
Djibouti vient de franchir une nouvelle étape dans son ancrage au sein de l’architecture africaine des droits humains. La Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) a officiellement obtenu le statut d’institution affiliée auprès de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP), organe de l’Union africaine chargé de la promotion et de la protection des droits de l’Homme et des peuples sur le continent. Acquise à l’issue de la 89ᵉ session ordinaire de l’instance africaine, tenue à Dakar, cette reconnaissance élargit les possibilités d’action et de participation de la CNDH aux mécanismes régionaux de protection des droits humains, mais l’engage également à davantage de résultats, de transparence et de responsabilité.

La notification officielle, adressée à la CNDH par correspondance en date du 28 octobre dernier, vient consacrer une étape importante dans le parcours de cette institution nationale. Elle intervient à l’issue d’un processus d’évaluation au regard des critères définis par la Commission africaine pour l’octroi du statut d’affilié aux institutions nationales des droits de l’Homme.
Présidée par Ali Soubaneh Atteyeh, la Commission nationale des droits de l’Homme de Djibouti a ainsi satisfait aux exigences relatives à l’indépendance institutionnelle, à l’étendue de son mandat, à son fonctionnement effectif, à son accessibilité au public ainsi qu’au pluralisme de sa composition. Autant de critères qui s’inscrivent dans l’esprit des Principes de Paris des Nations unies, référence internationale en matière de garanties d’indépendance et de crédibilité des institutions nationales des droits de l’Homme.
La décision a été adoptée lors de la 89ᵉ session ordinaire de la CADHP, dont les travaux se sont déroulés en deux phases : une session en ligne, du 21 septembre au 1er octobre 2026, suivie d’une session en présentiel, organisée du 12 au 21 octobre à Dakar, au Sénégal.
La Commission nationale des droits de l’Homme de Djibouti figure parmi les deux institutions auxquelles la Commission africaine a accordé ce statut à l’occasion de cette session. Désormais enregistrée sous le numéro de référence 42, elle rejoint ainsi un cercle d’institutions nationales et spécialisées bénéficiant de cette reconnaissance continentale.
Au-delà de sa dimension institutionnelle, cette affiliation marque une nouvelle étape dans l’ouverture de la CNDH aux mécanismes africains de protection des droits fondamentaux. Elle vient renforcer son positionnement dans les espaces régionaux de concertation et lui offre un cadre supplémentaire pour inscrire ses actions dans une dynamique de coopération avec les institutions homologues du continent.
Un accès renforcé aux mécanismes continentaux
Concrètement, le statut d’affilié ouvre à la CNDH de nouvelles possibilités de participation aux travaux de la Commission africaine. Elle pourra être invitée à ses sessions et prendre part, sans droit de vote, aux délibérations portant sur les questions relevant de son domaine de compétence. Elle pourra également soumettre des propositions et développer des échanges avec les mécanismes spéciaux de la CADHP ainsi qu’avec les autres institutions nationales des droits de l’Homme du continent.
Cette participation constitue un levier supplémentaire pour faire connaître les réalités nationales, partager les expériences et contribuer aux réflexions africaines sur les défis liés à la protection des libertés fondamentales. À travers ses rapports, ses observations et ses contributions, la CNDH pourra notamment prendre part aux échanges sur la mise en œuvre de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et des autres instruments régionaux auxquels la République de Djibouti fait partie.
L’intérêt de cette ouverture réside également dans les perspectives de coopération qu’elle offre. Prévention des violations des droits humains, protection des personnes vulnérables, promotion des libertés fondamentales et renforcement de l’État de droit constituent autant de domaines dans lesquels le dialogue avec les institutions homologues peut favoriser le partage de bonnes pratiques et l’amélioration des approches nationales.
Au plan national, cette nouvelle dimension continentale peut aussi contribuer à rapprocher davantage les mécanismes de protection des droits humains des citoyens.
La CNDH dispose désormais d’un cadre élargi pour valoriser les instruments africains, sensibiliser les populations et renforcer les échanges avec les organisations de la société civile et les différents acteurs institutionnels.
L’enjeu est de faire de cette affiliation un outil au service d’une meilleure connaissance des droits fondamentaux et d’une protection plus effective sur l’ensemble du territoire.
Une reconnaissance assortie de responsabilités
L’accès à ce statut ne constitue toutefois pas une simple reconnaissance honorifique. Il s’accompagne d’engagements précis, conformément à la résolution 370 adoptée par la CADHP en 2017. Celle-ci prévoit notamment que les institutions bénéficiaires présentent à la Commission africaine un rapport sur leurs activités tous les deux ans. Le premier rapport de la CNDH est ainsi attendu en octobre 2028, selon le calendrier annoncé par l’institution. Cette obligation de rapportage traduit la volonté d’inscrire l’affiliation dans une relation suivie de coopération et de responsabilité. Elle implique pour la Commission djiboutienne de renforcer ses dispositifs de documentation, de suivi et d’évaluation, afin de rendre compte régulièrement des actions conduites dans le cadre de son mandat national.
La nouvelle reconnaissance place désormais la CNDH devant un double enjeu : consolider sa présence dans les instances africaines tout en donnant davantage de portée à son action sur le terrain.
L’accessibilité de ses services, la sensibilisation des citoyens, le traitement des requêtes relatives aux droits humains et le dialogue avec les institutions publiques et la société civile demeurent au cœur de cette mission
Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, la Commission nationale des droits de l’Homme a exprimé sa gratitude à la CADHP pour la confiance accordée. Elle a également réaffirmé son ambition de poursuivre la construction d’une institution toujours plus indépendante, crédible, accessible et efficace, au service de la dignité humaine et de la protection des droits fondamentaux de toutes les personnes vivant sur le territoire national.
RACHID BAYLEH











































