La 7ème Mission économique de la Francophonie, ouverte à Djibouti du 6 au 8 octobre, ne se résume pas aux chiffres d’une importante mobilisation internationale. Elle se mesure aussi à travers les attentes, les ambitions et les projets de celles et ceux qui prennent part aux échanges. Entrepreneurs djiboutiens, acteurs du secteur privé, innovateurs et femmes entrepreneures venus de différents horizons y voient une occasion de créer des passerelles, de confronter les expériences et surtout de transformer les rencontres en opportunités concrètes. De la santé à la logistique, du numérique aux produits locaux en passant par l’économie verte et l’entrepreneuriat féminin, les témoignages recueillis en marge de cette mission dessinent une même conviction : le rapprochement des acteurs économiques de l’espace francophone peut favoriser l’émergence de nouveaux partenariats et donner davantage de visibilité aux initiatives locales. Pour les entrepreneurs djiboutiens, cette rencontre constitue également une vitrine pour présenter leur savoir-faire, attirer des investisseurs et explorer de nouveaux marchés. Pour les participants étrangers, elle offre un accès privilégié à un environnement économique régional en pleine évolution. Voici les regards croisés de cinq participants, leurs réactions démontrent enthousiasme, innovation et volonté de construire des collaborations durables.

Faiza Ibrahim Aden  :  « Une occasion de faire connaître nos produits et notre savoir-faire »

Pour Mme Faiza Ibrahim Aden, représentante des Pharmacies vertes, la participation à cette septième Mission économique de la Francophonie constitue à la fois un honneur et une opportunité. Elle souligne la richesse d’un rendez-vous qui rassemble plusieurs centaines de décideurs, chefs d’entreprise et investisseurs issus de l’espace francophone. La présence des Pharmacies vertes prend tout son sens dans l’un des cinq secteurs prioritaires de la mission : la santé. Le réseau, qui regroupe des pharmacies djiboutiennes, œuvre notamment pour améliorer l’accessibilité aux soins, renforcer la prévention sanitaire et accompagner les patients à travers des services pharmaceutiques de proximité. Au-delà de la présentation de ses produits, Mme Faiza Ibrahim Aden voit dans cette rencontre un espace privilégié pour échanger avec d’autres entrepreneurs et découvrir de nouvelles idées. Elle se réjouit également de voir Djibouti accueillir une manifestation d’une telle envergure et souligne l’importance de la présence de nombreux entrepreneurs, partenaires financiers et investisseurs étrangers.

Sanaa Rafeh Alawar : « L’autonomisation économique est une clé pour bâtir des communautés plus fortes »

Entrepreneuse libanaise et fondatrice de Mom’s Recipe, Mme Sanaa Rafeh Alawar participe à la mission avec une ambition qui dépasse la seule dimension commerciale. Son projet repose sur la production, la transformation et la commercialisation de produits alimentaires traditionnels, à travers une entreprise coopérative portée par des femmes rurales. Pour elle, l’entrepreneuriat constitue avant tout un levier d’émancipation. Son ambition est de permettre aux femmes et aux jeunes des zones rurales de valoriser leur savoir-faire, de créer leurs propres activités et de construire leur avenir à partir de leurs compétences. La mission économique représente ainsi une occasion de rencontrer des acteurs issus de secteurs aussi variés que le tourisme, l’économie, le numérique ou les énergies renouvelables. Elle y voit un espace de dialogue susceptible de favoriser de nouvelles collaborations et de faire connaître une démarche fondée sur l’emploi, l’entrepreneuriat local et la préservation des traditions. À travers Mom’s Recipe, elle défend une vision dans laquelle développement économique et valorisation du patrimoine culturel peuvent avancer ensemble.

Abdirazak  Waberi : « Je veux démontrer le potentiel d’une innovation développée par un entrepreneur djiboutien »

Entrepreneur djibouto-canadien et fondateur de Waberi Cyber & Automation, Abdirazak Waberi revient à Djibouti avec un projet résolument tourné vers l’innovation. Après une première participation au forum consacré à l’intelligence artificielle, il retrouve cette fois la communauté entrepreneuriale réunie dans le cadre de la Mission économique de la Francophonie. Son objectif est clair : profiter de ces rencontres pour présenter son innovation et nouer des contacts avec de potentiels investisseurs. Il a notamment développé Bouho IA, une plateforme d’intelligence artificielle capable de communiquer en cinq langues : le français, l’anglais, l’arabe, l’afar et le somali. Une innovation dont la conception a nécessité près de deux années de travail et qui entend répondre à la diversité linguistique du pays. Pour cet entrepreneur, la mission constitue donc une véritable vitrine. Au-delà de la présentation technique de son projet, il souhaite montrer qu’une innovation conçue par un entrepreneur djiboutien peut trouver sa place dans un environnement économique ouvert aux nouvelles technologies.

Koulmiye Elmi Samatar : « Les échanges ouvrent la voie à de nouvelles collaborations »

Représentant de Global Cargo Logistics, Koulmiye Elmi Samatar insiste pour sa part sur la dimension collective de la rencontre. La présence d’entrepreneurs venus de plusieurs pays de l’espace francophone constitue, selon lui, un signal encourageant pour le secteur privé djiboutien. Dans un domaine directement lié à la vocation régionale de Djibouti, il considère les échanges prévus durant les trois jours comme une occasion de rapprocher les entreprises nationales de leurs homologues internationales.

Les rencontres entre entrepreneurs, investisseurs et partenaires doivent permettre, estime-t-il, de partager les expériences, d’identifier des complémentarités et de faire émerger de nouvelles opportunités d’affaires.

Il salue également la présence du Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, et de la Première Dame, présidente de l’UNFD, Mme Kadra Mahamoud Haid, à l’ouverture de l’événement, ainsi que le travail des organisateurs.

Salma Hassan Mohamed : « Faire connaître le savoir-faire local au-delà de nos frontières »

Fondatrice de Kaizen Tote Bagz, Salma Hassan Mohamed porte une initiative à la croisée de la création, de l’économie locale et de la protection de l’environnement. Son entreprise propose des sacs réutilisables fabriqués à Djibouti à partir de matériaux durables, avec des designs inspirés de la culture nationale.

À travers ses produits, elle entend démontrer qu’une production locale peut conjuguer créativité, identité culturelle et responsabilité environnementale.

Sa participation à la Mission économique de la Francophonie représente ainsi une occasion de donner davantage de visibilité à son entreprise et de présenter le savoir-faire local à des acteurs venus de différents horizons.

Elle espère surtout que les échanges permettront d’ouvrir de nouvelles perspectives pour les entrepreneurs djiboutiens, notamment à travers des partenariats et l’accès à de nouveaux marchés. Pour elle, cette mission constitue un encouragement à poursuivre les efforts engagés et à faire connaître davantage les produits conçus localement.

Propos recueillis par Souber Hassan