
Son nom est Zouhra Ali Mohamed. Née en 1994 à Ali-Sabieh, elle a grandi entre les pistes poussiéreuses de sa ville natale et les bancs de l’école, jusqu’en classe de seconde. Très tôt, une passion s’impose à elle : la course à pied. Une passion qui, au fil des années, allait devenir une véritable vocation.

En classe de 5e année, lors de son premier tournoi scolaire, elle s’aligne sur une course de 3 kilomètres. Elle termine à la 6e place. Loin de la décourager, ce résultat agit comme un déclic. « Je peux faire mieux », se dit-elle. Elle tient parole.
Ses premières performances attirent rapidement l’attention. Zouhra trouve son premier sponsor et rejoint l’AS, le club de sa ville. Entre 2010 et 2012, elle accumule les podiums, souvent à la troisième place, mais toujours avec la même régularité. En 2012, un nouveau chapitre s’ouvre lorsqu’elle est recrutée par la Garde républicaine. Sous l’uniforme, elle poursuit sa progression et s’installe durablement parmi les athlètes nationales.
D’abord spécialisée dans le demi-fond, notamment sur 800 et 1 500 mètres, Zouhra élargit progressivement son registre. Elle s’attaque au 5 000 mètres, puis au 10 000 mètres, avant de se tourner vers les courses sur route et les semi-marathons. À chaque nouvelle distance, elle apprend à repousser ses limites et à transformer l’endurance en force.
Le retour après l’épreuve
Mais une carrière sportive n’est jamais une ligne droite. En 2022, une blessure contraint Zouhra à interrompre sa carrière pendant près de deux ans et demi. Pour une athlète habituée aux entraînements et aux compétitions, cette longue parenthèse constitue une épreuve à part entière.
Fin 2024, elle retrouve progressivement le chemin de l’entraînement. La volonté, elle, n’a jamais disparu. Sa reprise lui permet de retrouver la sélection nationale et de renouer avec la compétition. Depuis, elle partage son temps entre un centre d’entraînement en Éthiopie et le camp d’Ali-Sabieh, où elle s’entraîne avec ses coéquipiers de l’équipe nationale.
L’année 2026 marque une nouvelle étape dans son parcours. Le 13 juin, elle établit son record personnel sur 10 kilomètres sur route en 32 minutes et 9 secondes. Quelques semaines plus tard, le 26 juillet, elle s’impose sur la course de 10,7 kilomètres de Deichara, à Laâyoune, au Maroc, avec un chrono de 36 minutes et 47 secondes. Dans le Sahara marocain, la course est exigeante. Le vent, la chaleur et la longueur du parcours mettent les organismes à rude épreuve. Zouhra tient bon jusqu’à la ligne d’arrivée. Face à une concurrence internationale venue notamment du Kenya, d’Europe et d’autres pays africains, elle décroche la médaille d’or.
Quelques semaines plus tard, le 14 août, elle confirme sa forme au 21e semi-marathon international de Brazzaville, au Congo. Elle termine troisième chez les femmes en 1 heure, 13 minutes et 42 secondes. Une performance qui accompagne la victoire de son compatriote Houssein Sougueh Aden chez les hommes, offrant à Djibouti un doublé remarqué.
Ses performances continentales témoignent également de sa régularité, avec des places dans le top 8 aux Jeux africains et aux Championnats d’Afrique d’athlétisme.
Derrière l’athlète se trouve une jeune femme issue d’une famille de onze enfants, cinq garçons et six filles. Ses parents constituent ses premiers soutiens. À Ali-Sabieh, son parcours inspire aussi les jeunes qui la voient comme la preuve qu’un rêve peut commencer sur une piste locale et conduire jusqu’aux grandes compétitions internationales.
Déjà présente aux Jeux olympiques de Londres en 2012 et de Tokyo en 2020, Zouhra mesure le chemin parcouru. Mais elle regarde surtout vers l’avenir. Son prochain grand objectif est désormais clairement fixé : préparer un marathon complet pour 2027.
« Je veux signer mon palmarès d’une encre indélébile », confie-t-elle. Une ambition qui résume à elle seule son parcours : tomber, reprendre, courir encore et continuer à avancer.
Zouhra Ali Mohamed remercie le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, pour son soutien aux sportifs nationaux et adresse également sa reconnaissance au Chef d’état-major de la Garde républicaine, au Comité olympique djiboutien, à la Fédération djiboutienne d’athlétisme et à son entraîneur.
Une femme, une piste, une ambition. Et la conviction que chaque foulée peut rapprocher Djibouti un peu plus des grandes scènes de l’athlétisme mondial.
Djibril Abdi Ali











































