Avec des températures qui dépassent régulièrement les 40 degrés et un taux d’humidité souvent élevé, de nombreux habitants de Djibouti sont confrontés à un problème fréquent méconnu : la bourbouille, également appelée miliaire. Cette affection cutanée bénigne, provoquée par l’obstruction des canaux sudoripares, se manifeste par l’apparition de petits boutons rouges, de démangeaisons et parfois d’une sensation de brûlure qui peut devenir très inconfortable au quotidien.

Dans les quartiers de la capitale comme dans les régions de l’intérieur du pays, les centres de santé constatent chaque année une augmentation des cas durant les périodes les plus chaudes. Les nourrissons, les jeunes enfants, les travailleurs exposés au soleil et les personnes pratiquant une activité physique intense figurent parmi les plus touchés.

Une affection favorisée par le climat

« La bourbouille apparaît lorsque la transpiration produite par l’organisme ne peut plus être évacuée normalement à travers les pores de la peau. La sueur reste alors emprisonnée sous l’épiderme, provoquant une irritation qui se traduit par une éruption cutanée ». explique un pharmacien de la capitale.

À Djibouti, les conditions climatiques constituent un terrain particulièrement favorable à son développement. Les températures élevées, associées à l’humidité, entraînent une transpiration abondante pendant de longues périodes. « Pendant la saison chaude, il suffit parfois de quelques heures passées à l’extérieur pour ressentir les premiers signes. Les démangeaisons peuvent devenir très gênantes, notamment chez les enfants », explique un médecin généraliste à Djibouti-ville.

Selon lui, le port de vêtements serrés ou fabriqués dans des matières synthétiques contribue également à l’apparition de la maladie en empêchant la peau de respirer correctement.

Les familles en première ligne

Dans le quartier de Balbala, une mère de quatre enfants, connaît bien le problème.

« Chaque année, lorsque les températures augmentent, mes deux plus jeunes enfants développent des boutons sur le cou, le dos et la poitrine et le bras. Ils se grattent beaucoup, surtout la nuit. Nous essayons de les garder à l’intérieur pendant les heures les plus chaudes et de leur faire prendre plusieurs douches par jour », raconte-t-elle.

Pour de nombreuses familles, la bourbouille est devenue un désagrément saisonnier auquel il faut s’adapter.

« On pense souvent que ce n’est rien de grave, mais lorsque les enfants dorment mal à cause des démangeaisons, cela devient rapidement un problème pour toute la famille », ajoute-t-elle.

Même constat chez un chauffeur de taxi depuis quinze ans. « Nous passons nos journées dans la chaleur. Malgré la climatisation du véhicule, il arrive que la transpiration provoque des irritations sur le dos ou sous les bras. Quand cela arrive, il faut rester au frais autant que possible et éviter les vêtements trop épais», témoigne-t-il.

Des gestes simples pour prévenir la bourbouille

Les professionnels de santé insistent sur l’importance de la prévention. Selon eux, quelques mesures simples permettent de réduire considérablement le risque d’apparition de cette affection.

Les spécialistes recommandent notamment de porter des vêtements amples et légers en coton, de privilégier les espaces ventilés ou climatisés, d’éviter les activités physiques intenses durant les heures les plus chaudes et de maintenir une bonne hydratation.

« L’objectif est de limiter l’accumulation de chaleur et de sueur sur la peau. Il est également conseillé d’éviter les crèmes grasses et les huiles qui peuvent obstruer davantage les pores », souligne un docteur. Les douches à l’eau fraîche ou tiède sont également recommandées afin d’apaiser la peau et d’éliminer l’excès de transpiration. Dans certains cas, des lotions à la calamine ou des poudres à base d’oxyde de zinc peuvent être utilisées pour soulager les démangeaisons.

Une affection généralement bénigne

Malgré l’inconfort qu’elle provoque, la bourbouille reste généralement sans gravité. Dans la majorité des cas, les symptômes disparaissent spontanément en quelques jours lorsque la peau est maintenue au frais et au sec.

Toutefois, les médecins mettent en garde contre les risques de surinfection liés au grattage excessif. « Si les boutons deviennent douloureux, si du pus apparaît ou si la personne présente de la fièvre, il est nécessaire de consulter rapidement un professionnel de santé », prévient le médecin.

Les nourrissons font également l’objet d’une attention particulière. Leur système de régulation de la température étant encore immature, ils sont davantage exposés aux effets de la chaleur.

Sensibiliser face aux fortes chaleurs

Alors que les épisodes de chaleur intense deviennent de plus en plus fréquents dans la région, les professionnels de santé appellent à renforcer les actions de sensibilisation sur les maladies liées à la chaleur.

Pour de nombreux habitants, mieux connaître la bourbouille permettrait d’éviter des inquiétudes inutiles et d’adopter rapidement les bons réflexes.

« La plupart des cas peuvent être évités grâce à des mesures simples. L’information reste notre meilleur outil de prévention », conclut le docteur.

Dans un pays où la chaleur fait partie du quotidien, la lutte contre la bourbouille passe avant tout par la prévention, l’hygiène et l’adaptation aux conditions climatiques. Des gestes simples qui permettent de préserver le confort et le bien-être de la population tout au long de l’année.

Zouhour Abdillahi