
À l’état civil, elle s’appelle Souad Ahmed Ali. Mais dans les rues de la capitale comme dans les régions, un autre prénom a fini par s’imposer : Amira. Un prénom désormais associé à une voix, à un sourire, à une manière bien à elle d’aller à la rencontre des autres. Fonctionnaire le jour, animatrice et figure médiatique le soir, cette jeune femme a construit son parcours loin des sentiers balisés. Sans école de journalisme, sans formation d’animatrice, mais avec une bonne dose d’audace, beaucoup de travail et surtout une formidable capacité à apprendre.
Derrière le personnage public se cache d’abord une femme attachée aux siens. Née et élevée à Djibouti, Amira grandit au sein d’une fratrie de quatre enfants, où elle se forge très tôt un caractère à la fois attentif et déterminé. Elle est aujourd’hui une maman comblée par son fils Kenzi, 9 ans, qu’elle présente volontiers comme sa plus grande fierté. Une vie familiale qui constitue son premier ancrage, loin de l’agitation des studios et des projecteurs. Son histoire commence sur les bancs de l’école primaire du Stade, se poursuit au collège Hayad Saïd et trouve un premier aboutissement au Lycée Industriel et Commercial. Elle y décroche un Bac professionnel en Logistique et Transport. Rien, à ce moment-là, ne laisse présager qu’elle deviendra l’une des voix les plus reconnaissables de l’animation médiatique locale.
En 2016, à tout juste 20 ans, elle franchit les portes du ministère de la Communication, des Postes et des Télécommunications. Dix ans plus tard, elle y exerce toujours, comme assistante à la Direction du Service administratif et financier. Dans cet univers professionnel, ceux qui travaillent à ses côtés découvrent une femme sérieuse, discrète et organisée. Une collaboratrice efficace qui accomplit ses missions avec rigueur.
Mais derrière cette apparente discrétion sommeille une personnalité qui ne demande qu’à s’exprimer.
Le micro comme révélation
Le tournant intervient en 2018. Djib-Live lui propose alors de prendre le micro. Elle accepte sans véritable expérience dans l’animation et sans formation particulière. Là où certains auraient hésité, Amira voit une occasion. Elle apprend donc en faisant. Elle observe, écoute, expérimente, corrige et recommence. Son école, ce sont les plateaux, les rencontres et le public. Sa méthode repose sur l’auto-formation. Et son principal outil, elle l’avait déjà : une voix chaleureuse et une proximité naturelle avec les gens.
Très vite, quelque chose fonctionne.
Face à la caméra, Amira ne cherche pas à jouer un personnage. Elle reste elle-même. Elle pose ses questions avec spontanéité, crée une atmosphère détendue et parvient à mettre ses invités à l’aise. Son plateau devient progressivement un rendez-vous recherché.
Les artistes djiboutiens défilent devant son micro : Jago, Ikram Mahabe, Guessod Abdo Hamarqodh, Habad Holad, Maslah Mideyeh… Puis son audience s’élargit. Elle reçoit des figures régionales comme Salah Sanag et Mohamed Mame, des stars du web comme King CK, suivi par plus d’un million d’abonnés, mais aussi des artistes de renommée internationale, à l’image du chanteur français de zouk Slaï.
Cette diversité témoigne de l’évolution d’Amira : elle n’est plus seulement une animatrice. Elle devient progressivement un visage de la scène médiatique djiboutienne.
Une femme qui préfère la rue aux studios
Ce qui distingue peut-être le plus Amira, c’est son rapport au public. Elle ne se contente pas de recevoir ses invités dans le confort d’un studio. Elle descend dans la rue.
Le micro-trottoir est devenu l’un de ses terrains de prédilection. Il lui suffit de s’installer quelque part pour que les passants s’approchent, que les curieux se regroupent et que l’ambiance s’installe. Sa force réside précisément dans cette capacité à transformer une rencontre ordinaire en moment de télévision.
Elle n’hésite pas non plus à jouer avec les codes du divertissement. Caméras cachées, plaisanteries, réactions spontanées : Amira assume un registre populaire qui lui permet de rester proche de son public.
Son audace dépasse même parfois le cadre de l’animation. Lorsqu’elle reprend « A xorobo cashaqu », titre de la regrettée Habiba Balbalaf, la vidéo connaît un véritable succès sur les réseaux sociaux. L’exercice révèle une autre facette de la jeune femme : celle d’une artiste qui n’a pas peur d’essayer, même lorsqu’elle sort de son domaine habituel. Cette audace est devenue sa signature.
Du divertissement à la représentation
Avec le temps, la reconnaissance dépasse le seul univers du divertissement. Amira est désormais sollicitée pour des événements institutionnels et professionnels.
Des ambassadeurs, notamment ceux de France et d’Égypte, acceptent de répondre à ses questions lorsqu’il s’agit d’évoquer la coopération culturelle. Des entreprises privées et parapubliques font également appel à elle pour animer leurs conférences et leurs événements. Cette évolution raconte beaucoup du chemin parcouru.
Celle qui avait commencé avec un micro sans diplôme de journalisme est devenue une professionnelle recherchée de l’animation. Elle a appris son métier sur le terrain et a construit sa crédibilité au fil des rencontres.
Son regard sur son pays accompagne naturellement cette trajectoire. Amira se veut attentive aux transformations de Djibouti, à la modernisation des quartiers, à l’évolution des pratiques culturelles et surtout à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes qui utilisent les réseaux sociaux pour se faire connaître. Elle regarde cette transformation avec optimisme. Son enthousiasme pour l’avenir du pays se résume dans une formule qu’elle aime répéter : « Djibouti sera la Rome de l’Afrique de l’Est ».
Une conviction qui dépasse le simple slogan. Pour elle, le développement d’un pays passe aussi par la confiance que sa jeunesse place dans ses propres capacités.
C’est d’ailleurs le message qu’elle adresse à ceux qui la suivent et qui rêvent, eux aussi, de se faire une place : « Ne patientez pas. Créez-vous vos propres opportunités. Travaillez.»
Trois phrases courtes qui résument finalement son propre parcours.
Amira n’a pas attendu que les circonstances lui ouvrent toutes les portes. Elle en a poussé une, puis une autre. Elle a commencé comme fonctionnaire, s’est aventurée dans l’animation, s’est formée elle-même et a fini par faire de sa voix un véritable outil professionnel.
Aujourd’hui, elle continue de partager son temps entre les dossiers administratifs et les plateaux, entre la rigueur du bureau et la spontanéité du micro-trottoir, entre sa vie de maman et celle de femme médiatique.
Elle aurait pu choisir entre ces deux univers.
Elle a choisi de ne pas choisir.
Et c’est peut-être là que réside le véritable secret d’Amira : avoir compris que l’on peut être à la fois discrète et populaire, fonctionnaire et entrepreneure, maman et femme de médias, sans renoncer à aucune de ses identités.
À Djibouti, sa voix est désormais familière. Et derrière cette voix, il y a une histoire de volonté, d’audace et de travail. Une histoire qui, finalement, ressemble beaucoup à celle d’une génération qui refuse d’attendre son tour.
Djibril Abdi Ali










































