Au terme de trois journées intenses de réflexion et de concertation, le forum scientifique organisé par l’Institut IRICA au Sheraton Hôtel a clôturé ses travaux hier mercredi 28 octobre. Organisée à l’occasion du dixième anniversaire de l’institut, cette rencontre a réuni chercheurs, universitaires, experts, décideurs publics et acteurs de la société civile autour de thématiques au cœur des enjeux de développement de Djibouti. Durant ces trois jours, les participants ont ainsi exploré des questions liées à la santé, à l’environnement, à l’énergie, à l’éducation, à la gouvernance, à l’économie et à l’intelligence artificielle.

Au cours de séances précédentes, les participants et les chercheurs ainsi que les membres du gouvernement ont eu l’occasion d’adresser leurs interrogations sur des questions liés aux thèmes du forum. La ministre de la santé, Mme Mouna Osman Aden a répondu aux nombreuses questions- réponses portant sur les défis du système de santé national. À travers son intervention, elle a apporté des éclaircissements sur les préoccupations soulevées par les intervenants.  Dans le même esprit, le ministre de l’environnement et du développement durable, M. Mohamed Ahmed Awaleh, ainsi que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Dr Nabil Mohamed Ahmed, ont apporté des précisions relevant de leurs secteurs respectifs. Leurs contributions ont permis d’enrichir les échanges et de mieux comprendre les défis auxquels le pays est confronté.

Ensuite les participants ont suivi avec attention les séances de panelistes autour de deux grands thèmes, de l’environnement à l’énergie puis au développement humain. Les communications sur l’environnement ont porté sur la vulnérabilité climatique de Djibouti, la gestion territoriale des déchets, les déchets de soins et le tri des déchets ménagers. Le volet consacré à l’énergie a examiné l’impact des énergies renouvelables et non renouvelables sur le développement durable.

L’éducation a constitué l’autre axe important de cette première journée. Les interventions ont abordé les inégalités territoriales et la réussite au baccalauréat scientifique, la place des chants de travail dans l’éducation, la langue maternelle et l’enseignement des enfants à l’ère de l’intelligence artificielle, le plurilinguisme et la qualité des apprentissages. Ces échanges ont ouvert le panel consacré au développement humain, qui s’est poursuivi le mardi.

La deuxième journée a mis l’accent également sur le développement humain et la gouvernance. La matinée commence par le capital humain, avec des présentations sur le passage de l’université à l’entreprise, la performance des femmes et des hommes dans le secteur public à partir du cas du CHU de Djibouti ainsi que les immobilisations orthopédiques mal portées.

Le sous-panel consacré à la santé a réuni ensuite des sujets de santé publique très divers ; l’asthme chez les enfants suivis au Centre de Santé 2 de la CNSS, les connaissances et pratiques des mères face à la diarrhée infantile à Khor-Bourhan, l’infertilité masculine, la santé auditive et le vieillissement, ainsi que la prévalence du cancer du sein au CHU-Housseina. La matinée s’achève sur une réflexion autour de la coexistence entre médecine traditionnelle et médecine moderne, avant une discussion collective.

Le troisième panel a été consacré autour de la gouvernance, à l’État de droit, à la redevabilité et à la cohésion sociale. Les experts ont mis l’accent sur les liens entre la gouvernance, stabilité politique et sécurité en Afrique, l’épanouissement anthropologique à la construction du citoyen djiboutien et l’interdiction constitutionnelle des mutilations génitales féminines. Dans cette même dynamique l’avocat, Maitre Abdoulkader Hassan Mouhoumed a présenté une communication portant sur les enjeux du cadre juridique relatif à la protection des données personnelles, à la cybercriminalité et à la cybersécurité. Son intervention a suscité un vif intérêt auprès des participants notamment son analyse critique du cadre législatif récemment adopté dans ces domaines stratégiques.

Par ailleurs, Dr Amina Said Chire a compte elle présenté le thème “ de l’urbanisation et développement territorial à Djibouti” en passant par le Dr Mohamed Hassan Kamil qui a exposé les trois piliers de l’autorité coutumière afar ; “Sidiica Makkaaba”. 

Au cours de l’après-midi, les discussions se sont orientées vers les questions économiques et technologiques. Les spécialistes ont notamment mis l’accent sur le potentiel du tourisme comme levier de croissance et de diversification économique.

À ce titre, plusieurs intervenants ont rappelé que la position géostratégique de Djibouti, à l’entrée de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb, constitue un atout majeur susceptible de renforcer l’attractivité du pays sur les plans économique et touristique.

Par ailleurs, les échanges ont porté sur les enjeux de l’interconnexion entre Djibouti et l’Éthiopie, présentée comme un facteur clé de sécurité énergétique, de développement économique et d’intégration régionale. De même, l’intelligence artificielle a occupé une place importante dans les débats. Les experts ont souligné son potentiel en tant que moteur d’innovation, de diversification économique et de souveraineté numérique, tout en insistant sur la nécessité de renforcer les dispositifs de cybersécurité face aux défis émergents.

Enfin la cérémonie de clôture a été marquée par l’allocution de la présidente de l’IRICA, Mme Zahra Youssouf Kayad. Dans son discours, elle a salué l’engagement de l’ensemble des chercheurs, universitaires, panelistes, participants et membres du comité d’organisation qui ont contribué au succès de cet événement scientifique. Elle a également adressé ses remerciements à la directrice générale de la CNSS, Mme Deka Ahmed Robleh, pour l’appui apporté à l’organisation de ce forum.

Enfin, au-delà des travaux scientifiques présentés, cette rencontre a démontré l’importance de créer des passerelles durables entre le monde de la recherche et celui de la décision publique. Ainsi, à travers ces échanges multidisciplinaires, l’institutIRICA a réaffirmé sa volonté de faire de la connaissance scientifique un levier d’action au service du développement national. Cette dixième année d’existence marque ainsi une nouvelle étape dans la promotion du dialogue entre science, innovation et politiques publiques au bénéfice de la société djiboutienne .

SOUBER HASSAN