
Dans le village agricole d’Assamo, dans la région d’Ali-Sabieh, les effets du changement climatique ne relèvent plus de la seule préoccupation environnementale. Ils se manifestent au quotidien dans les champs, les points d’eau et les activités des agriculteurs et des éleveurs. C’est dans ce contexte qu’une mission de parlementaires, accompagnée de responsables du ministère chargé de l’Environnement, d’élus locaux et de représentants de la société civile, s’est rendue dimanche dernier dans cette localité pour un atelier d’information et de sensibilisation consacré aux enjeux climatiques et à la transition énergétique.

La rencontre a réuni des parlementaires, des responsables administratifs, des agriculteurs, des chefs coutumiers, des représentants d’associations, des jeunes, des femmes actives ainsi que plusieurs acteurs de la société civile. L’objectif était de rapprocher les réflexions nationales sur le financement climatique des réalités vécues par les communautés rurales.
Cette démarche s’inscrit dans le cadre du projet « Parlementaires pour la Finance Climat » (PCF), financé par le Fonds vert pour le climat et mis en œuvre par l’ONUDI en partenariat avec Climate Parliament. Ce second dialogue national vise notamment à accompagner les parlementaires djiboutiens dans la mobilisation d’investissements en faveur de projets verts.
Le choix d’Assamo n’est pas fortuit. La localité illustre plusieurs des difficultés auxquelles sont confrontées les communautés rurales : faible pluviométrie, disponibilité limitée de l’eau et vulnérabilité des activités agricoles et pastorales. L’atelier a ainsi permis d’engager un dialogue direct avec les populations sur la valorisation durable des terres et des ressources locales.
L’eau, une préoccupation majeure
Sur les surfaces agricoles d’Assamo, les conséquences du déficit hydrique sont visibles. Les puits et les forages ne disposent pas toujours de ressources suffisantes pour assurer l’arrosage des cultures. Les manguiers, goyaviers, citronniers et autres plantations portent les signes du manque d’eau, tandis que l’assèchement progressif de certaines zones accentue les difficultés des cultivateurs.
Cette situation a été au cœur des échanges. Le député Abdo Sikieh Dirieh a notamment évoqué la question de l’extraction du sable destiné aux chantiers de la capitale. Selon lui, la concentration de cette activité dans la région d’Ali-Sabieh contribue à fragiliser les ressources en eau et à accélérer le tarissement de certains puits traditionnels et forages.
Un ancien responsable du ministère de l’Agriculture a, de son côté, rappelé avoir travaillé sur un programme dénommé Aïdallou-Assamo, qui prévoyait notamment la réalisation de petits barrages destinés à améliorer la retenue des eaux et à renforcer les ressources disponibles pour les agriculteurs. Il a également salué les efforts déployés par les cultivateurs d’Assamo pour maintenir et développer leur production malgré les contraintes auxquelles ils sont confrontés.
Le directeur au ministère chargé de l’Environnement, Abdoulkader Oudoum Abdallah, a pour sa part rappelé que le déficit pluviométrique affecte aussi bien les agriculteurs que les éleveurs. Il a évoqué les prévisions météorologiques annonçant d’éventuelles fortes précipitations au cours du mois d’octobre, soulignant que des pluies intenses peuvent elles aussi représenter un risque pour les populations rurales, les cultures et les troupeaux.
Financer la transition au plus près des territoires
Au-delà du constat, les échanges d’Assamo ont porté sur les moyens de financer et d’accompagner la transition énergétique et écologique. Le projet PCF prévoit notamment de faire valider la stratégie nationale de financement climatique ainsi qu’un portefeuille de projets prioritaires susceptibles de mobiliser des financements publics, privés et internationaux.
L’enjeu est également d’associer les autorités régionales, les chefs coutumiers, les élus locaux et les représentants des associations, notamment féminines, à la définition des priorités de la future Zone d’Énergie Verte d’Assamo.
Les discussions doivent permettre d’identifier les besoins de la communauté et de les intégrer à la feuille de route de suivi. Elles visent également à faire émerger des opportunités de partenariat et d’investissement dans les secteurs verts, tout en renforçant le rôle des parlementaires dans la promotion des initiatives liées à la transition énergétique.
À l’échelle nationale, cette démarche intervient alors que Djibouti doit composer avec une forte aridité, une variabilité climatique importante et la vulnérabilité particulière des populations rurales et nomades.
Dans le cadre de sa Contribution déterminée au niveau national renforcée en novembre 2025, le pays a relevé son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % à 65 %. À Assamo, ces orientations prennent une dimension très concrète.
Derrière les stratégies de financement et les projets d’énergie verte se trouvent des agriculteurs confrontés chaque jour à la disponibilité de l’eau, des éleveurs dépendants des ressources naturelles et une communauté qui cherche à préserver ses terres.
L’atelier s’est achevé par des invocations formulées par les chefs coutumiers et les oulémas, exprimant notamment l’espoir de pluies bénéfiques et régulières pour les populations et leurs activités.
Ali Ladieh










































