À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, certaines trajectoires rappellent avec force combien l’histoire d’un pays se construit aussi grâce à l’engagement discret mais déterminé de femmes d’exception. Parmi elles, Mariam Houssein Ali, plus connue sous le nom de Mariam Macaan, occupe une place particulière dans l’histoire administrative et institutionnelle de la République de Djibouti. Son parcours, marqué par le travail, la fidélité à l’État et un profond sens du devoir, incarne l’exemple d’une vie consacrée au service de la nation.

Mariam Macaan appartient à cette génération qui a grandi dans une période charnière, à une époque où Djibouti se trouvait encore au seuil de sa construction politique et institutionnelle. Dans un contexte où les opportunités pour les femmes étaient limitées et où l’accès aux responsabilités publiques demeurait encore rare, elle a su tracer son chemin avec détermination, patience et professionnalisme.

Ceux qui l’ont connue dans l’exercice de ses fonctions décrivent une femme au regard calme, posé et réfléchi, dont la discrétion n’a jamais empêché la rigueur. Derrière cette apparente réserve se cachait une personnalité forte, dotée d’une grande discipline et d’une capacité remarquable à assumer les responsabilités qui lui étaient confiées.

Son engagement au service de l’État débute en 1972, une période importante pour l’administration djiboutienne qui se structurait progressivement. Elle est alors admise comme assistante au Commissariat de la République de Djibouti. Cette première étape marque le début d’une carrière exceptionnelle qui s’étendra sur plus de trois décennies au cœur même des institutions nationales.

Au fil des années, Mariam Macaan occupe plusieurs fonctions stratégiques au sein de l’appareil administratif. Elle travaille notamment comme assistante du gouvernement, puis assistante du directeur de cabinet, des postes exigeant à la fois discrétion, efficacité et sens de l’organisation. Son rôle ne se limitait pas à des tâches administratives ordinaires. Elle participait activement à la préparation de documents officiels, à l’organisation des réunions et au bon fonctionnement de la coordination gouvernementale.

Au cœur des institutions de la République

L’une de ses missions les plus importantes consistait à préparer les communiqués et les ordres du jour du Conseil des ministres, un travail essentiel pour le bon déroulement de la vie institutionnelle du pays.

Ce type de responsabilité requiert une précision extrême, une parfaite connaissance des procédures administratives et une grande confiance de la part des autorités.

Mariam Macaan évoque cette période avec une grande fierté. Elle résume son expérience en une phrase simple mais forte : « Travailler pour la clé de voûte des institutions nationales et veiller à la régularité de la vie politique du pays. »

À travers ces mots, on comprend toute l’importance qu’elle accorde à la notion de service public. Pour elle, travailler au sein de l’État ne relevait pas simplement d’un emploi, mais d’une mission profondément liée à la construction et à la stabilité de la nation.

Mais au-delà de sa carrière administrative, Mariam Macaan incarne également une femme attachée à son identité culturelle et à ses valeurs. Son surnom « Macaan », devenu aujourd’hui presque un nom à part entière, lui a été attribué lors d’un voyage officiel en Somalie. Dans la langue somalie, ce terme renvoie à l’idée de sobriété, d’élégance et de raffinement dans les manières.

Ce surnom n’est pas anodin. Ceux qui la côtoient affirment qu’il correspond parfaitement à sa personnalité. Mariam Macaan est reconnue pour sa distinction, sa modestie et sa manière respectueuse d’interagir avec les autres. Autant de qualités qui lui ont valu l’estime de ses collègues et de nombreuses personnalités du monde institutionnel.

Après plus de trente années de service au sein de l’administration publique, elle prend sa retraite avec le sentiment du devoir accompli. Mais pour Mariam Macaan, la retraite ne signifie pas l’inactivité. Fidèle à son esprit dynamique et entreprenant, elle choisit d’explorer une nouvelle voie dans le domaine de l’entrepreneuriat.

Elle crée alors une société de vente baptisée DECO, spécialisée dans le commerce d’articles décoratifs. Cette initiative témoigne une fois de plus de sa capacité à se réinventer et à rester active, même après une longue carrière dans le secteur public. Son entreprise connaît un succès notable et devient un nouveau chapitre de sa vie professionnelle.

Aujourd’hui encore, Mariam Macaan continue d’inspirer de nombreuses personnes, notamment les jeunes femmes djiboutiennes qui voient en elle un modèle de persévérance et d’engagement. Son parcours démontre que la réussite ne se mesure pas uniquement à la visibilité ou à la notoriété, mais aussi à la constance, à la loyauté et au travail accompli dans l’ombre.

Elle le dit elle-même avec une sincérité qui résume toute sa trajectoire : « Je suis fière de mon parcours professionnel et du fait que je me suis acquittée de ma tâche d’une façon professionnelle et régalienne.»

Cette fierté est celle d’une femme qui a consacré l’essentiel de sa vie à servir son pays avec dignité. À travers son histoire, c’est toute la contribution des femmes djiboutiennes à la construction de la nation qui apparaît.

Dans un monde en constante évolution, où les sociétés cherchent des repères et des exemples de résilience, Mariam Macaan demeure une figure inspirante. Elle incarne ces femmes qui, par leur travail silencieux mais déterminant, participent à écrire l’histoire de leur pays.

En cette semaine consacrée à la célébration des droits et des réalisations des femmes, son parcours rappelle une vérité simple : la force d’une nation repose aussi sur l’engagement et la détermination de ses femmes.

Et à ce titre, Mariam Macaan restera, pour beaucoup, un symbole vivant de dévouement, de dignité et de service envers la République de Djibouti.

Djibril Abdi Ali