
Il n’est ni pompier, ni secouriste. Il ne porte ni uniforme, ni casque de protection. Pourtant, le lundi 11 mai 2026, alors que les flammes ravageaient plusieurs rues du quartier Kartileh, Daher Abdi a choisi d’avancer là où beaucoup fuyaient encore. À bord de sa simple camionnette-citerne, ce livreur d’eau a contribué à sauver plusieurs habitations, dont celle de sa propre famille.

Tout commence peu avant 15 heures. Daher vient de terminer son déjeuner dans une gargote du quartier lorsqu’il aperçoit une épaisse fumée grise s’élever au-dessus des toits du Quartier 7 bis, à Kartileh, là même où il est né et où vit toujours sa mère. Sur le moment, il ne mesure pas encore l’ampleur du drame. Puis son téléphone sonne.
Au bout du fil, la voix paniquée de sa mère: « Fils, les maisons brûlent. Tout est en cendre. » Le silence qui suit est bref. Une seule question lui échappe : «Notre maison ? »
Sa mère lui répond que non, pas encore, mais que le feu se rapproche dangereusement et que les habitants commencent à évacuer leurs biens.
Sans attendre, Daher se précipite vers les lieux du sinistre.
À son arrivée, les ruelles de Kartileh sont envahies par les habitants, les familles en fuite et les curieux. Les pompiers sont déjà mobilisés, mais le feu progresse rapidement. Daher leur propose immédiatement ce qu’il possède : une citerne remplie d’eau. Un obstacle technique surgit cependant : les raccords de sa camionnette ne sont pas compatibles avec les équipements des secours. Le temps presse. Les flammes continuent d’avancer.
Daher retourne alors chercher son véhicule et tente d’accéder au périmètre sécurisé. La police bloque d’abord son passage afin de contenir la foule. Mais les habitants du quartier interviennent aussitôt. « Il est d’ici. Il a de l’eau. Laissez-le passer », lancent plusieurs riverains. Les agents comprennent rapidement l’urgence de la situation et le laissent avancer.
Une course contre le feu
À 15 heures précises, le jet d’eau jaillit enfin. Daher dirige sa lance vers les maisons attenantes à celle de sa mère, déjà menacées par les flammes. Malgré la chaleur intense, la fumée suffocante et l’eau brûlante qui retombe des toitures en feu, il reste sur place et poursuit son intervention. Lorsque sa citerne se vide, plusieurs habitations autour de la maison familiale ont pu être sécurisées.Mais pour Daher, il n’est pas question de s’arrêter là. Alors que l’incendie continue de ravager d’autres rues du quartier, il reprend immédiatement la route vers Doraleh, à une dizaine de kilomètres, afin de remplir de nouveau sa citerne. Une fois revenu à Kartileh, il se concentre cette fois sur la rue 13, celle où il a grandi avec ses frères et sœurs. Pendant que les pompiers poursuivent leurs opérations sur d’autres fronts, Daher lutte, seul, contre les flammes dans son quartier. Sans formation spécialisée. Sans équipement adapté. Avec pour seule arme sa détermination.
L’incendie du lundi 11 mai a touché quatre rues de Kartileh et détruit plusieurs dizaines d’habitations.
Le bilan matériel demeure lourd, même si aucune perte humaine n’a heureusement été enregistrée. Ce soir-là, de nombreuses familles ont toutefois retrouvé leur maison encore debout grâce à l’engagement de plusieurs habitants mobilisés aux côtés des secours. Parmi eux, Daher Abdi restera l’un des visages marquants de cette journée. Il n’a recherché ni reconnaissance ni lumière. Il a simplement fait ce que beaucoup considèrent, à Kartileh, comme un devoir naturel : protéger les siens lorsque le danger frappe.
Dans les rues du quartier, certains héros ne portent pas d’écusson. Ils conduisent simplement une camionnette-citerne.







































