pas de simples exercices intellectuels ou académiques, mais représentaient de véritables instruments d’aide à la décision, d’anticipation des risques et d’orientation des politiques publiques. Elles permettent notamment de mieux cerner les causes profondes des phénomènes observés et de rapprocher les réalités vécues des décisions institutionnelles. « À DERE Institute, notre volonté est claire : faire de la connaissance un outil de compréhension, de la réflexion un instrument d’anticipation et du dialogue un levier d’action », a-t-il affirmé.

Abordant l’étude exploratoire présentée dans le cadre de cette rencontre, M. Mahamoud Ahmed Sougueh a précisé qu’elle s’inscrivait pleinement dans cette démarche.

Fondée sur une approche qualitative, reposant notamment sur des entretiens avec des migrants, des échanges avec des acteurs clés et une analyse des parcours migratoires, cette étude apporte des éléments de compréhension complémentaires aux données statistiques existantes.

Plusieurs interrogations sont ainsi au cœur de cette recherche : pourquoi certaines personnes poursuivent-elles leur parcours malgré les risques encourus ? Pourquoi d’autres choisissent-elles de reporter leur départ, de retourner dans leur pays d’origine ou d’abandonner leur projet migratoire? Quels facteurs influencent ces décisions et comment les institutions peuvent-elles mieux intégrer ces réalités dans leurs stratégies ?

Pour le directeur exécutif du DERE Institute, une politique publique pertinente ne peut reposer uniquement sur des suppositions. Elle doit avant tout s’appuyer sur l’observation, l’écoute et l’analyse des réalités du terrain. « Il ne s’agit pas d’opposer recherche et action, mais de les rendre complémentaires », a-t-il insisté.

De son côté, le directeur de la Konrad-Adenauer-Stiftung, M. Jan-Ole Voss, a estimé que cette conférence intervenait à un moment particulièrement opportun, au regard de l’évolution des mouvements migratoires dans la région. Il a notamment évoqué l’arrivée de réfugiés en provenance du Yémen, ainsi que les flux continus de migrants originaires d’Éthiopie et d’autres pays qui empruntent le territoire djiboutien.

Il a également mis en lumière les défis que représente la gestion de ces mouvements pour Djibouti, soulignant la nécessité d’une coopération renforcée entre les différentes parties prenantes et les institutions concernées.

Selon lui, une meilleure compréhension des réalités migratoires est indispensable pour permettre aux organisations internationales et aux missions diplomatiques d’adapter leur accompagnement et d’intensifier leur coopération avec les autorités djiboutiennes. L’objectif, a-t-il expliqué, est de soutenir les institutions nationales dans la gestion des flux migratoires, d’améliorer les conditions humanitaires des migrants tout au long de leur parcours et de préserver la stabilité ainsi que la sécurité des populations locales. Dans cette perspective, il a également insisté sur l’importance d’apporter un appui aux forces de l’ordre et aux institutions intervenant directement sur le terrain.

Prenant à son tour la parole, le secrétaire général du ministère de l’Intérieur, M. Souleiman Moumin Robleh, a rappelé que la position géographique stratégique de Djibouti, au carrefour de la Corne de l’Afrique, de la mer Rouge et de la péninsule Arabique, plaçait le pays au cœur des dynamiques migratoires régionales.

Notre pays constitue à la fois un territoire de transit et une destination temporaire pour de nombreux migrants. Cette réalité lui impose d’importantes responsabilités en matière de sécurité des frontières, de lutte contre les réseaux de traite des personnes et les trafics illicites de migrants, mais également en matière de protection des droits fondamentaux et de préservation de la dignité humaine.

Le responsable a souligné que la gestion des migrations ne pouvait se limiter au seul contrôle des frontières. Elle devait également prendre en compte les vulnérabilités des personnes en déplacement, ainsi que leurs besoins en matière de protection et d’assistance.

Dans cette perspective, le ministère de l’Intérieur, à travers le Bureau de coordination nationale pour la migration, œuvre au renforcement de la coordination entre les institutions nationales, les services de sécurité, les autorités locales et les partenaires internationaux. Cette coordination constitue, selon lui, un élément indispensable pour améliorer la gestion des mouvements migratoires, identifier les situations de vulnérabilité et apporter des réponses adaptées, notamment aux besoins spécifiques des femmes et des enfants.

À cet égard, il a également rappelé l’importance de la coopération avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les organisations humanitaires et les acteurs de la société civile, dont la contribution demeure essentielle pour relever les défis liés à la migration.

Au terme des échanges, cette conférence a rappelé que la gouvernance migratoire ne pouvait être envisagée sous le seul angle du contrôle et de la sécurité. Elle nécessite une approche globale, fondée sur une meilleure connaissance des réalités du terrain, une coordination institutionnelle renforcée et une coopération étroite entre l’ensemble des acteurs concernés.

Mohamed Chakib