
À l’heure où les systèmes éducatifs du monde entier sont appelés à se réinventer, une réflexion profonde s’impose sur la nature des savoirs transmis à l’école. Au-delà des apprentissages fondamentaux, l’éducation doit aujourd’hui former des citoyens éclairés, capables de comprendre leur histoire, de développer leur esprit critique et de contribuer activement au développement de leur société. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’atelier de réforme pédagogique organisé du 3 au 18 mai 2026 par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFOP), autour de l’intégration de l’Histoire Générale de l’Afrique (HGA) dans les programmes du secondaire général.
Cette initiative, soutenue par l’UNESCO à travers l’expertise de M. Ibrahim Cissé, et appuyée localement par M. Bachir Mohamed Ali, inspecteur de la discipline Histoire-Géographie, marque une étape majeure dans la volonté de repenser les contenus éducatifs à partir des réalités africaines.

L’ambition affichée est claire : réconcilier les jeunes générations avec leur histoire et contribuer à une véritable renaissance intellectuelle africaine. Durant plusieurs décennies, l’histoire du continent africain a été racontée à travers des prismes euro centriques, souvent marqués par les préjugés hérités de la période coloniale. Les penseurs européens des XIXe et XXe siècles ont longtemps nié la capacité rationnelle des peuples africains, imposant une vision biaisée des civilisations du continent. Si certaines tentatives de réhabilitation ont émergé au fil du temps, elles sont restées largement influencées par des regards extérieurs.
Face à ce constat, les organisateurs de cet atelier ont placé la décolonisation des savoirs au cœur de leur démarche. Pour les participants, l’indépendance politique ne saurait être complète sans une véritable émancipation intellectuelle. L’objectif est donc de permettre aux élèves africains de mieux comprendre leur passé afin de construire leur avenir avec confiance et lucidité.
Une réforme interdisciplinaire au service de la pensée critique
La réforme engagée par le MENFOP repose sur les onze volumes de l’Histoire Générale de l’Afrique, considérés comme un socle scientifique majeur. Trois de ces volumes sont d’ailleurs en cours de traduction afin d’en faciliter l’accès aux enseignants et aux apprenants. L’atelier a réuni des spécialistes de trois disciplines clés : l’Histoire, la Philosophie et le Français. Cette approche interdisciplinaire vise à créer une véritable synergie intellectuelle chez les lycéens. L’Histoire apporte les faits et les repères chronologiques ; la Philosophie permet d’explorer les systèmes de pensée et les concepts africains endogènes ; tandis que le Français devient un outil d’analyse critique, de rhétorique et d’expression littéraire. Parmi les principaux objectifs fixés figurent l’élaboration d’un cadre curriculaire interdisciplinaire centré sur l’Histoire Générale de l’Afrique, la révision des programmes scolaires, l’intégration de l’HGA dans la formation initiale des enseignants ainsi que la conception de plans de formation continue destinés à 207 enseignants en exercice.
Pendant deux semaines, les participants ont travaillé à partir d’ouvrages scientifiques rigoureux et ont engagé des échanges nourris sur les enjeux épistémologiques de la réforme.
Cette dynamique collective a permis de produire des séquences didactiques, des leçons modèles et des outils pédagogiques adaptés aux nouvelles orientations éducatives.
Au terme de l’atelier, les organisateurs estiment que cette formation a permis de déconstruire de nombreuses représentations euro centrées encore présentes dans les savoirs enseignés. Les participants ont également été sensibilisés aux courants de pensée décoloniaux et aux enjeux liés à l’autonomie intellectuelle des sociétés africaines.
Comme l’a rappelé l’anthropologue indienne Veena Das : « Il ne s’agit pas de refuser les catégories de l’Occident, mais d’avoir une relation plus autonome avec elles. »
Pour Hassan Miguil Atteye, participant à cet atelier, cette réforme constitue une étape essentielle vers la construction d’un système éducatif davantage ancré dans les réalités africaines. Car, selon lui, aucune nation ne peut espérer son développement durable à travers des savoirs déconnectés de son histoire et de son identité.







































