
À Ali-Sabieh, la gestion des déchets s’organise progressivement autour d’un dispositif qui associe service de proximité, participation citoyenne et implication des collectivités locales. Créée en 2019, l’Agence de la Voirie d’Ali-Sabieh (AVAS) s’est donné pour mission d’assurer la collecte des déchets ménagers et de contribuer à l’amélioration du cadre de vie dans le chef-lieu de la région. Une expérience qui prend aujourd’hui une nouvelle dimension, avec la volonté de dépasser le simple ramassage pour aller vers une gestion plus durable des déchets.

Dans une ville où la question de la propreté constitue un enjeu quotidien, l’AVAS a progressivement mis en place une organisation reposant sur plusieurs acteurs. Aux côtés de l’agence, les autorités régionales, les comités de quartiers et les habitants participent au fonctionnement du dispositif. Cette approche vise à rapprocher le service des ménages tout en faisant de la propreté une responsabilité collective.
L’évolution du système s’est notamment accélérée à partir d’août 2024, lorsque les autorités de la région, sous l’impulsion du préfet Abdoul-Malik Mohamed Banoïta et du président du Conseil régional, Charmake Hassan Allaleh, ont engagé une démarche destinée à renforcer le dialogue avec les différents comités de quartiers.
Ces rencontres ont permis de mettre autour de la même table les représentants de l’administration, les responsables locaux et les acteurs de terrain. Il s’agissait d’identifier les difficultés rencontrées, de faire le point sur le fonctionnement de la collecte et de rechercher des solutions adaptées aux réalités des quartiers.
Le choix d’une organisation de proximité constitue l’une des particularités du modèle développé à Ali-Sabieh. Le Conseil régional, à travers l’AVAS, entretient régulièrement des échanges avec les responsables des comités de quartiers. Ceux-ci permettent de suivre les besoins, de faire remonter les problèmes constatés sur le terrain et de sensibiliser les habitants.
Du matériel de nettoyage a également été mis à la disposition des comités. Pour la collecte des ordures ménagères, des véhicules tricycles, communément appelés « Bajaj », sillonnent les différents quartiers. La collecte est assurée du dimanche au jeudi, avec l’objectif de faciliter l’évacuation régulière des déchets et de limiter leur accumulation dans les espaces publics. Cette organisation répond à une préoccupation simple : rendre le service plus accessible aux habitants. Plutôt que de concentrer les opérations sur quelques points de collecte, le dispositif cherche à rapprocher les moyens des ménages et à instaurer une certaine régularité dans l’enlèvement des ordures.
La participation financière des habitants constitue un autre élément du système. Chaque ménage contribue à hauteur de 500 francs Djibouti par mois. Cette contribution participe aux dépenses nécessaires au fonctionnement du service, notamment le carburant, l’entretien des tricycles et la rémunération des personnes chargées de la collecte.
Le principe repose ainsi sur une forme de responsabilité partagée. La collectivité organise et encadre le service, les équipes assurent les opérations de terrain et les ménages contribuent à son fonctionnement tout en étant appelés à adopter des comportements favorables à la propreté de leur environnement. Selon l’AVAS, cette organisation a déjà permis de réduire sensiblement les dépôts sauvages et d’améliorer progressivement l’état de propreté de plusieurs quartiers. Mais cette amélioration ne saurait reposer uniquement sur les moyens matériels. Pour le directeur de l’agence, Ali Farah Djama, la prochaine étape est avant tout comportementale.
« Une fois le système de collecte progressivement installé, le principal défi est de faire évoluer les comportements et de renforcer la responsabilité citoyenne. Chaque habitant doit se sentir concerné par la propreté de sa ville et comprendre qu’il est un acteur de sa préservation », souligne-t-il.
Derrière cette déclaration se dessine une évolution de la conception même du service. L’objectif n’est plus seulement de retirer les déchets des rues, mais d’agir en amont sur leur production, leur dépôt et leur devenir.
De la collecte à la valorisation
Cette ambition conduit l’AVAS à réfléchir à une gestion plus complète des déchets, intégrant progressivement la prévention, le tri, le recyclage et la valorisation. Une évolution qui suppose de mieux connaître la nature et la quantité des déchets produits localement, mais également de disposer des compétences et des équipements nécessaires.
Dans cette perspective, l’agence bénéficie depuis plusieurs années de l’appui de partenaires techniques et financiers. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Conseil régional, la Préfecture, l’Ambassade de France, l’Agence djiboutienne de développement social (ADDS) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) figurent parmi les structures ayant accompagné, à différents niveaux, le développement du dispositif.
Leurs contributions portent notamment sur le renforcement des moyens matériels, le développement des compétences, l’organisation du service, la sensibilisation des populations et la réflexion autour des possibilités de valorisation des déchets. Cette ouverture aux partenariats a également permis à l’AVAS de bénéficier d’une expertise extérieure.
L’agence a notamment été accompagnée dans le cadre du programme Appui au développement et aux initiatives locales (ADIL), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France. Cet accompagnement visait à renforcer les capacités de l’agence et à améliorer la qualité du service rendu aux usagers. Un diagnostic du système existant ainsi qu’une stratégie de développement avaient notamment été élaborés au début de l’année 2023.
L’intérêt de cette démarche réside dans la volonté de partir des réalités locales pour construire un modèle adapté. La gestion des déchets ne peut en effet reposer sur la simple transposition de dispositifs conçus ailleurs. Elle nécessite de prendre en compte les habitudes de consommation, les caractéristiques des quartiers, les moyens disponibles et les possibilités de traitement. C’est dans cette logique que le partenariat avec Cyclad, service public intercommunal spécialisé dans la gestion des déchets en Charente-Maritime, a apporté une nouvelle dimension aux échanges. À la suite d’une visite d’études en France effectuée par le président du Conseil régional d’Ali-Sabieh, Charmake Hassan Allaleh, deux experts de Cyclad, Étienne Vitré et Gaëlle Merle, se sont rendus à Ali-Sabieh afin de partager leur expérience avec les équipes de l’AVAS.
La mission a notamment permis aux experts de rencontrer les principaux acteurs concernés par la gestion des déchets dans la ville. Les échanges ont porté sur l’organisation du service, les difficultés rencontrées mais aussi sur les possibilités d’amélioration.
Un travail particulier a été consacré à la caractérisation des déchets produits localement. Cette étape est essentielle pour déterminer leur composition et mieux identifier les possibilités de tri, de réutilisation ou de recyclage. Elle doit permettre de passer progressivement d’une approche centrée sur l’évacuation des déchets à une réflexion sur leur devenir.
La question du tri apparaît ainsi comme l’un des futurs chantiers de l’agence. Avant de pouvoir développer une véritable filière de valorisation, il est nécessaire de sensibiliser les ménages, d’adapter les équipements et d’organiser les différentes étapes de collecte et de traitement.
Un atelier réunissant les responsables des comités de quartiers a également permis de discuter de ces perspectives. Ces représentants occupent une position particulière dans le dispositif : proches des habitants, ils constituent des relais indispensables pour expliquer les règles de collecte, rappeler les horaires et encourager l’adoption de bonnes pratiques. Leur rôle ne se limite donc pas à accompagner les opérations de ramassage. Ils participent aussi à la construction d’une culture de propreté à l’échelle des quartiers.
Respecter les horaires de collecte, éviter de déposer les ordures dans les espaces publics, utiliser les équipements prévus et préserver les lieux communs sont autant de gestes qui conditionnent l’efficacité du dispositif. Sans cette adhésion des habitants, même les moyens matériels les plus importants risquent de produire des résultats limités.
Une expérience appelée à s’élargir
L’expérience d’Ali-Sabieh dépasse désormais le cadre du seul chef-lieu régional. Les pratiques développées par l’AVAS suscitent un intérêt auprès des autres collectivités de l’intérieur, confrontées elles aussi à la nécessité d’améliorer leurs systèmes de gestion des déchets.
Des échanges d’expériences ont ainsi été organisés avec les présidents des conseils régionaux et leurs collaborateurs. Ces rencontres, notamment sous l’égide de l’Association nationale des collectivités locales de Djibouti (ANCLD), permettent de confronter les expériences, de partager les difficultés et d’identifier les solutions pouvant être adaptées à différents contextes.
L’enjeu est d’autant plus important que les collectivités sont en première ligne face aux problématiques liées à la propreté urbaine. Elles doivent répondre aux besoins quotidiens des populations tout en recherchant des solutions compatibles avec leurs ressources et leurs capacités opérationnelles.
Dans ce contexte, l’AVAS constitue une expérience dont les enseignements peuvent alimenter la réflexion à l’échelle nationale. Son parcours montre notamment l’importance d’un système reposant sur la proximité, la régularité du service et l’implication des habitants.
Mais les prochaines étapes seront déterminantes. La consolidation de la collecte, l’amélioration des équipements, le renforcement des compétences et la sensibilisation devront aller de pair avec une réflexion plus ambitieuse sur le traitement des déchets.
Le passage vers le tri et la valorisation constitue à cet égard un chantier de long terme. Il implique de poursuivre les études engagées, de mieux connaître les volumes et la composition des déchets, mais aussi d’identifier les filières susceptibles d’être développées dans le contexte local.
La question environnementale s’ajoute ainsi à celle de la propreté. Réduire les dépôts sauvages et maintenir les rues propres répondent à une nécessité immédiate ; limiter la production de déchets, favoriser leur réutilisation et leur recyclage relèvent d’une vision plus durable.
À Ali-Sabieh, cette transition commence à prendre forme autour d’un principe : la gestion des déchets ne peut être l’affaire d’un seul service. Elle suppose une coordination entre les autorités, l’agence, les comités de quartiers, les ménages et les partenaires techniques.
Depuis sa création en 2019, l’AVAS a ainsi progressivement contribué à structurer un service de collecte qui rapproche les moyens des habitants. Aujourd’hui, son ambition est plus large : inscrire cette organisation dans une véritable politique locale de gestion durable des déchets.
L’expérience reste perfectible et les défis demeurent nombreux, notamment en matière de moyens, de comportements et de valorisation. Mais la dynamique engagée montre qu’une organisation adaptée au contexte local, soutenue par les collectivités et accompagnée par les partenaires, peut faire évoluer progressivement les pratiques.
À Ali-Sabieh, la propreté urbaine tend ainsi à devenir plus qu’une question de ramassage des ordures. Elle s’impose comme un enjeu collectif, à la croisée du service public, de la responsabilité citoyenne et de la protection de l’environnement.
Ali Ladieh









































