L’Autorité nationale de cybersécurité a lancé une tournée de sensibilisation dans les communes de la capitale afin de prévenir les risques liés au cyberharcèlement, au chantage et aux manipulations en ligne. À Balbala, les témoignages de professionnels de la sécurité et de la justice ont mis en lumière les conséquences parfois dramatiques de ces nouvelles formes de violence.

À l’heure où les   smartphones et les réseaux sociaux occupent une place grandissante dans le quotidien des jeunes, la protection des enfants dans l’espace numérique constitue un enjeu majeur pour les familles et les institutions. Cyberharcèlement, chantage, manipulation et diffusion non consentie d’images intimes sont autant de menaces auxquelles les plus jeunes peuvent être exposés. Face à ces risques, l’Autorité nationale de cybersécurité (ANC) a engagé, lundi dernier, une tournée de sensibilisation dans les différentes communes de la capitale. Prévue tout au long du mois d’octobre, cette initiative vise à promouvoir les bons réflexes numériques auprès du grand public, avec une attention particulière accordée à la protection des enfants.

Au-delà de la prévention des violences en ligne, cette campagne entend également sensibiliser les opérateurs d’importance vitale (OIV) à leurs obligations en matière de conformité et de gestion des risques cyber. Elle s’inscrit dans une démarche plus large de renforcement de la sécurité numérique, à mesure que les usages d’Internet se développent dans le pays.

Rattachée à la Présidence de la République, l’Autorité nationale de cybersécurité   dont le Directeur Général est M. Ibrahim Yonis Omar a pour mission de contribuer à la protection du cyberespace national. Ses attributions couvrent notamment l’élaboration et la coordination de la stratégie nationale de cybersécurité, l’accompagnement des administrations et la sécurisation des systèmes d’information de l’État et des infrastructures critiques. Elle participe également au développement des capacités nationales d’alerte et de réponse aux incidents informatiques.

Dans un contexte de transformation numérique accélérée, la sécurisation des infrastructures ne saurait toutefois suffire. La protection des citoyens, et plus particulièrement des enfants et des adolescents, exige aussi une meilleure connaissance des risques et l’adoption de comportements responsables en ligne. C’est tout le sens de cette campagne, menée en collaboration avec plusieurs institutions concernées par la sécurité, la justice et la protection de l’enfance.

À Balbala, des témoignages qui interpellent les familles

Mardi après-midi, la salle de conférence du Centre d’action sociale et d’autonomisation des femmes, à Balbala, a accueilli une rencontre consacrée à la prévention des violences numériques. Plusieurs dizaines de participants, parmi lesquels des parents et des représentants de différentes institutions, ont pris part aux échanges. La police judiciaire, la gendarmerie nationale, la direction de l’enfance du ministère de la Femme et de la Famille, l’Union nationale des femmes djiboutiennes (UNFD) et le parquet étaient notamment représentés.

À l’ouverture de la rencontre, le président de la commune de Balbala a rappelé la portée de cette initiative et l’importance de mobiliser l’ensemble de la société face aux dangers du numérique. Il a souligné que la tournée devait permettre de mieux informer la population, de partager les expériences des professionnels et de rechercher des réponses adaptées à une problématique qui concerne aussi bien les familles que les institutions.

Une représentante de l’ANC a ensuite présenté les principaux risques auxquels les enfants peuvent être confrontés sur Internet. Elle a notamment attiré l’attention sur les stratégies employées par des individus mal intentionnés pour gagner la confiance des jeunes, avant de les manipuler ou de les soumettre à des pressions. Selon elle, le dialogue entre parents et enfants constitue un premier rempart contre ces pratiques.

L’objectif est d’encourager les familles à s’intéresser davantage aux activités numériques de leurs enfants, sans rompre le dialogue ni installer un climat de méfiance. L’accompagnement parental, l’éducation aux usages responsables et la capacité à demander de l’aide en cas de difficulté figurent parmi les leviers essentiels de prévention.

Les échanges ont également fait ressortir le rôle de l’éducation et des repères familiaux dans la formation des jeunes. Un intervenant religieux a insisté sur l’importance de l’éducation morale, de la transmission des valeurs et de l’accompagnement des enfants. Ces repères, associés à une sensibilisation adaptée aux réalités du numérique, peuvent contribuer à renforcer leur capacité à reconnaître les situations dangereuses et à solliciter l’aide d’un adulte de confiance.

Les interventions des professionnels de la sécurité ont ensuite donné une dimension particulièrement concrète à cette rencontre. Un représentant de la gendarmerie nationale, travaillant dans le domaine de la protection des femmes et des enfants, a relaté des situations rencontrées dans l’exercice de ses fonctions. Il a notamment évoqué des cas dans lesquels de jeunes adolescentes, après avoir partagé des photographies ou des vidéos avec des personnes qu’elles connaissaient peu ou pas, avaient subi des menaces et des pressions destinées à les contraindre à des actes qu’elles ne souhaitaient pas accomplir.

Ces situations illustrent le mécanisme du chantage numérique : une image ou une vidéo peut devenir un moyen de pression, utilisé pour intimider une victime, obtenir de nouvelles images ou imposer des rencontres. Les conséquences peuvent être lourdes, tant sur le plan psychologique que social. Le représentant de la gendarmerie a rappelé que ces actes peuvent relever d’infractions pénales et que les victimes doivent pouvoir solliciter l’aide des services compétents.

 Il a également évoqué l’existence de moyens de contact destinés à faciliter le signalement des faits, notamment un numéro gratuit et un compte WhatsApp présenté comme confidentiel. Les coordonnées et les modalités d’accès à ces dispositifs mériteraient d’être diffusées largement afin que les familles sachent précisément vers qui se tourner.

Le message adressé aux parents était sans équivoque : la prévention repose sur la vigilance, le dialogue et l’accompagnement. Les outils numériques offrent de nombreuses possibilités, mais leur utilisation sans information ni précaution peut exposer les enfants à des risques qu’ils ne sont pas toujours en mesure d’identifier.

Le témoignage du substitut du procureur de la République a, lui aussi, marqué les participants. La magistrate a évoqué une affaire concernant deux adolescentes, dont une avait été victime d’un viol après avoir été attirée dans un piège par une connaissance.

Les faits avaient également été filmés, et les images diffusées à d’autres personnes, aggravant considérablement les souffrances de la victime.

Ce récit a mis en évidence une réalité particulièrement préoccupante : les violences sexuelles peuvent se prolonger dans l’espace numérique, où la circulation d’images intimes expose les victimes à une nouvelle forme de violence. Au traumatisme initial s’ajoutent alors la peur d’être reconnue, l’humiliation et les répercussions sur la vie sociale et personnelle.

La magistrate a rappelé que les faits de cette nature relèvent de la justice pénale et que les auteurs peuvent être poursuivis conformément aux dispositions légales applicables.

Cette intervention a surtout souligné la nécessité de briser le silence entourant les violences subies par les enfants et de permettre aux victimes de bénéficier d’une prise en charge appropriée.

Pour les familles présentes, ces témoignages ont constitué un rappel de l’importance de la prévention. Il ne s’agit pas seulement de surveiller l’utilisation des téléphones, mais aussi d’apprendre aux enfants à reconnaître les comportements suspects, à ne pas céder aux menaces et à se tourner rapidement vers un adulte de confiance. Une victime ne doit jamais être tenue responsable des violences qu’elle subit.

Les ingénieurs de l’ANC ont clôturé cette deuxième journée de sensibilisation par des explications complémentaires et un échange avec les participants. Les discussions ont permis de revenir sur les risques liés aux usages numériques et sur les précautions à adopter au quotidien.

À travers cette tournée, l’Autorité nationale de cybersécurité entend rapprocher les institutions de la population et faire de la prévention un réflexe partagé.

La protection des enfants dans l’espace numérique ne peut reposer sur une seule structure : elle suppose une mobilisation coordonnée des familles, des établissements scolaires, des services de sécurité, de la justice et des acteurs spécialisés.

Car si Internet est devenu un outil incontournable d’apprentissage, de communication et d’ouverture sur le monde, il ne doit pas devenir un espace où les enfants sont livrés à eux-mêmes. Informer, écouter, accompagner et signaler les abus constituent autant de moyens de mieux les protéger.

Sadik Ahmed