Sécheresses, inondations, chaleur extrême : face à des risques multiples et à des épisodes climatiques de plus en plus difficiles à anticiper, Djibouti veut renforcer sa capacité à détecter les menaces, à partager l’information et à déclencher rapidement la réponse. Un atelier national ouvert lundi à l’hôtel AYLA entend poser les bases d’un Système national de surveillance des risques (SNSR) et d’un dispositif d’alerte précoce intégré.

Comment savoir suffisamment tôt qu’un risque se prépare pour pouvoir agir avant qu’il ne devienne une catastrophe ? Telle était la question que les experts internationaux et les acteurs chargés de la gestion des risques et des catastrophes réunis le lundi 21 septembre dernier à l’hôtel Ayla devraient répondre pour mieux protéger la population contre les pluies diluviennes en perspectives dans la région de la Corne de l’Afrique. L’initiative est intervenue au cours d’un atelier organisé par le ministère de l’intérieur en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Agence chinoise de coopération internationale au développement et l’IGAD.

Placés sous le haut patronage du ministre de l’Intérieur M. Omar Abdi Saïd, les travaux portent sur la mise en place d’un Système national de surveillance des risques, ainsi que sur l’intégration d’une application dédiée aux alertes précoces en République de Djibouti.

La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs responsables nationaux et partenaires internationaux, parmi lesquels l’ambassadeur de la République populaire de Chine, M. Hu Bin, la représentante résidente du PNUD, Mme Alessandra Roccasalvo, le directeur du Programme de gestion des catastrophes de l’IGAD, Dr Ahmed Amdihun, le secrétaire exécutif chargé de la gestion des risques et des catastrophes M. Ahmed Mohamed Madar.

Le préfet de Djibouti-Ville, M. Abdi Hassan Ahmed, le directeur national par intérim de la Protection civile, le colonel Abdoulkader Abayazid Moussa, le directeur général de l’Agence nationale de la météorologie M. Mohamed Ismail Nour, ainsi que les membres du comité technique intersectoriel de gestion des catastrophes ont participé à cet atelier.

Le partage de l’information, en première ligne de défense

Dans la gestion d’une catastrophe, l’information peut être aussi décisive que les moyens matériels. Savoir qu’un phénomène se prépare ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir mesurer sa gravité, localiser les zones exposées, transmettre l’alerte et permettre aux autorités d’agir avant que la situation ne se dégrade. C’est précisément cette chaîne que Djibouti entend aujourd’hui renforcer.

À l’ouverture de l’atelier, le ministre de l’Intérieur a insisté sur la nécessité de disposer d’informations fiables, précises et accessibles dans les meilleurs délais. De la collecte des données à leur analyse, puis à leur transmission aux autorités et aux acteurs de la réponse, chaque maillon doit pouvoir fonctionner de manière coordonnée.

La logique est simple : détecter plus tôt pour décider plus vite. Car le territoire djiboutien demeure exposé à plusieurs aléas. Sécheresses, inondations et épisodes de chaleur extrême figurent parmi les principaux risques susceptibles d’affecter les populations, les infrastructures et les moyens de subsistance.

Dans un pays où les conditions climatiques peuvent rapidement devenir contraignantes, la capacité à anticiper n’est donc plus seulement une question technique. Elle touche directement à la protection des populations et à la continuité des activités essentielles.

Le ministre a d’ailleurs appelé à une vigilance particulière pour la période d’octobre à décembre 2026, au regard des perspectives climatiques annoncées et du contexte associé au phénomène El Niño, avec un risque de fortes précipitations. Une situation qui rappelle qu’une alerte n’a de sens que si elle arrive suffisamment tôt pour permettre une action.

Un dispositif intégré d’alerte précoce

Plusieurs institutions disposent déjà de mécanismes permettant de suivre les différents types de risques. Les données météorologiques, les informations relatives aux catastrophes et les dispositifs de protection civile constituent autant de pièces d’un dispositif qui existe déjà, mais dont l’efficacité peut encore être renforcée.

Le défi posé par ce nouvel atelier est précisément là : faire fonctionner ces pièces ensemble. L’objectif affiché est de mieux interconnecter les dispositifs existants et de renforcer la coordination entre les institutions concernées. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de produire davantage d’informations, mais de faire en sorte que celles-ci puissent être transformées rapidement en décisions opérationnelles.

Le futur système d’alerte précoce doit ainsi couvrir l’ensemble de la chaîne : observation, collecte, analyse, alerte, diffusion et réponse. Cette approche dite « de bout en bout » doit permettre de réduire les ruptures entre le moment où un risque est identifié et celui où les mesures de protection sont effectivement déclenchées.

C’est dans cette perspective que l’application dédiée aux alertes précoces prend toute son importance. Elle doit contribuer à faciliter la circulation de l’information et à rapprocher les données techniques de ceux qui ont la responsabilité de prendre les décisions.

Derrière les outils numériques, c’est donc une nouvelle manière de concevoir la gestion des risques qui se dessine : ne plus attendre que la catastrophe impose son rythme, mais chercher à prendre de vitesse le phénomène lorsqu’il est encore possible de limiter ses conséquences.

La coopération au cœur du dispositif

La construction d’un tel système repose également sur la coopération entre institutions et partenaires. Le ministre de l’Intérieur a salué à cet égard la coopération avec le Gouvernement de la République populaire de Chine et le PNUD, ainsi que l’appui technique du Centre de prévisions et d’applications climatologiques de l’IGAD. Cette collaboration associe ainsi expertise nationale, appui international et savoir-faire régional. Pour Djibouti, l’intérêt est également de pouvoir inscrire son dispositif national dans une dynamique plus large de prévention des catastrophes et d’échange d’informations. Les phénomènes climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières administratives : leur surveillance et leur prévision nécessitent souvent des données, des compétences et des mécanismes de coopération dépassant le cadre national.

Rappelons que dans un atelier consacré aux effets potentiels d’El Niño, organisé en amont les institutions concernées avaient alors travaillé à l’identification des mesures préventives et des mécanismes à mobiliser en cas de besoin.  Ce nouvel atelier s’inscrit dans cette continuité.

Trois jours pour identifier les étapes d’un Système National de Surveillance des Risques efficace

Pendant trois jours, les principaux acteurs nationaux de la gestion des risques sont appelés à confronter leurs expériences, à dresser un état des capacités existantes et à identifier des pistes concrètes pour la mise en place du Système national de surveillance des risques.

Dans cette architecture, chaque institution devra trouver sa place : météorologie pour l’observation et la prévision, protection civile pour la réponse, autorités territoriales pour la gestion de proximité, structures spécialisées pour l’analyse des risques et partenaires techniques pour l’appui et l’expertise.

C’est cette complémentarité qui doit permettre de construire un dispositif cohérent. Le ministre de l’Intérieur a ainsi appelé les participants à privilégier des échanges ouverts et constructifs afin de faire émerger des propositions concrètes en faveur du renforcement de la résilience de Djibouti.

Au fond, l’enjeu consiste à construire une culture nationale de l’anticipation, dans laquelle une information recueillie à temps devient une décision, une décision devient une action et une action permet, autant que possible, de protéger des vies, des infrastructures et des moyens de subsistance.

À l’heure où les risques climatiques imposent aux États de renforcer leurs capacités d’adaptation, Djibouti entend consolider ses capacités d’anticipation en vue d’agir avant que les intempéries ne se transforment en catastrophe.

RACHID BAYLEH