Un atelier technique national consacré au développement de la Prévision basée sur les actions (Action-Based Forecasting – ABF) se tient au Delight premium hôtel à Djibouti, réunissant des experts et représentants de plusieurs secteurs. La rencontre vise à renforcer le lien entre les prévisions météorologiques, les impacts potentiels des phénomènes dangereux et les mesures à prendre en amont pour mieux protéger les populations.Présidé par le Directeur général de l’Agence Nationale de Météorologie (ANM), M. Mohamed Ismaël Nour, en collaboration avec le Secrétariat exécutif de la gestion des risques et des catastrophes (SEGRC), cet atelier de trois jours bénéficie de l’appui technique et financier du programme WISER ActionFirst™, de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), du UK Met Office et du Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO).

Les phénomènes météorologiques et climatiques constituent un enjeu majeur pour Djibouti. Crues soudaines, fortes pluies, sécheresses, vents violents, épisodes de vent de sable, vagues de chaleur ou encore aléas côtiers et marins peuvent affecter les populations, les infrastructures, les moyens de subsistance et les services essentiels.

Dans ce contexte, le renforcement des systèmes d’alerte précoce constitue une priorité. L’objectif n’est plus seulement de prévoir l’arrivée d’un phénomène météorologique, mais également d’anticiper ses conséquences possibles et de déterminer, suffisamment à l’avance, les mesures appropriées.

C’est précisément le principe de la Prévision basée sur les actions (ABF). Une prévision météorologique ne prend toute sa valeur opérationnelle que lorsqu’elle permet aux autorités et aux acteurs concernés de comprendre ce que le phénomène annoncé pourrait provoquer et de savoir quelles mesures prendre.

Ainsi, de fortes précipitations peuvent provoquer des ruissellements ou des inondations dans certaines zones. Une période de chaleur extrême peut entraîner des risques sanitaires, tandis que des vents violents peuvent perturber certaines activités ou endommager des infrastructures. L’approche ABF consiste donc à établir un lien entre l’aléa, les impacts potentiels et les actions anticipatoires.

En effet, l’Agence Nationale de Météorologie a réalisé des progrès dans l’amélioration des prévisions météorologiques et des services d’alerte précoce. Toutefois, la transformation de ces informations techniques en décisions opérationnelles demeure un enjeu important pour les différents acteurs de la gestion des risques.

L’un des principaux objectifs de l’atelier est ainsi d’élaborer des tableaux aléa-impact adaptés au contexte djiboutien. Ces outils doivent permettre de mettre en relation les différents niveaux de risque avec leurs conséquences potentielles et les mesures à prendre. Ainsi les participants travaillent notamment sur les précipitations, la température, les vagues de chaleur, les vents et les sécheresses, afin d’identifier les seuils d’alerte pertinents et de définir les actions correspondantes. Les outils méthodologiques développés par l’OMM constituent une référence pour ces travaux. Leur adaptation au contexte national doit cependant tenir compte des caractéristiques climatiques de Djibouti, des vulnérabilités des populations, de l’organisation institutionnelle et des réalités socio-économiques du pays.

Par ailleurs; la réussite de cette approche repose sur une collaboration étroite entre les différents acteurs de la chaîne de gestion des risques. L’atelier réunit ainsi des spécialistes de la météorologie, de la gestion des risques et des catastrophes, des institutions publiques, des secteurs essentiels, des organisations humanitaires, des médias, des représentants communautaires et d’autres parties prenantes.

Cette démarche de coproduction permet de confronter l’expertise météorologique aux réalités du terrain. Elle vise également à clarifier les responsabilités de chaque acteur, les mécanismes de coordination et les modalités de transmission des alertes.

De ce fait, les travaux portent notamment sur les protocoles de communication et les procédures à suivre lorsque certains seuils de risque sont atteints. L’objectif est de parvenir progressivement à un cadre commun permettant aux institutions concernées de prendre des mesures coordonnées avant qu’un phénomène dangereux ne produise ses effets.

Les travaux doivent également aboutir à l’élaboration de procédures opérationnelles normalisées (SOP) interinstitutionnelles provisoires. Ces documents préciseront notamment les rôles et responsabilités des institutions, les mécanismes de coordination, les protocoles de communication et les processus de décision dans le cadre de la prévision basée sur les actions.

À l’issue de l’atelier, une feuille de route devra permettre de poursuivre l’affinement et la validation des tableaux aléa-impact et des procédures élaborées. Des consultations techniques nationales et infranationales seront nécessaires afin d’adapter les outils aux réalités des différentes zones du pays. Une attention particulière est également accordée aux personnes et aux groupes les plus exposés aux conséquences des phénomènes météorologiques.

Les principes liés au Genre, au Handicap et à l’Inclusion Sociale (GEDSI) sont intégrés aux travaux afin que les futurs mécanismes d’alerte soient accessibles, compréhensibles et adaptés aux besoins des différentes catégories de la population. Cette orientation rejoint l’initiative « Alertes précoces pour tous » (EW4All), qui vise à renforcer l’accès des populations à des systèmes d’alerte permettant une action rapide face aux risques.

Le directeur de la météorologie appelle à des solutions adaptées au contexte national.

Dans son discours d’ouverture, le Directeur général de l’ANM, M. Mohamed Ismaël Nour, a rappelé l’exposition de Djibouti à plusieurs aléas météorologiques et climatiques, notamment les fortes pluies, les crues soudaines, la chaleur extrême, les sécheresses et les vents violents. Il a insisté sur la nécessité de transformer les informations météorologiques en décisions éclairées et en actions anticipatoires concrètes, afin de permettre aux autorités, aux services concernés et aux communautés de mieux se préparer et de réduire les risques. Durant les trois journées de l’atelier, les participants sont appelés à élaborer des tableaux aléa-impact, à définir des actions anticipatoires et à préparer des procédures opérationnelles précisant les responsabilités, les mécanismes de communication et les modalités de prise de décision. Le directeur a également souligné l’importance d’une collaboration étroite entre l’ANM, le SEGRC, la Protection civile, les institutions sectorielles et les communautés.

Passer de la connaissance des risques à l’action

Pour sa part, l’ingénieur prévisionniste M. Liban Ali Sougueh a expliqué que l’atelier s’inscrit dans la continuité des activités du programme WISER ActionFirst™. Il a rappelé qu’un premier atelier de coproduction avait permis d’identifier et de prioriser les principaux aléas auxquels le pays est exposé. Ce deuxième atelier technique de trois jours est consacré à la mise en place de seuils d’alerte et d’actions anticipatoires pour plusieurs risques, notamment les inondations, les vagues de chaleur, les températures extrêmes et les sécheresses. Il a précisé que l’ensemble des secteurs concernés participe à cet exercice afin de travailler collectivement sur les matrices aléa-impact, les différents niveaux d’alerte, leurs conséquences potentielles ainsi que les mesures à mettre en œuvre pour chaque niveau de risque. L’objectif, a-t-il souligné, est désormais de passer de l’identification et de la priorisation des risques à la définition d’actions anticipatoires concrètes, permettant aux différents secteurs de mieux se préparer et d’intervenir avant que les phénomènes dangereux ne produisent leurs effets.

À travers cette démarche, Djibouti poursuit ainsi le renforcement de son système d’alerte précoce en rapprochant la prévision météorologique, l’analyse des impacts et la prise de décision. L’ambition est de disposer progressivement d’outils et de procédures permettant aux institutions et aux communautés d’agir plus tôt, de manière coordonnée et adaptée aux risques auxquels le pays est exposé.

Zouhour Abdillahi