Un chercheur du LANAA suit, dans les conditions réelles de transport, la température, l’humidité, les vibrations et les chocs auxquels sont exposés les produits frais avant leur arrivée à Djibouti. L’objectif est de mieux comprendre le lien entre les conditions d’acheminement et la qualité des produits à destination.

Chaque jour, des fruits et légumes parcourent le corridor reliant l’Éthiopie à Djibouti avant d’être proposés aux consommateurs. Entre le lieu de chargement et les étals du marché, ces produits sont soumis à de nombreuses contraintes : variations de température, humidité, manutention, vibrations, chocs ou encore durée du trajet. Mais dans quelles conditions arrivent-ils réellement à destination ?

C’est à cette question que s’intéresse Houssein Ibrahim Hamadou, Responsable Qualité au Laboratoire National d’Analyses Alimentaires (LANAA) de Djibouti. Dans le cadre de son Master au Postharvest Science Laboratory de l’Université de Kyushu, au Japon, le chercheur conduit une étude consacrée aux conditions de transport post-récolte des fruits et légumes frais importés d’Éthiopie.

Réalisée dans le cadre du programme JICA SDGs Global Leader, cette recherche entend produire des données scientifiques sur les conditions réelles auxquelles les produits sont exposés pendant leur acheminement vers Djibouti. L’étude est menée directement sur le terrain, à bord des camions commerciaux, plutôt que dans des conditions reproduites uniquement en laboratoire.

Sur les traces des produits

Une mission de terrain a notamment été conduite en Éthiopie, à Adama, afin de suivre les différentes étapes précédant le départ des marchandises. Le tri des produits, leur manutention, le conditionnement dans des caisses en bois, la sélection des échantillons, les premières mesures et le chargement des camions ont ainsi été observés et documentés.

« Nous souhaitons comprendre les conditions auxquelles les fruits et légumes sont réellement exposés durant leur acheminement entre l’Éthiopie et Djibouti. Pour cela, il était important de réaliser les mesures directement sur le terrain et pendant le transport », explique Houssein Ibrahim Hamadou.

Pour suivre l’environnement à l’intérieur des camions, des enregistreurs de température et d’humidité relative ont été placés à différents niveaux du chargement : en haut, au milieu et en bas. Le dispositif doit permettre de déterminer si les produits sont exposés aux mêmes conditions selon leur position dans le camion. Des capteurs d’accélération complètent le dispositif afin d’enregistrer les vibrations et les chocs mécaniques subis pendant le trajet. Les équipements fonctionnent automatiquement et recueillent les données tout au long du transport.

« L’utilisation de ces capteurs nous permet de passer d’une simple observation des conditions de transport à des données mesurables. Nous pourrons ensuite mettre ces données en relation avec la qualité des produits observée à l’arrivée », précise le chercheur.

Du camion au marché

Le suivi se poursuit jusqu’à Djibouti. Pour assurer la continuité du protocole, le chercheur accompagne les camions transportant les produits. Cette présence permet notamment de surveiller les équipements installés dans les chargements et de récupérer les échantillons et les enregistreurs à l’arrivée. Les camions rejoignent ensuite la plateforme du marché de Riyad, où les produits sont déchargés. Les échantillons préalablement identifiés sont récupérés afin de procéder aux différentes évaluations post-transport.

Les chercheurs s’intéressent notamment à l’évolution de la masse des produits, à leur fermeté et à leur degré Brix, un indicateur de leur teneur en solides solubles. Ces mesures seront ensuite comparées aux données enregistrées durant le trajet. L’objectif est de déterminer s’il existe des relations entre les conditions de transport et l’état des produits à leur arrivée, mais également d’identifier d’éventuelles différences selon leur position dans le chargement.

L’étude prévoit par ailleurs de comparer différents itinéraires d’approvisionnement entre l’Éthiopie et Djibouti. La distance parcourue, la durée du transport, les conditions environnementales et les opérations logistiques peuvent varier d’un trajet à l’autre et modifier l’exposition des produits.

Des données pour améliorer la chaîne alimentaire

Les résultats de cette recherche pourraient apporter un éclairage nouveau sur une étape souvent peu documentée de la chaîne alimentaire : le transport entre le lieu de production et le marché de destination. Une meilleure connaissance des conditions rencontrées pendant le trajet pourrait notamment contribuer à identifier les pratiques susceptibles d’améliorer la manutention, la conservation de la qualité et le suivi des produits frais. À plus long terme, les données recueillies pourraient également alimenter la réflexion sur la réduction des pertes post-récolte et sur la surveillance des produits à leur entrée sur le marché national.

L’un des objectifs envisagés est ainsi de contribuer à l’élaboration d’un protocole de suivi des conditions de transport adapté aux réalités du corridor Éthiopie–Djibouti et aux besoins nationaux.

Pour le LANAA, cette étude constitue également une occasion de renforcer la connaissance scientifique d’une étape importante de la chaîne alimentaire, en amont de la commercialisation des produits.

Mais les conclusions devront attendre l’analyse complète des données. « Nous sommes actuellement dans une phase de collecte, d’organisation et d’analyse des données. Il est important de ne pas tirer de conclusions prématurées. Les résultats scientifiques nous permettront ensuite d’identifier les facteurs les plus importants et de proposer des recommandations adaptées aux réalités du corridor Éthiopie–Djibouti », souligne Houssein Ibrahim Hamadou.

Au-delà du travail académique, le chercheur entend ainsi valoriser les compétences acquises au Japon au service de problématiques concrètes à Djibouti.

« Mon objectif est que les connaissances et les compétences acquises au Japon puissent être mises au service du LANAA et de mon pays. Au-delà du travail académique, nous souhaitons que les résultats de cette recherche puissent contribuer à proposer des solutions pratiques adaptées aux conditions réelles de transport entre l’Éthiopie et Djibouti », affirme-t-il.

La prochaine étape sera consacrée à l’analyse approfondie des données recueillies. Elles permettront de caractériser scientifiquement les conditions rencontrées pendant le transport et, sur cette base, de formuler d’éventuelles recommandations pour améliorer le suivi des fruits et légumes tout au long de leur acheminement.

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