Le prochain Sommet Afrique-France se tiendra le mois prochain, les 11 et 12 mai, à Nairobi, au Kenya. Le Président Emmanuel Macron y retrouvera S.E.M. le Président Ismaïl Omar Guelleh, qui aura été réinvesti l’avant-veille, à Djibouti.

C’est le 29ᵉsommet Afrique-France. Le dernier s’était tenu à Montpellier en 2021. Et c’est la première fois que le Sommet est accueilli dans un pays anglophone. Eh quoi ? Est-ce une trahison de la francophonie ? Mais non! La francophonie est vivante. Plus que jamais. La Iangue française, que nous avons fêtée récemment à Djibouti, pays « phare de la francophonie », est devenue cette année la 4e Iangue la plus parlée au monde. Elle se porte bien. A vrai dire, elle n’a guère besoin d’un sommet Afrique-France pour se développer.

Si le sommet a lieu en Afrique anglophone, c’est que la France, comme les pays francophones d’Afrique, ont tout à gagner à développer les liens notamment les liens économiques, avec ces pays que nous connaissons moins. On n’est pas moins ami avec Djibouti quand on parle au gouvernement du Kenya. Djibouti, pays à la diplomatie rayonnante, au carrefour des mondes africain, arabe, francophone, le sait mieux que quiconque: parler à tous ne nuit à personne.

Le Sommet sera placé sous le thème ambitieux des «partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance ». L’objectif est de parler affaires, croissance, commerce, investissements. Et on le fait mieux tous ensemble.

Plus qu’un simple rendez-vous diplomatique, ce sommet est conçu comme un moment important de réflexion collective. Il commencera d’ailleurs par un forum d’affaires, réunissant plus de1500 chefs d’entreprises venus d’Afrique et de France. Chefs d’États africains, institutions internationales, acteurs économiques et représentants de la société civile s’y retrouveront aussi pour choisir ensemble les contours d’une coopération appelée à se développer.

Les relations entre la France et l’Afrique sont dynamiques, fondées sur la réciprocité, l’écoute et le soutien au multilatéralisme.

Ce Sommet permettra de poursuivre cette dynamique.

A cet égard, Djibouti apparaît comme une illustration parfaite d’un partenariat équilibré, solide, mutuellement bénéfique. La relation franco-djiboutienne, riche d’un héritage solide, s’étend à une pluralité de domaines — politique, économique, militaire, éducatif et culturel — et mobilise une diversité d’acteurs allant des institutions publiques aux citoyens eux-mêmes. Autrement dit, c‘est un partenariat global, vivant, et résolument tourné vers l’avenir.

Mais ce qui caractérise le mieux cette coopération, c’est la méthode employée. Ici, à Djibouti, les projets sont conçus conjointement, adaptés aux réalités de Djibouti et portés, jusque dans leur mise en œuvre effective, par une volonté commune. Les projets sont tous en phase avec le Plan national de développement et la «Vision 2035». Les projets urbains de l’AFD, par exemple, comme les réalisations du programme PDUI2 à Balbala, récemment inaugurées, bâtis après avoir interrogé les habitants sur Ieurs attentes, attestent du souhait commun de répondre en priorité aux besoins des populations.

À cette dynamique bilatérale s’ajoute une dimension multilatérale essentielle. Nombre de projets menés à Djibouti s’inscrivent dans des cadres élargis, associant partenaires européens et organisations internationales. L’extension du réseau d’assainissement, co-financée par l’Union européenne et la France et mise en œuvre par l’Agence française de développement, en est une illustration concrète. De même, les actions conduites avec le Programme alimentaire mondial ou l’UNICEF en faveur de l’éducation inclusive témoignent d’une coopération ouverte, coordonnée et efficace.

Dès Iors, comment ne pas voir dans les initiatives menées à Djibouti un avant-goût des priorités qui structureront le sommet de Nairobi et irrigueront les échanges * Transition énergétique, industrialisation verte, numérique, intelligence artificielle, économie bleue ou encore agriculture et santé : au tant de domaines dans lesquels les projets djiboutiens incarnent déjà des réponses concrètes.

Prenons l’exemple du secteur numérique. Le Groupe d’Affaires France-Djibouti (GAFD), actif depuis 2017, fait un travail considérable, avec le Gouvernement de Djibouti, pour porter une dynamique d’innovation. Ces efforts trouvent aujourd’hui une traduction prometteuse avec le projet « École 42 », financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, dont l’implantation à Djibouti permettra de former une nouvelle génération de talents du numérique. La signature récente du partenariat avec «Djibouti Code Campus» marque à cet égard une étape décisive. j’étais présent et j’ai communiqué à ce sujet car il est fondamental : l’éducation, pilier historique de la coopération franco-djiboutienne, se réinvente pour répondre aux défis contemporains que sont l’employabilité, l’excellence, la formation des cadres et le rayonnement de la francophonie.

Dans un autre registre, celui du sport, de la jeunesse et de l’autonomisation des femmes, les résultats sont tout aussi significatifs. Depuis 2020, les Fonds Équipe France ont permis de soutenir de nombreuses initiatives portées par la société civile, dans l’ensemble des régions du pays. Ces projets, concrets et ancrés dans les réalités locales, illustrent la capacité d’action collective et l’impact direct de la coopération sur les populations. Ils viennent compléter, entre autres, les projets portés par le programme ADIL en région — et pour lequel, après l’Union européenne, l’AFD mobilisera bientôt 12 millions d’euros supplémentaires. L’exposition « Sur la route » qui débute le 26 avril à l’Institut français viendra d’ailleurs en donner un aperçu tangible.

Je citerais également le soutien aux industries culturelles et créatives qui offre un exemple supplémentaire de cette coopération tournée vers l’avenir. À travers le Fonds Équipe France dédié à la Création, de jeunes talents sont accompagnés dans le développement de projets audiovisuels et formés aux métiers techniques indispensables à l’essor du secteur. En structurant cet écosystème, c‘est toute une filière qui émerge, porteuse d’emplois, d’innovation et d’expression culturelle.

Enfin, dans le cadre de sa coopération avec le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, la France a permis la création de la première alliance doctorale sur l’adaptation climatique et soutenu le premier forum international sur l’adaptation climatique, qui s‘est tenu en janvier dernier à Djibouti, autour de 150 acteurs scientifiques venus de 23 pays.

Mais ce ne sont que quelques exemples. Je les choisis pour souligner que Ioin des discours abstraits, la coopération entre la France et Djibouti se matérialise par des actions concrètes, mesurables et porteuses de sens. Ces exemples démontrent qu’un partenariat équilibré, fondé sur la confiance et la co-construction, est non seulement possible, mais déjà à l’œuvre. La France aime et appuie Djibouti en cherchant à être un partenaire utile et respectueux. C’est une ambition qu’elle veut aussi étendre aux autres pays d’Afrique.

Le Sommet portera aussi sur les défis globaux et le multilatéralisme.

La France, avec Djibouti, travaille avec tous ses partenaires pour soutenir une meilleure représentativité du continent africain dans les instances internationales, aux Nations unies comme dans les institutions financières. Elle milite aussi et pèse de tout son poids diplomatique pour une mobilisation des ressources au profit de l’essor économique du continent (Conférence sur le financement des économies africaines en 2021 et Sommet de Paris pour un Nouveau Pacte financier mondial en 2023), de la lutte contre le réchauffement climatique (One Forest Summit au Gabon en 2023), du renforcement de la souveraineté alimentaire (initiative Food & Agriculture Resilience Mission en 2022), ou encore de la production de vaccins en Afrique (Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinale en 2024).

À quelques jours du sommet de Nairobi, une conviction s’impose : les solutions aux défis communs ne viendront ni d’un Etat seul, ni même d’un seul continent. Elles naîtront de l’engagement collectif — États, organisations internationales, secteur privé, société civile et jeunesse— autour d’une vision partagée.

C’est pourquoi ce sommet ne doit pas être perçu comme un événement réservé aux décideurs, mais comme une opportunité pour chacun de s’emparer de ces enjeux.

A Nairobi aussi, on verra Djibouti et la France avancer main dans main.