
De la transparence des procédures à l’accès des entreprises locales aux marchés publics, la modernisation de la commande publique se joue aussi dans les régions. Ouverte hier à Dikhil sous le haut patronage du Premier ministre par intérim, Ali Hassan Bahdon, la deuxième édition du colloque de la Commission nationale des marchés publics (CNMP), placée sous le thème « Pour une commande publique innovante », entend rapprocher la réforme des territoires et renforcer l’efficacité de la dépense publique. Après Tadjourah en 2025, les travaux se déploient cette année à Dikhil, Ali-Sabieh et As Eyla.

À Dikhil, la commande publique s’invite au cœur des enjeux de développement. Derrière les appels d’offres et les procédures administratives se joue une question essentielle : comment faire en sorte que chaque dépense publique se traduise par des réalisations concrètes, dans les délais et au meilleur coût ? C’est autour de cette exigence que la Commission nationale des marchés publics (CNMP) a lancé, hier matin, la deuxième édition de son colloque consacré à la modernisation du système national de la commande publique. Après Tadjourah en 2025, le choix des régions du Sud traduit la volonté de rapprocher les institutions des territoires et d’associer les acteurs locaux à une réforme déterminante pour l’efficacité de l’action publique.
Placée sous le haut patronage du Premier ministre, la cérémonie inaugurale s’est tenue dans la grande salle de l’hôtel Gobaad, en présence du Premier ministre par intérim, Ali Hassan Bahdon, du secrétaire général du gouvernement et président de la CNMP, Almis Mohamed Abdillahi, ainsi que de plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre délégué chargé de la Décentralisation, Omar Houssein Omar. Des parlementaires, le chef d’état-major général des armées, le général de corps d’armée Zakaria Cheikh Ibrahim, le président de la Chambre de commerce de Djibouti, Youssouf Moussa Dawaleh, et les autorités régionales ont également pris part à l’événement. Des délégations du Bénin, du Cameroun, de la République du Congo et de la République centrafricaine ont rejoint les participants djiboutiens.
La dépense publique, un levier de croissance et d’emploi
Dans son intervention, le Premier ministre par intérim a rappelé la portée économique et sociale des marchés publics, qui constituent bien davantage qu’un ensemble de procédures administratives.
« La commande publique n’est donc pas une simple procédure administrative. C’est un instrument de politique économique, un levier de développement », a affirmé Ali Hassan Bahdon, insistant sur la contribution des investissements publics au financement des infrastructures, au soutien des entreprises et à la création d’emplois. Face aux contraintes budgétaires, il a appelé à une gestion rigoureuse des deniers publics :
« Nous n’avons pas le droit au gaspillage. » Les progrès enregistrés témoignent, selon lui, d’une dynamique encourageante. Le délai moyen d’adjudication est passé de 35 jours en 2021 à 26 jours en 2023, tandis que plus de 71 % des marchés publics ont été attribués à des entreprises djiboutiennes en 2024. Le gouvernement entend poursuivre cet effort dans le cadre de la Stratégie nationale de la commande publique à l’horizon 2030, avec une attention particulière portée aux petites et moyennes entreprises, aux artisans et aux jeunes entrepreneurs. « La jeunesse djiboutienne doit trouver toute sa place dans l’économie de son pays », a-t-il souligné. Pour concrétiser cette ambition, plusieurs pistes sont envisagées : allotir davantage les marchés, adapter les exigences aux capacités des petites structures, accompagner les primo-soumissionnaires et réduire les délais de paiement. Le chef du gouvernement par intérim a également annoncé l’examen prochain d’un projet de décret sur les garanties bancaires, destiné à instaurer des règles plus claires et équitables pour les entreprises.
La réforme passe aussi par le renforcement de la transparence et de la confiance entre l’État et le secteur privé. La généralisation de la dématérialisation, la création d’un Bulletin officiel d’annonce des marchés publics et d’un portail de données ouvertes figurent parmi les chantiers annoncés, aux côtés d’un meilleur suivi des achats et d’une reddition annuelle des comptes. « L’État n’est pas seulement votre client, il est votre partenaire », a rappelé Ali Hassan Bahdon aux opérateurs économiques, les appelant à respecter les exigences de qualité, d’intégrité et de concurrence loyale.
Transparence, digitalisation et inclusion au cœur de la réforme
Pour le secrétaire général du gouvernement et président de la CNMP, Almis Mohamed Abdillahi, la tenue de ce colloque dans les régions de Dikhil et d’Ali-Sabieh répond à une volonté claire : faire des territoires des acteurs à part entière de la modernisation de la commande publique. Déployée sur trois sites, à Dikhil, Ali-Sabieh et As Eyla, cette deuxième édition entend élargir le dialogue aux collectivités territoriales, aux opérateurs économiques et aux partenaires africains.
« Nos régions ne doivent pas être seulement les bénéficiaires des politiques publiques. Elles doivent aussi être des lieux de dialogue et de réflexion, pleinement associés aux grandes décisions qui nous engagent tous et toutes », a-t-il déclaré. Revenant sur les engagements pris en 2024, il a mis en avant les avancées en matière de transparence, notamment grâce à l’actualisation régulière du portail d’information de la commande publique, qui enregistre plus de 400 connexions par jour. Il a néanmoins reconnu que l’accès des PME, des très petites entreprises et des personnes en situation de handicap aux marchés publics demeurait un chantier à approfondir.
Placée sous le thème « Pour une commande publique innovante », cette édition s’articule autour de cinq priorités : simplifier les procédures, professionnaliser les acteurs, digitaliser les processus, élargir l’accès aux marchés et consolider l’intégrité du système.
La mise en place d’une plateforme nationale de passation électronique, le développement de formations spécialisées avec l’Université de Djibouti et une meilleure prise en compte des entreprises régionales, des femmes entrepreneuses et des personnes en situation de handicap figurent parmi les pistes avancées. Almis Mohamed Abdillahi a appelé les participants à dépasser le stade des intentions pour formuler des propositions assorties d’objectifs mesurables. « Nous devrons repartir avec une nouvelle feuille de route, des recommandations concrètes, assorties d’échéances claires et d’indicateurs de suivi», a-t-il insisté, afin que les engagements puissent être évalués lors de la prochaine édition.
Cette dimension territoriale a également été soulignée par le ministre délégué chargé de la Décentralisation, Omar Houssein Omar. Il a salué une démarche itinérante qui permet de rapprocher la réforme des collectivités et de renforcer les compétences des élus et des acteurs locaux en matière de transparence, de bonne gestion et de digitalisation. Il a également relevé les retombées économiques directes de l’organisation du colloque pour les prestataires locaux, notamment dans l’hébergement et la restauration, réaffirmant l’engagement de son ministère à accompagner cette initiative.
De son côté, le président de la Chambre de commerce de Djibouti, Youssouf Moussa Dawaleh, a salué les progrès de la digitalisation, notamment depuis le lancement du portail électronique en mai 2023.
Il a plaidé pour une plateforme couvrant l’ensemble du processus, du dépôt des offres au suivi des paiements, et pour un accompagnement renforcé des PME, particulièrement dans les régions, à travers des formations pratiques et des procédures adaptées. La Chambre de commerce, a-t-il assuré, reste disposée à consolider le dialogue entre les pouvoirs publics et les entreprises.
Le préfet de Dikhil, Hassan Abdi Robleh, et le président du conseil régional, Mahad Houssein Ahmed, ont, pour leur part, exhorté les acteurs économiques du Sud à mieux se saisir des opportunités offertes par les marchés publics, afin de participer davantage aux investissements et au développement de leurs territoires.
Des panels décentralisés pour des recommandations concrètes
À l’issue de la cérémonie inaugurale, les travaux se sont poursuivis à travers plusieurs panels organisés simultanément à Dikhil, à As Eyla et à Ali-Sabieh. À Dikhil, la présentation du rapport 2025 sur la commande publique a ouvert les échanges en dressant un état des lieux des réalisations et des défis du système national de passation des marchés.
Les discussions ont ensuite porté sur le rôle de la CNMP, la professionnalisation des acteurs, la réforme du cadre juridique des marchés publics et la contribution de la commande publique à la lutte contre la corruption. À As Eyla, dans la région de Dikhil, un panel consacré à la commande publique durable, sous le thème « Enjeux et perspectives pour le développement d’une commande publique durable à Djibouti », a permis d’aborder l’intégration des exigences environnementales et sociales dans les politiques d’achat public, sans perdre de vue l’efficacité économique des investissements.
À Ali-Sabieh, les échanges ont été consacrés à la commande publique et à l’inclusion des personnes à besoins spéciaux, avec un accent mis sur l’accessibilité et l’égalité des chances dans les procédures de passation des marchés.
En multipliant les espaces de dialogue au plus près des territoires, la CNMP entend ainsi faire émerger des propositions qui conjuguent efficacité de la dépense, transparence, durabilité et inclusion. L’enjeu dépasse la seule modernisation des procédures : il s’agit de faire de la commande publique un instrument plus accessible aux entreprises nationales et plus directement utile au développement des régions.
RACHID BAYLEH
Le point avec
Ali Hassan Bahdon
Premier Ministre par intérim
« Nous n’avons pas le droit au gaspillage. Un marché mal planifié, c’est un retard pour les citoyens »

C’est avec une grande fierté que j’ouvre aujourd’hui ce Colloque national sur la commande publique. Je remercie le Secrétariat Général du Gouvernement et président de la Commission Nationale des Marchés Publics pour l’organisation de cette rencontre, ainsi que chacune et chacun d’entre vous pour votre présence.
Dans notre pays, l’État n’est pas un acteur économique parmi d’autres : il est l’un des tout premiers. Il investit, il construit, il équipe, il achète. À travers les marchés publics, ce sont chaque année des ressources considérables qui irriguent notre économie. Elles font vivre nos entreprises, elles créent des emplois, elles bâtissent les infrastructures dont dépend l’avenir de la Nation.
La commande publique n’est donc pas une simple procédure administrative. C’est un instrument de politique économique, un levier de développement, l’un des moyens les plus directs par lesquels l’État transforme la volonté politique en résultats concrets pour nos concitoyens. Lorsque l’État confie un chantier à une entreprise nationale, il ne se contente pas d’acheter une prestation : il forme des compétences, il structure des filières, il consolide notre tissu productif. L’effet d’entraînement de la dépense publique sur l’économie est considérable. Encore faut-il qu’elle soit bien orientée, bien planifiée et bien exécutée.
Dans un contexte de ressources contraintes, cette exigence devient un impératif. Nous n’avons pas le droit au gaspillage. Un marché mal planifié, c’est un retard pour les citoyens. Un marché insuffisamment concurrentiel, c’est un surcoût pour l’État . Un marché opaque, c’est une confiance qui s’érode.
Sous la conduite éclairée de Son Excellence Monsieur le Président de la République, et conformément à la Vision Djibouti 2035, le Gouvernement a fait un choix clair : mettre la commande publique au service de la croissance, de l’emploi et de la souveraineté économique nationale.
Ce choix porte déjà ses fruits. Le cadre réglementaire a été renforcé, le Comité de Règlement des Différends est opérationnel, et l’Attestation Générale garantit la régularité fiscale et sociale des soumissionnaires. Le délai moyen d’adjudication est passé de 35 jours en 2021 à 26 jours en 2023. En 2024, plus de 71 % des marchés publics ont été attribués à des entreprises djiboutiennes.
Ces résultats sont encourageants. Mais nous voulons aller plus loin, et plus vite.
La Stratégie nationale de la commande publique à l’horizon 2030 traduit cette ambition. Une commande publique sobre, parce que chaque franc public appartient au peuple djiboutien. Une commande publique performante, parce que nos citoyens attendent des routes, des écoles et des services livrés à temps et de qualité. Une commande publique ouverte, enfin, parce que les marchés de l’État doivent profiter au plus grand nombre : à nos PME, à nos artisans et, surtout, à notre jeunesse. Je veux le dire avec force : la jeunesse djiboutienne doit trouver toute sa place dans l’économie de son pays. Allotissement des marchés, exigences adaptées aux petites entreprises, accompagnement des primo-soumissionnaires, réduction des délais de paiement : la commande publique deviendra un véritable tremplin pour l’entrepreneuriat national. Dans le même esprit, le projet de décret relatif aux garanties bancaires, qui sera prochainement examiné par le Gouvernement, apportera des règles claires, prévisibles et équitables. Il protégera les deniers publics tout en garantissant à toutes les entreprises, petites comme grandes, un accès loyal à la commande de l’État. Car il n’y a pas de développement sans confiance, et pas de confiance sans transparence. Nous généraliserons la dématérialisation des procédures. Nous créerons un Bulletin officiel d’annonce des marchés publics et un portail de données ouvertes. Nous assurerons le suivi des achats réalisés sous les seuils de passation. Et nous rendrons compte, chaque année, de l’usage des ressources publiques.
Au secteur privé, je veux adresser un message clair : l’État n’est pas seulement votre client, il est votre partenaire. Il attend de vous la qualité, le respect des délais et l’intégrité. En retour, il vous doit des règles stables, une concurrence loyale et des paiements dans les délais. L’État assumera pleinement son rôle, mais il ne réussira pas seul. J’attends des autorités contractantes la rigueur, des opérateurs économiques l’intégrité, des banques et des partenaires techniques et financiers leur engagement à nos côtés. J’attends de ce colloque des propositions concrètes, que le Gouvernement s’engage à examiner et à traduire en décisions.
La commande publique est le miroir de l’État. Faisons en sorte qu’elle reflète un État bâtisseur, efficace et juste, au service de tous les Djiboutiens.
Ils ont dit :
Almis Mohamed Abdillahi
Secrétaire général du Gouvernement
« La commande publique ne doit pas simplement se décider Djibouti-ville, mais elle se doit de vivre partout »

« Il y a deux ans, à Tadjourah, nous avions fait le pari de sortir la commande publique de la capitale. Aujourd’hui, nous renouvelons cette , expérience et cela, sur une plus grande échelle, avec trois sites et toujours avec cette dimension continentale que nous perpétuons, car à nos yeux, la commande publique ne doit pas simplement se décider à Djibouti-ville, mais elle se doit de vivre partout : dans les routes qui relient nos villes, dans les écoles qui accueillent nos enfants, dans les hôpitaux qui nous soignent, le forage, le marché et il était juste pour cela que nous puissions venir en débattre là où ses effets se mesurent. En d’autres mots, nos régions ne doivent pas être seulement les bénéficiaires des politiques publiques. Elles doivent aussi être des lieux de dialogue et de réflexion, pleinement associés aux grandes décisions qui nous engagent tous et toutes. »
Omar Houssein Omar
Ministre délégué chargé de la décentralisation
« Ce colloque permettra de former nos élus et l’ensemble de nos acteurs locaux aux exigences de transparence »

Ce colloque est doublement utile : pour la gouvernance, car il permettra de former nos élus et l’ensemble de nos acteurs locaux aux exigences de transparence, de bonne gestion et de digitalisation, portées notamment par le nouveau Portail Electronique de la Commande Publique ; pour nos régions, car son organisation même, en recourant aux capacités locales d’hébergement, de restauration et de services, générera des retombées économiques directes pour nos opérateurs de Dikhil et d’Ali Sabieh. C’est l’illustration concrète de notre volonté de dynamisation économique et sociale des régions de l’intérieur.
Youssouf Moussa Dawaleh
Président de la chambre de commerce de Djibouti
« La modernisation de la commande publique constitue donc un enjeu essentiel pour notre pays. »

La commande publique représente un levier majeur de développement économique, de création d’emplois et de renforcement de la compétitivité de nos entreprises. Sa modernisation constitue donc un enjeu essentiel pour notre pays.
Les avancées importantes accomplies par l’Etat djiboutien en matière de transformation numérique des procédures d’appels d’offres, (…) ont une portée très pratique : une entreprise peut mieux repérer les opportunités, accéder plus facilement à l’information et préparer sa candidature dans un environnement plus transparent.
Pour les PME, notamment celles implantées dans les régions, cette meilleure diffusion de l’information contribue à réduire les distances et les inégalités d’accès.
Mais nous pouvons, et nous devons, aller plus loin. La prochaine étape consiste à faire de la digitalisation un outil couvrant l’ensemble du cycle de la commande publique : dépôt électronique des offres, notifications, signature électronique, suivi de l’exécution des marchés et visibilité sur les paiements.











































