Né au Koweït, grandi aux Émirats arabes unis et formé aux États-Unis, Mohamed Abdillahi Youssouf, alias Mo Yusuf, est un Djiboutien passionné du 7ᵉ art.  De l’Amérique à l’Europe, en passant par le monde arabe, il s’est forgé, au fil de plus de deux décennies, une expérience singulière dans cet univers peu exploité par les siens. Tantôt scénariste, tantôt comédien, il évolue à la croisée du cinéma, de la télévision et des plateformes numériques, avec des projets associés à des acteurs majeurs du secteur tels que Netflix, Abu Dhabi TV, MBC et Shahid.

Dans le monde du cinéma et du divertissement, il y a ceux qui écrivent des histoires, ceux qui les produisent, ceux qui savent les vendre. Et puis, il y a ceux qui comprennent suffisamment bien ces différents métiers pour créer des passerelles entre eux.

Mohamed Abdillahi Youssouf, que ses collègues du 7ᵉ art connaissent sous le nom de Mo Yusuf, appartient à cette dernière catégorie.

Fils d’un entrepreneur, Mohamed est né au Koweït, où ses parents séjournaient pour des raisons professionnelles. Il grandit toutefois aux Émirats arabes unis, où il effectue ses études primaires et secondaires, avant de s’envoler pour les États-Unis pour ses études universitaires.

C’est à cette période que l’artiste qui sommeillait en lui commence à s’exprimer. Il s’essaie d’abord à la comédie, puis se tourne progressivement vers l’écriture et la création. Il commence à imaginer et à rédiger, en arabe comme en anglais, des scénarios de films et de séries télévisées. Ses histoires attirent rapidement l’attention de producteurs.

Depuis, il a construit une carrière qui s’étend des États-Unis à l’Europe, en passant par la région MENA. Au fil des années, son parcours s’est enrichi d’une double dimension, à la fois créative et stratégique.

Aux côtés de producteurs, diffuseurs, plateformes, dirigeants et talents, il apprend à décrypter les marchés, les publics, les mécanismes de financement, la distribution, les évolutions technologiques et les stratégies des plateformes.

C’est à cette intersection entre création et industrie qu’il a progressivement construit son identité professionnelle.

De la création à la stratégie

Mo Yusuf consacre une grande partie de son activité à l’écriture : imaginer des personnages, construire des intrigues, trouver le rythme juste et donner à une histoire suffisamment de force pour retenir le spectateur jusqu’à la dernière image.

Mais son travail ne s’arrête pas à l’écriture. C’est précisément ce qui fait la singularité de son parcours.

Dans une industrie où les créateurs sont souvent cantonnés à une fonction précise, il évolue entre plusieurs métiers et plusieurs niveaux de la chaîne de valeur. Auteur et scénariste, il a également exercé des responsabilités dans le secteur audiovisuel, le développement de contenus et le management.

Son expérience l’a conduit à travailler avec des dirigeants, des producteurs, des diffuseurs et des éditeurs. Cette polyvalence lui permet d’appréhender une histoire non seulement sous l’angle de sa création, mais aussi à travers les conditions de sa production, de sa diffusion et de sa rencontre avec le public.

C’est sans doute là que réside l’une des singularités de son parcours : cette capacité à passer de la créativité à la stratégie sans perdre de vue l’essentiel, l’histoire et ceux auxquels elle s’adresse.

Un large spectre de production

Son univers ne se laisse pas enfermer dans un genre ou un format. Comédie, drame, thriller, documentaire-fiction, gaming, courts métrages ou séries télévisées : Mo Yusuf aime changer de registre et explorer différents supports. Parmi les œuvres associées à son parcours figure Rashid & Rajab, une comédie qu’il a vendue à Image Nation Abu Dhabi, qui en a assuré la production. Le film rencontre un important succès dans les salles de la région avant d’être vendu à Netflix.

Vient ensuite A.D.P.D., une série de docu-fiction en 18 épisodes commandée par le ministère de l’Intérieur des Émirats arabes unis et la police d’Abou Dhabi. Le projet met en scène les forces d’élite de la police d’Abou Dhabi dans un cadre dramatique.

Avec 04, série dramatique associée à MBC, l’un des grands groupes audiovisuels du monde arabe, Mo Yusuf poursuit son exploration du paysage télévisuel régional.

Avec Karimophobia, série originale de comédie développée pour Shahid, il s’intéresse également aux nouveaux modes de diffusion et aux habitudes de consommation des contenus.

Son univers s’étend jusqu’au gaming avec MoJahez, une émission de divertissement diffusée sur Twitch et consacrée à l’eSport. Un territoire où les frontières entre télévision, jeu vidéo, communautés numériques et divertissement deviennent de plus en plus poreuses.

D’autres projets complètent ce parcours, parmi lesquels Murder in the Gardens, annoncé comme un thriller policier pour 2026, Maryam, un court métrage dont il signe le scénario, Visa Run, une comédie financée par l’Abu Dhabi Film Commission, ainsi que Spotlight, actuellement en développement. Mais parmi ces projets, l’un occupe une place particulière.

Le Doha Film Institute lui a accordé une bourse de développement pour Out of My Mind, une série originale semi-autobiographique en langue anglaise consacrée à un jeune Somalien vivant à Dubaï et qui tente de surmonter les obstacles pour réaliser son rêve : devenir humoriste de stand-up.

Mo Yusuf a également développé des scénarios de longs métrages présents sur The Black List, plateforme reconnue dans l’univers du scénario et du développement cinématographique.

De l’écran à la page

L’écriture ne se limite pas pour autant aux scénarios. Mohamed Abdillahi est également l’auteur de deux ouvrages en anglais, The Exit Strategy et Broke with Benefits. Dans le premier, écrit pour la célèbre actrice émiratie Mahira Abdel Aziz, il aborde une question aussi universelle que délicate : savoir quand partir, comment partir et surtout comment se préparer à ce qui vient après. Dans le second, il élargit sa réflexion autour de la notion de richesse, en défendant une conception qui ne se limite pas à l’accumulation financière. Notons qu’il a également contribué à ADMA-OPCO 50th Anniversary, un ouvrage commémoratif consacré au cinquantième anniversaire de cette organisation.

Djibouti occupe une place particulière

Son parcours montre surtout qu’un professionnel originaire d’un petit marché peut évoluer sur les territoires où se fabriquent aujourd’hui des contenus consommés à l’échelle planétaire. Parmi les rares Djiboutiens à avoir construit une carrière au sein d’environnements audiovisuels internationaux, Mo Yusuf peut contribuer à créer des passerelles entre Djibouti et les grands écosystèmes créatifs mondiaux.

À l’heure où le pays cherche lui aussi à développer ses industries créatives et à faire émerger de nouveaux talents, cette expérience constitue un atout précieux.

Mo Yusuf se dit d’ailleurs profondément fier des initiatives prises par Djibouti en faveur des arts et de la culture.

Reçu au cours de son séjour par la ministre de la Jeunesse et de la Culture, Mme Fardoussa Moussa Egueh, il a pu échanger autour du partage de connaissances, du soutien aux jeunes cinéastes, de l’organisation d’ateliers et d’autres initiatives envisagées pour les prochains mois.

Actuellement, Mohamed Abdillahi Youssouf a finalisé le scénario d’un thriller dramatique en langue somalie intitulé Ogolaasho. Il espère lancer la production en décembre 2026, avec l’ambition de présenter le film dans des festivals internationaux en 2027. Cette fois, l’histoire ne vient pas d’ailleurs. Elle prend naissance à Djibouti.

RACHID BAYLEH