
Entre la prestation de serment d’un nouveau député remplaçant le défunt Djama Guedi Aden, l’examen du budget 2027 et les perspectives d’une réforme de la gestion publique, la seconde session ordinaire de l’année 2026 de la IXe législature, ouverte jeudi à l’Assemblée Nationale, dessine les contours d’un nouveau cycle institutionnel placé sous le signe de la croissance, de la performance et de la responsabilité.

Après la pause estivale, nos députés ont retrouvé jeudi le chemin de l’hémicycle pour une rentrée parlementaire placée sous le signe du budget et de la réforme de la gestion publique. Traditionnellement consacrée à l’examen du projet de loi de finances, cette séance solennelle a réuni autour du président de l’Assemblée Nationale, Dileita Mohamed Dileita et du Premier ministre Abdoulkader, Kamil Mohamed, l’ensemble des membres du gouvernement et du parlement, les hauts responsables des différentes institutions de la République, les corps diplomatiques et consulaires, les représentants des organisations internationales, des officiers Supérieurs du Haut Commandement de défense et de sécurité, le préfet de Djibouti-ville et ceux des régions de l’intérieur, les présidents des conseils régionaux et communaux, des représentants de la société civile ainsi que plusieurs autres personnalités anonymes.
Dès l’ouverture de la séance, la représentation nationale a accueilli le député suppléant Abdoulkader Houssein Ahmed, appelé à siéger en remplacement au défunt Djama Guedi Aden, décédé le 22 juin dernier. Après l’hommage rendu à la mémoire du disparu, le nouveau parlementaire a prêté serment conformément aux dispositions prévues par la loi organique relative au mandat parlementaire.

Le budget, au cœur la rentrée parlementaire
Après ce moment solennel, le président de l’Assemblée Nationale, Dileita Mohamed Dileita a, dans son discours d’ouverture de la seconde session ordinaire de l’année 2026 de la IXe législature, évoqué d’abord la retraite politique tenue à Ali-Sabieh en septembre, consacrée aux enjeux nationaux et internationaux ainsi qu’à l’adaptation des grands chantiers engagés avant de souligner l’importance du travail parlementaire à venir, notamment l’examen de la loi de finances.
« Pour tout député, et pour tout parlement, cet exercice constitue un challenge formidable, selon un adage commun » a-t-il rappelé à ses collègues de la IXe législature. Il a surtout insisté sur la responsabilité des parlementaires dans l’examen, le contrôle et l’adoption du budget de l’État, présenté comme un instrument essentiel de mise en œuvre des politiques économiques et sociales et d’amélioration de l’action publique.
« Le budget de l’Etat est l’outil majeur mis à la disposition du gouvernement pour mettre en œuvre sa politique économique et sociale »
DILEITA MOHAMED DILEITA,
Président de l’Assemblée Nationale
Dans la seconde partie de son intervention, le président du parlement, Dileita Mohamed Dileita a consacré une place importante à la situation humanitaire liée à l’arrivée de populations yéménites à Obock conséquence de la reprise des combats au Yémen. Il a en outre salué la mobilisation des institutions nationales, des forces de défense et de sécurité, des organisations internationales, des acteurs humanitaires et de la société civile pour faire face à l’afflux de réfugiés et répondre à leurs besoins. Il a appelé à maintenir et renforcer cette solidarité nationale et internationale, tout en réitérant l’appel de Djibouti à la communauté internationale pour œuvrer à la protection des populations civiles et au respect du droit à la vie, au Yémen comme en Palestine. Il a enfin réaffirmé l’engagement de Djibouti à demeurer une terre d’accueil et de refuge face aux crises qui frappent la région.
161,3 milliards de recettes, 160,5 milliards de dépenses
Devant les députés, le Premier ministre M. Abdoulkader Kamil Mohamed a, dans son discours, présenté les grandes orientations de la politique budgétaire pour 2027. Le cadrage repose sur une prévision de croissance du PIB de 7 %, contre 7,4 % retenus dans la loi de finances rectificative de 2026. Cette projection, explique le Premier Ministre, s’inscrit dans une approche prudente tenant compte du contexte régional et international.
Les recettes totales prévisionnelles atteindraient 161,3 milliards de FDJ, pour 160,5 milliards de FDJ de dépenses, soit un léger excédent inférieur à un milliard de francs.
Les recettes intérieures sont estimées à 148,4 milliards de FDJ. Les recettes fiscales devraient atteindre 103,8 milliards, en progression d’environ 14 % par rapport à la loi de finances rectificative de 2026. Dans le même temps, les recettes non fiscales reculeraient de 54,7 à 44,6 milliards de FDJ, tandis que les dons resteraient relativement stables, passant de 12,8 à 12,9 milliards.
« Le Président de la République demande d’œuvrer pour plus de croissance, plus d’emplois, plus de résilience et d’inclusivité, notamment dans l’industrialisation, et plus de connectivité »
ABDOULKADER KAMIL MOHAMED,
Premier Ministre

Cette configuration traduit une volonté de renforcer le rendement des recettes intérieures tout en conservant une trajectoire budgétaire prudente.
La dette publique dans le viseur
L’un des marqueurs les plus significatifs de la trajectoire annoncée par le concerne la dette publique. Selon les projections présentées par le Premier ministre, son ratio rapporté au PIB passerait de 64,4 % en 2025 à 59,6 % en 2026, puis à 54,6 % en 2027. La trajectoire envisagée se poursuivrait à 47,3 % en 2028 et 37,9 % en 2029.
Le gouvernement entend ainsi inscrire la programmation budgétaire dans une perspective pluriannuelle. Les exercices 2028 et 2029 devraient, eux aussi, être conçus autour de la règle de l’équilibre budgétaire.
Cette stratégie s’accompagne d’un effort d’investissement conséquent. Les dépenses en capital devraient atteindre 54,7 milliards de FDJ en 2027, contre 37,7 milliards en 2026, soit une progression annoncée de près de 45 %. Elles seraient financées à hauteur de 25,9 milliards par des ressources extérieures et de 28,8 milliards par des ressources intérieures.
Le Premier Ministre annonce également, un renforcement de la sélection des projets d’investissement, avec l’objectif de mieux relier les financements engagés aux résultats effectivement obtenus.
Changer la méthode de gouvernement
Au-delà des chiffres, le discours du Premier ministre,
M. Abdoulkader Kamil Mohamed a surtout mis en lumière une nouvelle architecture de l’action gouvernementale. Cette inflexion repose sur quatre axes stratégiques : la croissance et la diversification économique ; le capital humain et la cohésion sociale ; la gouvernance, la performance et la redevabilité ; enfin, la transition écologique et la résilience climatique.
« Le Gouvernement est une équipe dirigée par un seul chef et je m’efforcerai d’en coordonner les actions sous son autorité »
ABDOULKADER KAMIL MOHAMED, Premier Ministre
Chaque axe est appelé à être coordonné par plusieurs ministres référents. L’objectif affiché est de décloisonner les départements, de favoriser le travail interministériel et de permettre une évaluation plus régulière des politiques publiques. Chaque ministre devra ainsi pouvoir mesurer l’activité de son département à partir d’indicateurs économiques et sociaux clairement définis, identifier les éventuels écarts et corriger les trajectoires sans attendre la fin d’un cycle quinquennal. Le gouvernement entend, par cette méthode, rendre son action plus transparente et plus compréhensible pour les citoyens.
Une réforme en profondeur des finances publiques
Le changement annoncé touche directement la gestion budgétaire. La réforme des finances publiques et la modernisation de la gestion budgétaire doivent se poursuivre en 2027, notamment avec l’expérimentation du budget-programme dans certains ministères pilotes. Cette approche doit permettre de clarifier les responsabilités, les circuits d’information et le lien entre crédits mobilisés et résultats attendus. La lisibilité des comptes publics doit également être renforcée grâce à une nomenclature budgétaire stabilisée et documentée, à un nouveau Plan Comptable de l’État et à une actualisation des inventaires administratifs.

Autre chantier prévu : la production de statistiques de finances publiques selon le Manuel de statistiques de finances publiques 2014. À cela s’ajoute l’accélération de la dématérialisation de la préparation budgétaire, de l’exécution des dépenses et du recouvrement.
« Cette procédure modernisée avec le choix d’indicateurs économiques et sociaux clairement mesurables, définis par chaque Ministre, entraînera une efficacité gouvernementale plus grande »
ABDOULKADER KAMIL MOHAMED,
Premier Ministre
L’objectif étant de poser davantage de transparence, mais aussi des informations budgétaires plus accessibles et plus compréhensibles.
Diversifier l’économie pour renforcer la résilience
La prudence affichée dans le cadrage budgétaire ne signifie pas, selon le Premier Ministre, un ralentissement de la transformation économique. Djibouti entend continuer à consolider ses secteurs traditionnels — transports, logistique, secteur bancaire et télécommunications — tout en faisant émerger de nouveaux moteurs de croissance. Le numérique, les industries légères, le tourisme, la pêche et les énergies renouvelables figurent parmi les secteurs identifiés. L’entrepreneuriat des jeunes et des femmes ainsi que l’investissement privé doivent également participer à cette diversification. Cette stratégie s’inscrit dans la poursuite de la Vision Djibouti 2035 et dans le renforcement du positionnement du pays comme plateforme logistique, commerciale, numérique et de services dans la Corne de l’Afrique. Dans son discours, le Premier Ministre a évoque notamment le projet de nouvel aéroport de très grande capacité à Biidley, conçu comme une composante d’un centre international de transport multimodal associant maritime, ferroviaire, routier et aérien. Le projet énergétique régional développé avec l’Éthiopie et le groupe Dangote est également présenté comme un élément appelé à renforcer le poids économique régional du pays.
Le capital humain et l’emploi des jeunes
Autre priorité mise en avant devant les députés : le capital humain. Éducation, formation professionnelle, enseignement technique et santé sont identifiés comme des domaines d’investissement prioritaires. L’emploi des jeunes est présenté comme une priorité centrale de l’action gouvernementale. Dans cette perspective, la transformation numérique et l’intelligence artificielle sont appelées à jouer un rôle croissant. Le gouvernement entend les mobiliser pour soutenir l’innovation, développer les compétences et créer de nouvelles perspectives professionnelles. La dématérialisation des services publics, le développement de plateformes numériques et la valorisation des données publiques sont notamment présentés comme autant de domaines susceptibles de générer de nouvelles opportunités pour la jeunesse.
Des crises extérieures qui imposent la vigilance
Cette rentrée parlementaire intervient dans un contexte régional particulier où des réfugiés yéménites fuyant la guerre, résident dans notre pays.
Le Premier ministre a indiqué que plus de 3 000 déplacés du Yémen avaient déjà trouvé refuge à Djibouti, soulignant le poids sanitaire, sécuritaire et humanitaire de cette situation pour le pays.
« Nous réitérons l’appel de la république de Djibouti, à la communauté internationale pour une solution qui permettra et en Palestine, et au Yémen, dans un premier temps, de garantir le droit le plus fondamental (le droit à la vie) »
DILEITA MOHAMED DILEITA,
Président de l’Assemblée Nationale
Cette dimension humanitaire se double d’un enjeu économique et stratégique. Les perturbations du commerce international, les tensions sur les grands corridors maritimes, l’inflation mondiale et le renchérissement potentiel du financement extérieur constituent autant de facteurs susceptibles d’affecter l’économie djiboutienne. Le gouvernement affirme vouloir répondre à ces risques par une gestion budgétaire plus prudente, une meilleure allocation des ressources et une accélération des réformes.
Au terme de cette rentrée solennelle, l’enjeu sera désormais pour les députés d’examiner les orientations annoncées, d’en débattre et d’exercer leurs prérogatives constitutionnelles de contrôle et de proposition. Pour le gouvernement, il sera question de traduire les nouvelles orientations dans une gestion quotidienne davantage fondée sur les indicateurs, la transparence et l’obligation de résultats.
« Nous ne permettrons à personne de remettre en cause la libre navigation et nous allons nous y employer pour qu’il en soit ainsi »
ABDOULKADER KAMIL MOHAMED,
Premier Ministre
En tout cas il s’agira pour les uns comme pour les autres, de donner corps, à ces ambitions économiques, sociales et institutionnelles avec en ligne de mire « une gestion plus moderne et plus efficace, dans l’intérêt de la jeunesse » comme l’a si bien conclu le Premier Ministre Abdoulkader Kamil Mohamed son discours de politique budgétaire.
RACHID BAYLEH









































