
Les États membres de l’Autorité intergouvernementale pour le Développement (IGAD), se sont réunis à Addis Abeba du 15 au 17 septembre dernier pour se préparer à affronter une nouvelle saison climatique à haut risque, en perspective. Dans cette région déjà fragilisée par les sécheresses, les inondations, les déplacements de populations et les crises humanitaires, l’organisation appelle à transformer les alertes climatiques en mesures concrètes.

Au cours d’une réunion tenue la semaine dernière à Addis-Abeba, les décideurs politiques des pays de l’IGAD ont placé l’anticipation et la coordination régionale au cœur de leurs discussions. L’objectif étant de renforcer leur dispositif d’anticipation afin de réduire, autant que possible, les conséquences humaines, économiques et environnementales susceptibles de découler d’un épisode d’El Niño potentiellement sévère qui se profile.
Dans une région régulièrement confrontée aux chocs climatiques et humanitaires, la perspective de précipitations supérieures à la normale appelle à une vigilance accrue. Car si des pluies abondantes peuvent contribuer à reconstituer les ressources en eau et améliorer les pâturages après plusieurs épisodes de sécheresse, leur intensité peut également provoquer des inondations, endommager les infrastructures, perturber les couloirs pastoraux et affecter les activités agricoles. L’enjeu de la rencontre d’Addis-Abeba était donc moins de prédire une catastrophe que de préparer les États à différents scénarios et, surtout, de réduire le temps séparant l’alerte de la réponse.
Djibouti plaide pour une anticipation renforcée
Le Secrétaire exécutif chargé de la gestion des risques et des catastrophes, Ahmed Mohamed Madar, qui représentait le ministre de l’Intérieur lors de la réunion ministérielle des pays de l’IGAD a, dans son intervention prononcée à cette occasion, insisté sur la nécessité de renforcer les capacités de préparation face à la combinaison des risques climatiques, des déplacements de populations et des tensions géopolitiques. « Notre ambition doit être claire : mieux anticiper, mieux préparer, mieux coordonner nos efforts et agir plus rapidement », a-t-il déclaré.
Une approche qui prend une dimension particulière pour Djibouti, placé au croisement de plusieurs dynamiques régionales. Le responsable djiboutien a notamment évoqué les conséquences des crises au Moyen-Orient et les perturbations affectant le détroit de Bab el-Mandeb, susceptibles de peser sur le commerce, les chaînes d’approvisionnement, l’énergie et l’acheminement de l’aide humanitaire.
Djibouti est directement exposé à ces évolutions. Depuis l’escalade du conflit au Yémen, le pays a notamment accueilli plus de 3 000 réfugiés yéménites, en particulier dans la région d’Obock. Cette situation illustre l’enchevêtrement des crises auxquelles les pays de la région doivent désormais répondre : aux aléas climatiques s’ajoutent les déplacements forcés et les conséquences des tensions géopolitiques.
Entre opportunité climatiqueet risque d’inondation
El Niño ne signifie pas automatiquement catastrophe. Dans des territoires éprouvés par la sécheresse, un apport pluviométrique supérieur à la normale peut constituer une ressource précieuse pour les populations et les activités pastorales. Mais cette amélioration potentielle des ressources en eau comporte son revers. Des précipitations trop intenses peuvent rapidement se transformer en facteur de vulnérabilité : inondations, déplacements de populations, dégâts aux infrastructures, pertes agricoles ou encore perturbation des itinéraires empruntés par les éleveurs et leurs troupeaux.
L’élevage figure parmi les secteurs particulièrement exposés. Les déplacements du bétail peuvent être perturbés tandis que les conditions favorables à la propagation de maladies animales transfrontalières peuvent se multiplier.
Face à ces risques, l’IGAD encourage les États membres à renforcer la surveillance sanitaire, la vaccination ainsi que la gestion des ressources en eau et des pâturages.
Les leçons tirées des précédents épisodes
La prudence affichée par l’organisation régionale s’appuie également sur l’expérience. Les épisodes d’El Niño de 1997-1998, 2015-2016 et 2023-2024 ont notamment été associés à de fortes précipitations, des inondations, des déplacements de populations ainsi qu’à des pertes agricoles et pastorales. Ces précédents constituent autant de signaux invitant les États à ne pas attendre la matérialisation des risques pour intervenir. L’IGAD recommande ainsi l’actualisation des plans d’urgence, le renforcement des systèmes d’alerte précoce et le pré-positionnement des fournitures essentielles. La protection des infrastructures critiques, notamment les écoles et les centres de santé, figure également parmi les priorités identifiées.
Le temps de l’action
À Addis-Abeba, le message porté par l’IGAD est donc celui d’une action anticipatoire renforcée. Les États membres sont encouragés à accroître les financements consacrés à la préparation et à intégrer davantage les risques de catastrophe dans leurs politiques publiques et leurs investissements. L’organisation appelle parallèlement les partenaires au développement et les bailleurs de fonds à soutenir les programmes de résilience et à favoriser le partage rapide des données climatiques.
Dans cette partie de l’Afrique où les mouvements de populations, les ressources naturelles, les risques sanitaires et les crises environnementales ignorent les frontières nationales, la réponse ne peut être uniquement nationale.
À quelques semaines de l’entrée dans la saison des pluies d’octobre à décembre, l’heure est désormais à la transformation des données climatiques, des systèmes d’alerte et des recommandations formulées à Addis-Abeba en actions opérationnelles. Car face à El Niño, l’alerte ne vaut que par la capacité à agir avant que le risque ne se transforme en crise humanitaire d’envergure.
RACHID BAYLEH










































