À l’approche de la saison des pluies, annoncée entre octobre et décembre, les autorités de Djibouti-Ville renforcent leur dispositif de prévention et de gestion des risques. Réunions de coordination, identification des zones vulnérables, préparation des services d’intervention et sensibilisation des populations sont au cœur des mesures engagées. Dans cet entretien, le préfet de la Ville de Djibouti, M. Abdi Hassan Ahmed, revient sur les préparatifs en cours, les secteurs exposés et les comportements à adopter en cas de fortes précipitations.

La Nation : Les prévisions météorologiques annoncent de fortes précipitations entre octobre et décembre. Où en sont les préparatifs des autorités ?

Les dernières prévisions météorologiques nous invitent effectivement à renforcer notre niveau de vigilance pour la période d’octobre à décembre 2026. Face à cette situation, les autorités ont engagé en amont un important travail de préparation et de coordination afin de réduire autant que possible les risques pour les populations et les infrastructures.

Plusieurs réunions préparatoires ont été tenues à la Préfecture de Djibouti-Ville, au niveau de la cellule de crise, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Elles ont réuni les principaux acteurs concernés, notamment la Préfecture, la Mairie de Djibouti, la Protection civile, les services de la météorologie, l’ONEAD, la DATUH, l’ADR, ainsi que les départements chargés de la Santé, des Affaires sociales et des Solidarités.

Ces réunions ont permis d’identifier les zones à risque, de renforcer la coordination entre les différents intervenants et de définir les mesures préventives ainsi que les dispositifs d’intervention.

Quelles sont les principales mesures préventives déjà mises en place ?

Notre priorité est d’abord la prévention. Nous travaillons au renforcement de la surveillance météorologique et des dispositifs d’alerte, à l’identification des points sensibles, au dégagement et à l’entretien des réseaux d’évacuation des eaux, ainsi qu’à la préparation des moyens d’intervention. La Protection civile dispose d’une mission spécifique de prévention et de gestion des catastrophes et organise les secours dans le cadre du plan ORSEC, avec le concours des services techniques de l’État membres de la cellule de crise de la ville de Djibouti.

Une attention particulière est également portée aux zones situées à proximité des oueds et aux quartiers où les problèmes de drainage peuvent favoriser l’accumulation des eaux. Des actions d’information et de sensibilisation sont menées auprès des ménages résidant dans les zones à risque.

Quels sont les secteurs de la capitale les plus exposés aux inondations ?

La connaissance des zones vulnérables constitue l’un des éléments essentiels de notre préparation. Une attention particulière est portée aux secteurs situés dans la plaine alluviale de l’oued Ambouli, ainsi qu’à certains quartiers de Boulaos et de Balbala.

Les données et documents techniques disponibles identifient notamment comme secteurs exposés plusieurs quartiers de Boulaos, parmi lesquels les quartiers 1 à 7 bis, Ambouli, Djebel, Einguela, Arhiba, Saoudi, Maka Moukarama, Wadajir, Cité du Stade et Cité Progrès, ainsi que le quartier Vietnam à Balbala.

D’autres secteurs, comme Balbala Ancien, sont également exposés aux crues soudaines, notamment en raison de certaines insuffisances en matière de drainage. Il faut toutefois rappeler que le risque ne se limite pas à une liste précise de quartiers. Une pluie particulièrement intense peut provoquer des ruissellements et des accumulations d’eau dans différents points bas de la capitale. C’est pourquoi la vigilance doit être maintenue sur l’ensemble du territoire de la ville.

Comment s’organise la coordination entre la Préfecture, la Mairie, la Protection civile et les autres institutions ?

La coordination est un élément central de notre dispositif. La Préfecture assure la coordination territoriale, en lien avec la Mairie, la Protection civile et les différents services techniques. Les réunions préparatoires ont permis de réunir autour de la même table les responsables de la Préfecture, de la Mairie, de la Protection civile, des services de la météorologie, de l’ADR, de la DATUH, de l’ONEAD, ainsi que des secteurs de la Santé et des Affaires sociales. Cette coordination permet de partager les informations, d’anticiper les besoins et de définir clairement les responsabilités de chaque intervenant.

Le dispositif national de gestion des catastrophes prévoit notamment le recours au plan ORSEC et, lorsqu’un événement est d’une ampleur importante, l’activation d’un centre opérationnel placé sous l’autorité du préfet afin de mobiliser les moyens nécessaires.

Au niveau de la ville de Djibouti, la cellule de crise est d’ores et déjà activée afin d’assurer le suivi de la situation, la coordination entre les différents services et la préparation des interventions.

Des exercices ou simulations sont-ils prévus pour tester le dispositif ?

: La préparation opérationnelle passe notamment par des exercices et des simulations. Avec le concours du Secrétariat exécutif chargé de la gestion des risques et des catastrophes, ainsi que de nos partenaires techniques et financiers, des exercices destinés à tester l’efficacité des dispositifs d’urgence sont organisés périodiquement.

Nous devons continuer à renforcer cet aspect afin que chaque service connaisse précisément son rôle, ses responsabilités et les procédures à appliquer en cas d’inondation importante.

L’objectif est de nous assurer que la coordination entre les différents intervenants soit la plus efficace possible au moment où elle sera réellement nécessaire.

Quelles consignes adressez-vous aux habitants des quartiers vulnérables ?

Je demande avant tout à la population de rester attentive aux bulletins météorologiques et aux messages diffusés par les autorités compétentes.

En cas de fortes pluies, il faut éviter de traverser à pied ou en véhicule les zones inondées et, surtout, ne jamais tenter de franchir un oued ou une zone où le courant est important. Les habitants des zones vulnérables doivent également éviter d’obstruer les caniveaux et les voies d’évacuation des eaux, protéger leurs documents et leurs biens essentiels et suivre sans délai les consignes des autorités en cas d’évacuation.

Je demande également aux parents d’être particulièrement vigilants à l’égard des enfants et de ne pas les laisser s’approcher des zones inondées ou des cours d’eau.

Notre message est simple : ne prenez aucun risque inutile face à une montée rapide des eaux.

En cas d’inondations importantes, quelles dispositions  sont prévues pour mettre les populations à l’abri ?

La possibilité de mettre à l’abri les populations sinistrées fait partie de la préparation à une situation de crise. En fonction de l’ampleur de l’événement et des zones touchées, les autorités compétentes pourront identifier et mobiliser des sites d’accueil adaptés, en coordination avec les services chargés de la Protection civile, de la Santé et des Affaires sociales.

La priorité sera toujours de mettre les personnes en sécurité, en accordant une attention particulière aux enfants, aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap et aux familles les plus vulnérables.

Le dispositif sera adapté à la nature et à l’ampleur de la situation afin de garantir, autant que possible, une prise en charge rapide des populations qui pourraient être déplacées.

Quel est, selon vous, le principal défi face à ces prévisions de fortes précipitations ?

 Le principal défi est d’anticiper suffisamment pour éviter qu’un épisode de fortes précipitations ne se transforme en crise majeure.

Djibouti-Ville demeure vulnérable aux inondations, notamment en raison de sa topographie, de l’urbanisation et des insuffisances du système de drainage dans certains secteurs. L’oued Ambouli constitue notamment un axe majeur de ruissellement et peut connaître une montée rapide lors de pluies intenses.

Notre responsabilité est donc double : renforcer les moyens techniques et opérationnels des services, mais aussi faire de chaque citoyen un acteur de la prévention.

Nous ne pouvons pas empêcher la pluie de tomber. En revanche, nous pouvons améliorer notre anticipation, notre coordination et notre capacité d’intervention afin de protéger au mieux les populations et de limiter les dégâts.

Je voudrais enfin rassurer nos concitoyens : les autorités suivent attentivement l’évolution de la situation et travaillent à renforcer le dispositif de prévention et de réponse. J’appelle chacun à rester vigilant, à suivre les informations officielles et à respecter les consignes des services compétents.

La prévention et la protection des populations sont une responsabilité collective. Face aux risques d’inondation, l’anticipation, la vigilance et la solidarité de tous sont essentielles.

Propos recueillis par Souber Hassan