
Dans les ruelles animées des quartiers 1 et 2, au cœur de la capitale, l’éclat de l’or ne brille plus avec la même intensité. Derrière les vitrines désormais plus discrètes, les bijoutiers de Djibouti affrontent une conjoncture économique qui met leur savoir-faire à rude épreuve. La flambée des prix des métaux précieux, conjuguée à la baisse de la clientèle étrangère, bouleverse un secteur longtemps considéré comme prospère et stable. Autrefois symbole de réussite et d’élégance, l’or est devenu un produit de luxe que beaucoup hésitent désormais à acquérir. Entre charges fixes élevées, fiscalité jugée contraignante et transformations des habitudes de consommation, les artisans tentent de s’adapter pour survivre. Ce reportage donne la parole à ces professionnels passionnés qui, malgré les difficultés, refusent de voir disparaître un métier transmis de génération en génération.
Les bijoutiers du quartier 1 et 2 confrontés à une période difficile
Lors de notre reportage effectué dans les bijouteries des quartiers 1 et 2, nous avons constaté que le métier de bijoutier traverse actuellement une situation préoccupante.

Autrefois, les vitrines étaient largement accessibles et les étalages soigneusement exposés afin d’attirer une clientèle variée. Les passants pouvaient admirer librement les bijoux et effectuer leurs achats selon leurs préférences. Aujourd’hui, cette dynamique semble s’essouffler.

La hausse du prix de l’or a considérablement impacté le secteur. Selon plusieurs professionnels rencontrés sur place, cette augmentation a entraîné une baisse significative des ventes. À cela s’ajoute la disparition progressive de la clientèle étrangère, autrefois très présente et considérée comme un pilier du marché.

Face à ces difficultés, le président de l’Association sénégalaise des bijoutiers, initiateur d’un groupement amical destiné à défendre les droits des artisans bijoutiers, s’est exprimé à la suite de notre reportage. Il souligne que la cherté de l’or fragilise l’ensemble de la chaîne d’activité et appelle à des mesures de soutien pour préserver ce secteur essentiel de l’artisanat.

« Nous traversons une période très compliquée. La hausse du prix de l’or et la baisse de la clientèle étrangère affectent sérieusement nos activités. Nous avons créé ce groupement pour unir nos forces et défendre nos intérêts », a-t-il déclaré.
Les bijoutiers espèrent désormais des solutions concrètes afin de redynamiser leur activité et préserver leur savoir-faire.
Un marché profondément transformé
Installé depuis 1993, Balla Mbeguere fait partie des figures connues du métier. Dans sa boutique, il observe une réalité qu’il n’aurait jamais imaginée il y a vingt ans : des vitrines moins garnies et des clients plus hésitants.
« Avant, il y avait une forte clientèle française, notamment les militaires stationnés ici. Ils achetaient régulièrement pour envoyer des cadeaux à leurs familles », se souvient-il. Cette clientèle représentait une part importante du chiffre d’affaires de nombreuses bijouteries. Avec le départ progressif de ces acheteurs, le marché a changé de visage.
Aujourd’hui, la clientèle est majoritairement djiboutienne. Mais dans un contexte de vie, les priorités ont évolué. Les dépenses consacrées aux bijoux souvent associées aux mariages, baptêmes et événements familiaux sont revues à la baisse.
L’explosion des prix des métaux précieux
La hausse spectaculaire du prix de l’or a bouleversé l’équilibre du secteur. Une alliance en or, qui coûtait autrefois entre 25 000 et 30 000 francs, atteint désormais près de 60 000 francs. Les petites boucles d’oreilles pour enfants, vendues autour de 12 000 francs il y a quelques années, s’affichent aujourd’hui entre 30 000 et 35 000 francs.
Même l’argent, longtemps considéré comme une alternative plus abordable, a connu une augmentation impressionnante. Le kilo, acheté environ
180 000 francs auparavant, avoisine aujourd’hui les 750 000 francs.
Ces hausses s’expliquent par les fluctuations du marché international des métaux précieux, mais leurs conséquences sont bien locales : les clients hésitent, comparent, repoussent leurs achats ou optent pour des modèles plus légers, donc moins coûteux.
« On travaille presque uniquement sur commande maintenant », explique Balla. Les bijoutiers évitent d’immobiliser des sommes importantes dans des stocks difficiles à écouler. Les vitrines, autrefois pleines et scintillantes, sont devenues plus modestes.
Des charges fixes jugées trop lourdes
À cette conjoncture défavorable s’ajoute un autre facteur de tension : le montant de la patente annuelle. Pour une bijouterie, elle atteint environ 330 000 francs.
« On nous a classés dans la même catégorie que les grandes entreprises », regrette Balla. Pourtant, la majorité des bijoutiers travaillent à petite échelle, parfois seuls ou avec un ou deux employés.
M.Moustapha Beye, bijoutier installé depuis plus de vingt ans à Djibouti, partage ce constat.
« La patente est trop chère pour nous. Même quand le travail ne marche pas bien, il faut la payer », souligne-t-il. Contrairement à d’autres charges variables, cette taxe reste fixe, indépendamment du niveau réel d’activité.
À cela s’ajoutent le loyer du magasin, souvent élevé dans les zones commerciales, les factures d’électricité, les cotisations sociales, ainsi que les dépenses familiales. Dans un contexte de baisse des ventes, ces charges pèsent lourdement sur des marges déjà réduites.
Une vie chère qui fragilise les artisans
Pour M. Mouktar Matar Thiam bijoutier, la situation économique a des répercussions directes sur sa vie personnelle. «Ma famille est à l’extérieur à cause du coût de la vie. Je travaille seul ici et je gagne juste le nécessaire pour subvenir à mes besoins », confie-t-il.
La cherté du logement, des denrées alimentaires et des services affecte non seulement les clients, mais aussi les artisans eux-mêmes. Cette réalité illustre un paradoxe : des commerçants qui contribuent à l’économie locale peinent eux-mêmes à vivre pleinement dans le pays où ils exercent.
Des démarches administratives plus complexes
Outre les difficultés économiques, les bijoutiers évoquent également des procédures administratives devenues plus exigeantes, notamment pour le renouvellement des cartes de séjour. Davantage de justificatifs et de frais sont demandés.
« Nous voulons être en règle, mais parfois c’est difficile de réunir tous les documents », explique Balla. Pour ces artisans, souvent installés de longue date, ces démarches représentent un stress supplémentaire dans un contexte déjà tendu.
Une communauté organisée et intégrée
La communauté sénégalaise, forte d’environ une centaine de personnes, joue un rôle important dans le secteur de la bijouterie à Djibouti. Balla, qui en est le président, insiste sur la bonne intégration de ses membres. Beaucoup sont présents depuis des décennies, ont formé des apprentis et contribuent activement à la vie économique locale.
En parallèle, une amicale de bijoutiers tente de structurer les revendications du secteur. Des démarches ont été engagées auprès des autorités pour demander un allègement des taxes, une révision de la classification fiscale et une simplification des procédures administratives. « Nous contribuons à l’économie du pays. Nous employons du personnel, nous payons nos charges. Nous voulons simplement pouvoir travailler dans de meilleures conditions », résume Balla.
Préserver un savoir-faire artisanal
Au-delà des chiffres et des taxes, c’est aussi la survie d’un savoir-faire artisanal qui est en jeu. La bijouterie ne se résume pas à une activité commerciale : elle implique des compétences techniques, une précision minutieuse et une transmission entre générations.
À Djibouti, ces ateliers participent depuis des décennies au paysage commercial et culturel de la capitale. Les bijoux accompagnent les moments clés de la vie : mariages, fiançailles, naissances, fêtes religieuses.
Mais si la tendance actuelle se poursuit, certains craignent des fermetures progressives ou une réduction drastique de l’activité.
Dans un contexte économique tendu, les bijoutiers espèrent désormais un geste des pouvoirs publics. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de sauver des boutiques, mais de préserver une activité artisanale qui fait vivre de nombreuses familles, ici comme à l’étranger, et qui contribue, à sa manière, au dynamisme économique de Djibouti.
Le plaqué or, une alternative prisée à Djibouti
Après avoir constaté les difficultés que traverse le secteur de la bijouterie traditionnelle, nous avons poursuivi notre reportage à la boutique Asli, spécialisée dans la vente de bijoux plaqués or.
Dans un contexte marqué par la flambée du prix de l’or, de nombreuses femmes djiboutiennes se tournent désormais vers cette alternative plus accessible. La gérante de la boutique explique que cette tendance s’est renforcée ces dernières années, aussi bien auprès de la clientèle locale que étrangère. « Nous proposons des bijoux plaqués or de bonne qualité, avec des modèles modernes et traditionnels. Cela permet à nos clientes de rester élégantes sans supporter le coût élevé de l’or massif », confie-t-elle. Selon elle, la principale différence réside dans le prix. Le plaqué or offre l’apparence de l’or véritable à un tarif plus abordable, ce qui permet aux clientes de diversifier leurs achats. Pour satisfaire sa clientèle, la boutique mise sur la qualité des produits, le renouvellement régulier des collections et un accueil personnalisé.
Présente dans le domaine depuis plusieurs années, la gérante affirme avoir su s’adapter aux évolutions du marché. « Avec l’augmentation du prix de l’or, nous avons constaté un changement dans les habitudes d’achat. Le plaqué or répond aujourd’hui aux besoins d’une clientèle à la recherche d’élégance et d’accessibilité », souligne-t-elle.
À travers cette dynamique, la boutique Asli illustre l’évolution du marché de la bijouterie à Djibouti, où innovation et adaptation deviennent essentielles pour faire face aux réalités économiques.
Rappelant que la particularité de la marque repose sur le choix des matériaux. Les bijoux plaqués or sont conçus à partir d’acier inoxydable chirurgical reconnu pour sa résistance et son caractère hypoallergénique ainsi que d’argent pur et de perles naturelles issues de l’océan. Les pièces sont plaquées or selon un procédé de triple trempage.
À Djibouti, où l’or pur reste la référence, le concept du plaqué or nécessite un travail pédagogique. « Beaucoup se demandent ce qui garantit la durabilité si ce n’est pas de l’or massif», confie-t-elle.
Dans des pays comme le Sénégal ou le Ghana, ce type de bijou est déjà largement adopté. À Djibouti, la démarche consiste donc à informer, rassurer et démontrer la qualité par l’expérience client. Les prix, plus accessibles que ceux de l’or pur, constituent également un argument déterminant.
En effet, à travers son parcours, elle adresse un message clair aux jeunes entrepreneurs, et particulièrement aux jeunes femmes : oser.
Selon elle, la réussite repose moins sur les moyens initiaux que sur la capacité à croire en une vision et à persévérer malgré les critiques. Elle reconnaît avoir fait face à des interrogations lorsqu’elle a lancé son activité sur les réseaux sociaux, malgré un parcours académique solide.
Aujourd’hui, l’ouverture de cette première boutique physique marque une étape symbolique : celle d’une marque internationale qui s’enracine localement, portée par une ambition assumée de laisser un impact durable dans mon pays.
Zouhour Abdillahi








































